Manor licencie une militante d'Unia
La grande surfact a licencié une vendeuse à Genève en raison de ses activités syndicales

Les syndicats ont réagi vivement au congé abusif prononcé par Manor Genève à l'égard d'une militante syndicale bien connue. Par une action devant l'enseigne incriminée et une conférence de presse le 2 mars dernier. A cette occasion, Unia et l'Union syndicale suisse ont exigé la réintégration de la militante et demandé l'amélioration de la protection des délégués syndicaux en Suisse. L'Organisation internationale du travail avait récemment épinglé la Suisse pour la faiblesse de sa législation en la matière...

C'est une lettre de licenciement pour le moins inhabituelle qu'a reçue Marisa Pralong, militante d'Unia Genève et vendeuse chez Manor. La direction lui reproche d'avoir témoigné, dans la Tribune de Genève, des conditions de travail dans la vente durant les fêtes de fin d'année alors même que le nom du magasin Manor n'était pas cité: «Nous considérons que vous avez porté atteinte à la considération de Manor», précise la direction. Pour Unia, le motif du renvoi apparaît clairement: «Marisa Pralong a été licenciée en raison de ses activités syndicales. C'est un acte illégal et cela constitue une provocation à l'égard du monde du travail», explique Joël Varone, secrétaire syndical à Unia Genève. Marisa Pralong est en effet déléguée syndicale auprès des commissions paritaires de la CCT-cadre de la vente et de la CCT du commerce de détail non alimentaire genevoises. Elle a aussi été élue présidente d'Unia Genève au début de cette année. Unia exige l'annulation de son licenciement et sa réintégration immédiate. Mais l'employeur n'entre pour l'instant pas en matière et conteste qu'il s'agisse d'un licenciement antisyndical. Il évoque des problèmes de «comportement» pour expliquer son geste.

Avertissement pour «militantisme»
Pourtant, la vendeuse a toujours accompli son travail de manière irréprochable pendant ces trois ans passés à Manor, indique Joël Varone. En 2007, elle avait reçu un avertissement écrit pour «militantisme», qui avait été contesté fermement par le syndicat. «En revanche, Marisa n'a jamais reçu de mise en garde formelle pour un quelconque manquement à ses responsabilités.»
Ce licenciement intervient au moment où les employés s'organisent au sein de l'entreprise pour améliorer leurs conditions de travail, en collaboration avec Unia. Or, Marisa Pralong bénéficie de la reconnaissance d'une bonne partie du personnel pour ses activités de défense des droits de travailleurs dans l'enseigne: «Manor s'imaginerait-elle couper la tête du mouvement?», s'interroge Joël Varone. «L'organisation des employés fait toutefois son chemin, nous avons récolté de très nombreuses signatures pour la constitution d'une commission du personnel.»

Espoir permis
Lors d'une première assemblée générale à la fin janvier, les salariés ont pu faire part de nombreux problèmes qu'ils rencontrent au sein de l'entreprise: non-respect des pauses de travail, imposition des dates des vacances, obligation d'acheter des habits vendus par le magasin, etc. Suite à cette réunion, le syndicat a souhaité rencontrer la direction pour aborder ces questions. «Mais Manor a voulu imposer des exigences quant à la composition de notre délégation, ce qui est inacceptable. Elle a semblé jouer sur la montre», regrette Joël Varone. Puis est intervenu le licenciement de Marisa. Une deuxième assemblée mise sur pied depuis a montré que les employés restent solidaires avec Marisa Pralong et sont déterminés à faire avancer leurs droits, indique le syndicaliste. Actuellement, des piquets de protestation se tiennent tous les midis devant Manor. Une pétition demande aussi le retrait du licenciement (elle peut être signée en ligne à l'adresse http://geneve.unia.ch). Le personnel dispose également d'un blog pour faire connaître la réalité de ses conditions de travail (http://manorabuse.blogg.org).

