De bienfaisance en défaisance

On connaissait les sociétés de bienfaisance, créées par l'élite bourgeoise pour aider les pauvres quand le capitalisme était en pleine ascension. On découvre aujourd'hui «l'institution de défaisance», créée par la Banque nationale suisse (BNS) pour sauver notre pauvre banque helvétique, à deux doigts de la faillite, l'UBS... Cette institution de défaisance accueille les  «actifs toxiques» - ou plutôt pourris et invendables - que la BNS a repris à l'UBS pour la modique somme de 60 milliards de dollars... Pour que ces «actifs» ne se transforment pas en grand trou noir, la BNS va bientôt émettre des obligations, qu'elle échangera sur le marché contre des dollars sonnants et trébuchants, destinés à remplir les caisses de l'institution de défaisance...

Alors que ces plans de sauvetage sont peaufinés, les dirigeants de cette même Banque nationale décident d'augmenter leurs salaires... C'est ce que révélait le week-end dernier le journal alémanique Sonntag. Et de combien s'il vous plait? De plus de 100000 francs chacun... On sait aussi qu'ils vont toucher une «prime de performance» - évitons de parler bonus! Ces 100000 francs représentent une hausse d'environ 16% de leur salaire si l'on en croit les chiffres mentionnés par Sonntag. Le président de la BNS et son directeur toucheraient en effet 700000 francs par année. Soit 58000 francs par mois. Un troisième dirigeant, Thomas Jordan, est plus à plaindre puisqu'il ne gagnerait que 400000 francs, soit un petit 33300 francs par mois.
    
Ce petit revenu est-il dû à ses appels à la modération salariale de l'été dernier? Thomas Jordan avait en effet menacé les partenaires sociaux, leur disant qu'ils seraient responsables d'une politique monétaire restrictive et d'une hausse du chômage en cas d'octroi de la pleine compensation du renchérissement en 2009. Outre cette compensation, l'Union syndicale suisse avait exigé des adaptations des salaires réels, soit une hausse totale de 4 à 5%. Elle demandait encore que les petits revenus touchent au moins 100 à 150 francs par mois. Pas moins de 6 mois plus tard, les dirigeants de la BNS s'accordent des hausses de 8000 francs par mois! Indécent! La société de malfaisance est à l'œuvre...

Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 6 du 11 février 2009

 
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