Tout feu tout flamme
Fileuse et souffleuse de verre, Anne Londez joue avec le feu et la matière. Magique

Spécialisée dans la verrerie d'art, Anne Londez réalise perles, bijoux et sculptures. Un travail fascinant, hypnotique, basé sur le modelage quasi instinctif de la matière en fusion. Incursion dans la galerie lausannoise d'une scientifique qui a tourné le dos au monde de l'industrie pour celui de la création. Avec, à la clef, des œuvres fragiles et délicates, forgées au chalumeau et au feu de sa passion.

Sous la chaleur de la flamme, l'extrémité de la baguette de verre se dilate et commence à fondre. Munie d'un mandrin, Anne Londez étire la matière incandescente en un fil et l'enroule au bout de la tige d'inox. Expositions au chalumeau et retraits lui permettent de contrôler la dissolution du matériau et la régularité de la perle qu'elle est en train de confectionner. Le verre devient de plus en plus mou, ses reflets changent. «Sa couleur donne des informations sur la température pouvant atteindre jusqu'à 2000 degrés», explique l'artiste, les yeux protégés de larges lunettes faisant barrage aux rayons infrarouges et aux éclats de verre. Un filtre aussi indispensable pour y voir distinctement dans ce magma miniaturisé.

Dompteuse de feu
«C'est fascinant, le verre en fusion. Hypnotique. Quasi obsessionnel» enchaîne-t-elle tout en continuant de ses baguettes à taquiner le feu, son principal outil. Non sans afficher une parfaite maîtrise de ses gestes. Des mouvements rapides, précis, qui ne tolèrent aucune interruption. Aucune erreur. Au risque de devoir reprendre le processus à zéro. «L'habileté s'acquiert avec la compréhension de la réaction du verre par rapport à la flamme et la gravité. Il faut beaucoup de pratique pour sentir le matériau et connaître ses propriétés.» Anne Londez finalise l'arrondi de la perle avant de l'orner de points colorés à l'aide d'une tige de verre de couleur différente. «On peut faire soit des poids en plat, soit des pointes en relief» explique-t-elle tout en optant pour la seconde solution. Une technique relativement simple qui peut toutefois largement se complexifier. «Pour obtenir des effets de profondeur, il faut compter au moins deux heures de travail.» Pas de perle sophistiquée pour cette démonstration suivie par celle d'une sculpture miniature. Un corps de femme que la fileuse de verre va réaliser à main levée.  

Gracieuse silhouette
«Généralement, je n'effectue pas de croquis au préalable. Une esquisse n'est que l'expression d'une idée évidente.» De la matière brute - un verre couleur ivoire qui se marbre joliment sous l'effet de la chaleur - Anne Londez tire une gracieuse silhouette. «Les soudures doivent être parfaites sinon elles se brisent», lance dans un souffle la jeune femme concentrée sur sa tâche et se servant tantôt d'une pince, tantôt d'une lame de rasoir ou d'une tablette de graphite pour parfaire le façonnage. «Il faut prendre garde aux parties susceptibles ou non d'être soumises une nouvelle fois à la flamme.» S'il est impossible d'effacer les «fautes», on peut toutefois recommencer le travail avec le même matériau et ce quasiment sans limites. «Dans tous les cas, il faut faire preuve de beaucoup d'humilité et de patience; apprendre à apprivoiser le verre. Celui-ci ne pardonne rien...» La figurine terminée, Anne Londez la glisse dans un four de recuit aux côtés de la perle. Une opération indispensable au processus. «Le four sert à détendre le verre et à ramener l'objet à la température ambiante. Ce procédé évite qu'il ne se casse» explique la fileuse de verre qui est aussi souffleuse à ses heures. Et notamment à la veille des fêtes de fin d'année durant laquelle elle fabrique aussi des boules de Noël.

Magique
A l'embout de la canne, une  masse de verre incandescent. D'un souffle posé, Anne Londez propulse l'air dans le tube tout en le tournant pour éviter que la matière ne tombe. Elle a veillé auparavant à augmenter la flamme du chalumeau, fonctionnant au propane et à l'oxygène. Réalisée selon une technique vénitienne, la goutte translucide se transforme en sphère régulière. «L'année dernière, une personne a entièrement décoré son sapin avec mes créations», raconte la souffleuse précisant toutefois que sa production de boules de Noël est limitée et répond généralement à des commandes de particuliers. Idem pour nombre de ses perles, montées ou non en bijoux. «La majorité de mes clients, dont plusieurs réguliers, remarquent dans la boutique des articles qui leur plaisent et me demandent alors des modèles similaires personnalisés.» Du sur mesure qui fait la plus-value du commerce. «En achetant une de mes créations, c'est une petite partie de moi qu'on acquiert.» Un gage concret de l'inspiration et de la fantaisie de cette dompteuse de feu qui confie toutefois se passionner davantage pour le processus de fabrication en lui-même que le produit fini. «Plus que l'objet en lui-même, un avatar, c'est le travail du verre en fusion qui me séduit. Il y a un côté primaire, primitif, lié à la nature, la lave, les volcans... C'est comme si l'on avait quelque chose de vivant dans les mains. Une émotion rare. Magique.»

Sonya Mermoud

Informations supplémentaires: Atelier de verrerie de la Barre, Lausanne. Site Internet: www.annedesigns.netfirms.com






 

Edition n° 50 du 10 décembre 2008

 
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