VR Systems: 57 employés sacrifiés
A Delémont, l'entreprise dépose le bilan sans même s'acquitter du 13e salaire et de ses obligations. Unia réclame un plan social

Surpris par la demande en faillite de la société active dans les arts graphiques, Unia insistera pour obtenir un plan social. La situation économique de la firme ne lui permet-elle vraiment pas de s'acquitter de ses obligations envers ses employés ? Le syndicat en doute après avoir appris que l'associé principal de la SA compte racheter le parc informatique et réengager certains employés pour fonder une nouvelle entreprise...

VR Systems a déposé son bilan la semaine dernière. L'entreprise active dans les arts graphiques à Delémont a annoncé le licenciement de ses 57 collaborateurs à fin novembre. Se déclarant en manque de liquidités, elle n'a non seulement prévu aucun plan social, mais assure qu'elle n'a plus de quoi payer ni les 13e salaires, ni les heures supplémentaires, ni les primes dues au personnel encore pendantes. C'est la consternation chez les employés à qui l'on a caché la hauteur des difficultés que connaissait la société: «Deux jours avant l'annonce du dépôt de bilan, je suis allé m'enquérir auprès des ressources humaines pour savoir si la liquidation était proche. On m'a dit qu'on était très loin d'en être là», rapporte Pierluigi Fedele, secrétaire régional à Unia Transjurane. Demandée par la direction la semaine dernière, la faillite devait être entérinée dans le courant de celle-ci.

Non-respect de la CCT
La direction s'est montrée des plus opaques durant toute l'affaire, déplore le syndicaliste. Non seulement elle a manqué à ses obligations d'annoncer 12 jours à l'avance son intention de déposer le bilan, en vertu de la convention collective des machines, mais elle a refusé de donner accès aux documents internes utiles aux employés: «Ce sont deux claires violations de la convention collective des machines à laquelle la firme est soumise», indique Pierluigi Fedele.
Le syndicat met aussi en cause la stratégie suivie par VR Systems: «L'entreprise allait très mal depuis des mois. La direction aurait dû s'arrêter à temps pour pouvoir au moins remplir ses obligations envers les employés et financer un plan social.» Pour le syndicaliste, cette affaire est symptomatique d'un système économique «détenu par des financiers et des investisseurs» (ce qui est le cas de VR Systems) plutôt que par des «entrepreneurs ayant conscience des réalités quotidiennes de leurs travailleurs».

Plan social exigé
Une fois inscrits au chômage, les employés ne peuvent y récupérer que le tiers de leur 13e salaire, qu'une faible partie de leurs vacances, et perdent leurs heures supplémentaires, indique Unia. Mais le syndicat est aujourd'hui déterminé à exiger un plan social de la part de VR Systems. Unia a appris que l'entreprise et ses associés n'étaient pas si désargentés qu'il n'y paraît. Le principal partenaire aurait même l'intention de racheter le parc informatique sophistiqué de la firme pour plusieurs dizaines de milliers de francs, et aurait le projet de fonder une autre entreprise en réembauchant une partie du personnel licencié parmi les cadres. «Donc si je résume, il y a de l'argent pour créer une autre société sur les cendres de celles-ci, mais pas pour rémunérer dans les normes les travailleurs licenciés», s'étonne le syndicaliste. Le Bureau du développement économique du canton devrait même étudier ce nouveau projet d'entreprise auquel il pourrait apporter son soutien... Unia promet d'examiner de près la situation.

Christophe Koessler

 

Edition n° 49 du 3 décembre 2008

 
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