Un train de mesures concrètes
Aux grands maux les grands remèdes: l'Union syndicale suisse dévoile un programme conjoncturel complet pour contrer la crise

Premières vagues de licenciements, industrie d'exportation touchée... l'économie suisse ressent à son tour les effets de la crise mondiale. Selon l'Union syndicale suisse (USS), il est urgent de contrer l'évolution du revers économique. Pour parer aux conséquences, les responsables de la centrale syndicale dressent aujourd'hui un catalogue de mesures équivalant à 1% du PIB, soit 5 milliards. Priorité va aux transports publics et au secteur de la construction; l'augmentation de la durée du chômage partiel, les aides à la formation continue et la hausse des allocations familiales font également partie de l'arsenal.

L'USS entend mener une offensive concrète et efficace contre l'avancée inexorable de la crise économique. Devant la presse nationale à Berne, mardi dernier, les responsables de la centrale syndicale ont dévoilé un arsenal de mesures qui devraient permettre de faire face et de «tenir le coup» dans les mois et années à venir. Il faut agir vite et ne pas commettre les erreurs du passé. «Dans la crise des années 90, la Confédération est intervenue beaucoup trop tard, rappelle Andreas Rieger coprésident d'Unia. La récession a duré sept ans!»

Rallonge du chômage partiel
Pour établir son catalogue de moyens, l'USS et le syndicat Unia s'appuient sur une étude du Centre de recherches conjoncturelles de l'Ecole polytechnique de Zurich (KOF) qui a calculé les effets économiques d'un programme d'investissements de cinq milliards de francs sur deux ans. «Au premier rang, on trouve des projets de promotion des transports publics qui peuvent rapidement être menés à bien, souligne Paul Rechsteiner, président de l'USS. Ils devaient de toute façon être réalisés mais ont été ajournés faute de moyens financiers.»
Outre des investissements massifs dans les transports publics et la construction, l'USS exige l'augmentation immédiate de la durée du chômage partiel de 12 à 18 mois. «Pour les entreprises confrontées à une accalmie de commandes, cela leur garantira une certaine sécurité dans leur planification» ajoute Paul Rechsteiner.
Dans un entretien donné au journal Sonntag, le chef du Seco Jean-Daniel Gerber a admis que la proposition reste possible. Cette idée a aussi la faveur de Micheline Calmy-Rey et de Doris Leuthard. La cheffe de l'économie voit d'un mauvais œil que l'on taille davantage dans l'assurance chômage au moins au cours de ces deux prochaines années, selon ses récents propos.
La demande de rallonge du temps de chômage partiel ne devrait donc pas être trop combattue, elle pourrait même être adoptée avant l'été par voie d'ordonnance, selon la ministre de l'économie.

Rencontre des principaux acteurs économiques
La centrale syndicale préconise également un développement conséquent de la formation continue, des mesures pour contrer la hausse importante des primes maladie déjà annoncée pour l'an prochain ainsi qu'une augmentation sensible des allocations familiales. «Il incombe aux employeurs d'agir, note Andreas Rieger. Ils ne peuvent se contenter de licencier aujourd'hui du personnel après avoir réalisé des affaires en or et constitué des réserves au cours de ces dernières années.»
La Banque Nationale est aussi appelée à la rescousse. Il lui appartiendra de veiller à ce que l'économie ne souffre pas, en plus de la crise, d'une surélévation exponentielle du franc.
L'USS demande finalement la tenue d'une conférence avec les principaux acteurs économiques pour donner plus d'impact aux mesures de lutte. Cette concertation doit réunir les partenaires sociaux, la Confédération, les cantons, la Banque Nationale. Pour Paul Rechsteiner «la mise en place de mesures est urgente, c'est une question de semaines. Le Conseil fédéral a les moyens d'agir tout de suite. Le Parlement aura d'ailleurs une session spéciale en mars. Il ne faudrait pas attendre l'automne.»
Les responsables syndicaux préviennent: si aucune mesure n'est prise, il faudra s'attendre à une forte augmentation du nombre de chômeurs qui pourrait franchir le cap des 200000 d'ici à 2010. Ils étaient 119000 à fin décembre dernier, en augmentation de plus de 10% par rapport au mois précédent. Parallèlement, le PIB (Produit intérieur brut) devrait rétrécir de 1,2% cette année avant de ne croître que de 0,3% l'an prochain.

Francine Gossin




Cinq milliards qui rapportent

En investissant cinq milliards de francs dans des projets publics, il en résulterait une plus-value de 1,6 franc pour chaque franc investi, selon l'étude du Centre de recherches conjoncturelles de l'Ecole polytechnique de Zurich (KOF) mandaté par l'Union syndicale suisse (USS) et le syndicat Unia. Quant aux retombées positives sur l'emploi, elles se chiffreraient en termes de création de postes de travail, soit de quelque 20000 par année d'après les estimations du KOF.
Cependant l'effet d'un tel programme ne freinera que modérément la hausse du taux de chômage car, selon l'étude, ce ne seront pas forcément les mêmes corps de métiers qui seront concernés.
«De plus, les effets sur les taux d'intérêts, les taux de change et les prix seraient négligeables» souligne Yngve Abrahamsen, responsable de l'étude.  
Les compensations viendraient d'une augmentation des revenus de l'Etat à hauteur de 50% car les dépenses de l'assurance chômage diminueraient et les recettes fiscales seraient en hausse grâce à un plus grand nombre de personnes et d'entreprises actives.
Soit, le programme d'impulsion coûtera cinq milliards à la Confédération, mais il engendrera des investissements de sept milliards si l'on prend le coefficient de 1,6 calculé par le KOF.

FG



Répartition par chantiers prioritaires

Pour l'essentiel, la clé de répartition des cinq milliards serait la suivante, selon le programme de lutte anticrise établi par l'USS et Unia:
-    616 millions pour l'entretien et la conservation des infrastructures CFF
-    29 millions pour la rénovation des petites gares
-    770 millions pour des mesures antibruit sur le réseau CFF
-    500 millions pour l'assainissement des ponts, tunnels et passages dangereux
-    1800 millions pour des programmes dans les agglomérations (trafic)
-    1200 millions pour la prévention contre les dangers naturels (crues, avalanches, etc.)
-    1400 millions pour l'assainissement des bâtiments publics (administration, écoles, structures d'accueil, etc.)
-    480 millions pour les bâtiments civils (extensions du Musée national de Zurich, de la Cinémathèque de Penthaz, constructions de bâtiments administratifs à Zollikofen et à Liebefeld, etc.)
-    225 millions pour un programme d'impulsion de l'accueil extrafamilial des enfants (crèches mais aussi formation d'éducateurs spécialisés)
-    Remédier à la pénurie de personnel d'accompagnement des trains, améliorer la sécurité, prévoir à moyen terme des équipes de deux personnes dans tous les trains à toutes les heures.

Ce programme devrait être mis en œuvre cette année encore et couvrir les deux années à venir.

FG

 

Edition n° 4 du 28 janvier 2009

 
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