Genève: Egoïsme patronal
Les patrons signataires de la CCT du commerce de détail non alimentaire refusent d’adapter les salaires au coût de la vie

Manor, C&A, H&M, Aeschbach, Bon Génie, Zara et 100 autres employeurs signataires de la Convention collective genevoise du commerce de détail non alimentaire ont refusé d'adapter les salaires minimaux au renchérissement. Ce qui signifie une perte nette de salaire pour la plupart des employés de ces magasins pour l'année prochaine... Selon les catégories salariales, les patrons n'ont accepté que des augmentations de seulement 20 à 70 francs, alors qu'il aurait fallu au moins 90 francs pour la simple compensation du coût de la vie! Les employeurs ont pris prétexte de la crise qui s'annonce pour refuser cette adaptation au renchérissement, qui représente pourtant en général le socle de toutes les négociations salariales de cette année dans l'ensemble des branches.
«Nous avons donc refusé de signer la grille des salaires minimaux pour 2009 car la position des employeurs est tout simplement inadmissible», explique Joël Varone, nouveau responsable d'Unia pour la branche à Genève. Mais les patrons se sont engagés à respecter les salaires minimaux (à la baisse) qu'ils ont voulu imposer. «Nous ferons en sorte qu'ils tiennent parole, quitte à mener des actions sur le terrain lors d'irrégularités constatées», poursuit le syndicaliste.

Temporaires sacrifiés
Si un accord satisfaisant avait pu être obtenu récemment en ce qui concerne la convention-cadre du commerce de détail, les employeurs de la branche non alimentaire ont quant à eux maintenu une position extrêmement rigide concernant la convention plus particulière qui régit les conditions de travail en leur sein. Ceux-ci n'ont pas voulu non plus de l'alignement du salaire horaire des temporaires sur celui des employés fixes, comme le prévoit la CCT-cadre: «Une vendeuse dans le non alimentaire avec un statut fixe touchera 21 fr. 45 de l'heure, alors que sa collègue temporaire ne sera rémunérée que 20 fr. 45. Cela représente une incitation à embaucher toujours plus de temporaires!» s'indigne Joël Varone.
L'attitude de ces employeurs est d'autant plus incompréhensible qu'ils ont réalisé d'excellentes affaires en 2007 et 2008, leur permettant d'accumuler de très bonnes réserves. Certains de ces magasins appartiennent à des familles extrêmement fortunées, apparaissant au classement des «300 plus riches de Suisse» établi par le magazine Bilan. Ainsi, la famille Brenninkmeijer, qui détient C&A, figure en 3e position du classement, avec une fortune estimée entre 12 et 13 milliards de francs. Les familles Maus et Nordmann qui détiennent Manor affichent une fortune de 2 à 3 milliards de francs. Quant à la famille Brunschwig de Bon Génie, elle fait moins bien, avec un patrimoine estimé entre 200 et 300 millions de francs, mais son exercice pour 2008 est en hausse de 3 à 4%.
A titre de comparaison, le salaire minimal d'une vendeuse non qualifiée sans expérience passera à 3720 francs en 2009 et celui d'une vendeuse avec un certificat fédéral de capacité et 4 ans d'ancienneté à 4072 francs...
Unia promet de renforcer le rapport de force sur le terrain pour maintenir des CCT de bonne qualité dans la vente: «Nous voulons des conventions collectives, mais pas à n'importe quel prix.» Des tracts seront prochainement distribués dans les magasins, afin que les vendeuses s'organisent encore davantage.

Christophe Koessler



 

Edition n° 51/52 du 17 décembre 2008

 
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