Les chantiers, décors de rêve imagé...
Photographe, enseignant dans une école professionnelle et ancien maçon, Guillaume Perret présente ses portraits d'apprentis

De la truelle à l'objectif en passant par le tableau noir, la trajectoire de Guillaume Perret n'est pour le moins pas banale. Et va influencer le travail photographique de cet homme de 30 ans, en particulier celui qu'il vient de réaliser avec des apprentis du bâtiment. Un monde qu'il connaît bien pour l'avoir fréquenté. Au terme de sa scolarité obligatoire, l'adolescent opte pour un apprentissage de maçon. CFC en poche, il travaille un an sur des chantiers avant de rendre son casque. Si, comme il le souhaitait, il s'est frotté à la réalité du marché du travail, il désire désormais étoffer ses connaissances et retourne sur les bancs d'école. «J'avais envie de changer de métier pour me diriger vers une profession qui m'offre davantage de possibilités de contact. Ceci dit, j'ai apprécié les relations nouées dans le milieu ouvrier où on dit les choses sans détour, avec franchise», relève Guillaume Perret.

De clic en clic, le déclic
Au terme du gymnase, le maçon suit l'Ecole normale avant de décrocher un job au Centre professionnel des métiers du bâtiment (CPMB) à Colombier, près de Neuchâtel. Là, il enseigne la culture générale. Quelques années s'écoulent avant que le professeur, fasciné par des images argentiques visionnées sur Internet, ne décide de se lancer dans la photographie. «J'ai été séduit par l'esthétique des couleurs, du grain et aussi des flous.» Du déclic des clics aux premiers clic clac, l'homme se découvre une passion qu'il va affiner en autodidacte et par le biais de stages effectués au festival d'Arles. La formation porte alors sur l'art du portrait. Un genre qu'il apprécie par-dessus tout en raison des rencontres qu'il occasionne. Cet échange avec l'autre, la quête de sa singularité, de sa différence, de son humanité vont se refléter dans les créations du photographe. Avec un talent peut-être aussi mis en exergue par le choix technique de Guillaume Perret. Qui privilégie les photos papier, jugeant le rapport au modèle plus intéressant. «Dans ce cas, on travaille sans filet, on réfléchit davantage avant d'appuyer sur le déclencheur. Avec le numérique, on est dans une triangulation: la photo, le sujet et l'appareil qui à mon sens prend trop de place. On est déjà dans la sélection. Elle perturbe la relation avec le modèle.»

Une mine d'or
Une dernière option à laquelle ne peut toutefois pas toujours échapper le capteur d'images. Parallèlement à son activité d'enseignant exercée à mi-temps, le jeune homme effectue un mandat hebdomadaire pour la presse régionale. Apprécié... «On travaille le plus souvent dans des conditions difficiles, sans pouvoir choisir les sujets, l'endroit. Mais c'est motivant de devoir trouver des angles intéressants. Pour un petit moment aussi, on pénètre dans le monde de quelqu'un. On apprend plein de choses. C'est passionnant.» Le Neuchâtelois accepte également des commandes pour des particuliers, comme des photos de mariage. «Des reportages très humains. De véritables mines d'or avec tous les ingrédients: les lieux, le rêve, l'émotion, les expressions, les comportements des uns et des autres. Fascinant! Je ne prends pas de photos posées, factices. J'observe. Je suis mentalement très actif. Après une journée, je suis souvent la personne qui a vu le plus de choses dans le mariage, davantage même que le marié!»

Les apprentis dans l'objectif
Les portraits d'apprentis s'inscrivent pour leur part dans le cadre de ses travaux personnels. Une démarche qu'il explique par son envie de faire connaissance avec les élèves hors des salles de classes. «Je voulais les rencontrer dans leur milieu professionnel. J'ai alors passé du rôle de professeur à celui à qui on apprenait, on montrait des choses. Un renversement de situation enrichissant générant des rapports très différents.» Une approche que l'ancien maçon entend bien poursuivre. «J'envisage d'effectuer d'autres reportages dans le monde ouvrier. Les chantiers, les ateliers sont des endroits paradisiaques graphiquement. De l'anti-studio par excellence. On y trouve toutes les qualités d'un décor de spectacle, mais là tout est vrai. Les gueules maculées de cambouis ne sont pas l'effet de maquillage. Il y a beaucoup à montrer. Mon passé de maçon me facilite aussi la tâche», s'enthousiasme Guillaume Perret qui, s'il estime que ses deux métiers actuels se nourrissent mutuellement, confie se sentir d'abord une âme de photographe. «C'est constamment dans ma tête. Je ne peux plus observer sans cet œil. Un regard qui ne porte pas de jugement. Un regard positif sur l'être. Pas dans la généralité mais dans le détail, l'expression, l'émotion que l'on trouve chez chacun.»

Sonya Mermoud

 

Edition n° 3 du 21 janvier 2009

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page