Christophe Koessler



Branle-bas de combat syndical

Condamnant le licenciement abusif de Marisa Pralong, Unia et l'Union syndicale suisse ont exigé sa réintégration alors qu'une de ses collègues a manifesté sa reconnaissance pour son engagement

Le licenciement de Maria Pralong a été fermement condamné par Unia et l'Union syndicale suisse (USS). Plusieurs responsables sont intervenus à la conférence de presse lundi dernier pour dénoncer son caractère abusif et exiger la réintégration de l'employée. Andreas Rieger, coprésident d'Unia, a souligné la dimension nationale de cette affaire. «En effet, si des critiques émises en public contre les conditions de travail sont qualifiées d'acte déloyal à l'égard de l'employeur et conduisent au licenciement d'une déléguée syndicale, les vrais enjeux sont la liberté d'expression, la liberté syndicale et le partenariat social.»

Protection insuffisante !
Andreas Rieger a également insisté sur la nécessité d'offrir aux représentants et délégués syndicaux une protection particulière. Un avis partagé par Paul Rechsteiner, président de l'USS. Rappelant le cadre juridique qui prévaut en la matière, Paul Rechsteiner a estimé que le licenciement de Marisa Pralong violait les «droits fondamentaux que toute démocratie se doit de garantir». A noter que la Suisse est en effet très mauvais élève en la matière , puisque rien n'oblige un employeur à réintégrer un militant injustement licencié. Le patron ne peut pas non plus être poursuivi pénalement... Tout au plus risque-t-il de devoir verser six mois de salaire comme sanction! «Si le licenciement n'est pas annulé, nous n'hésiterons pas à dénoncer le cas auprès de l'Organisation internationale du travail» a déclaré le numéro un de l'USS.
De son côté, Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia Genève, a également souligné la grave atteinte à la liberté syndicale, d'autant plus qu'une clause de la convention collective de travail de la vente à Genève interdit le licenciement de délégués syndicaux. Pour lui, le licenciement est aussi une «mesure d'intimidation contre le personnel de Manor». «Il intervient au moment où le personnel de l'entreprise entreprend des démarches pour demander l'instauration d'une commission du personnel. Plus de 140 signatures ont été récoltées auprès du personnel pour que les vendeuses puissent faire entendre leurs droits suite aux différentes infractions de Manor à la convention collective de travail.» Et de citer des violations relatives aux pauses, aux nocturnes, aux plannings ou encore aux vacances.

Soutien des collègues
Des exemples ancrés dans la réalité avec le témoignage d'une collègue de Marisa qui a tenu toutefois à garder l'anonymat. «Ma collègue Marisa ayant été licenciée injustement pour le simple fait d'avoir exprimé l'opinion des vendeuses relatives aux ouvertures des magasins durant les fêtes de fin d'année et l'Eurofoot, je vous demande de respecter mon anonymat.» Cette dernière a signalé plusieurs droits bafoués dans l'enseigne genevoise. «Au supermarché, certaines personnes ont travaillé de 8 heures du matin à 18 heures sans aucune pause. Les caissières doivent souvent attendre très longtemps avant de pouvoir prendre des pauses, se rendre aux toilettes ou autres urgences.  Pire, le personnel du supermarché ne connaît pas ses heures de pause avant de commencer la journée.» La vendeuse a également dénoncé des problèmes relatifs aux vacances et aux heures supplémentaires dont la récupération se ferait au profit de l'entreprise, lors de creux, et non en tenant compte des besoins de son personnel... Et de conclure, après avoir adressé ses chaleureux remerciements à Marisa Pralong pour son engagement et lui avoir assuré le soutien de ses collègues, que la bataille se poursuivra.

Sonya Mermoud



Au nom de ses pairs...

De son côté, Marisa Pralong a rappelé les faits qui ont présidé à sa mise en congé non sans préciser combien elle aimait son travail ni déplorer le manque de droits régnant dans cette branche: «(...) A Genève, il existe de nombreuses conventions collectives, dont une de force obligatoire dans le commerce de détail. L'opinion publique pourrait croire que les conditions de travail des vendeurs sont protégés, que nous bénéficions d'un minimum de droits. Cependant, ces droits sont souvent virtuels. (...) C'est parce que l'avis des vendeurs, du monde du travail, n'est jamais pris en compte par nos patrons que j'ai pris la parole et qu'on me licencie.» Pas de quoi décourager la militante qui a affirmé vouloir se battre pour obtenir l'annulation de son licenciement. «Je le fais tant pour moi que pour mes collègues.»

SM

 

Edition n° 9 du 4 mars 2009

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page