Je me battrai jusqu'au bout !
Après un mois de lutte, Marisa Pralong ne faiblit pas. Unia relance les actions en faveur de la vendeuse de Manor licenciée

La mobilisation pour la réintégration de Marisa Pralong, vendeuse licenciée par Manor à Genève, déléguée syndicale et présidente d'Unia Genève, continue de plus belle après le refus de la direction de revenir sur sa décision. Marisa s'exprime sur cette lutte, où la liberté syndicale est en jeu.

Le bras de fer se poursuit entre Manor et Unia. Le 17 mars dernier, la direction des ressources humaines de Genève a une nouvelle fois refusé toute forme de réintégration de Marisa Pralong, licenciée un mois auparavant pour ses activités militantes en faveur de ses collègues et aux côtés d'Unia. Le syndicat a donc décidé de reprendre ses piquets de protestation chaque jour entre 12 et 14h devant le magasin genevois et organise un nouveau rassemblement ce samedi 28 mars à 16h à la place Grenus. La veille, les personnalités politiques, sociales et culturelles seront aussi invitées à faire connaître leur soutien lors d'un «piquet des personnalités». Les autorités municipales et cantonales ont déjà été interpellées au sein de leur parlement respectif par des élus solidaires. Marisa Pralong est plus que jamais déterminée à continuer la lutte. Interview.

Comment avez-vous réagi à votre licenciement?
Je n'ai pas été surprise. Cela faisait longtemps que Manor avait décidé de me congédier. Lorsque j'ai vu la raison de mon licenciement dans la lettre, j'ai été presque soulagée. Car on n'y invoque pas de faute professionnelle, mais une interview que j'ai accordée à la Tribune de Genève sur les conditions de travail des vendeuses avant les fêtes de fin d'année. Manor n'hésite donc pas à violer un droit constitutionnel fondamental: la liberté d'expression, en plus du droit à l'activité syndicale. Le fait que cela soit écrit noir sur blanc m'a presque fait sourire. La direction n'a pas pu trouver d'autres prétextes car j'ai fait extrêmement attention à la qualité de mon travail et à mon comportement, étant donné les risques inhérents à mon engagement. En réalité, la direction n'a pas apprécié que je proteste contre l'imposition d'un uniforme qui devait être acheté par des vendeuses à leur frais et contre l'impossibilité pour les employés de sortir du magasin pendant leurs pauses-café. Deux sujets sur lesquels nous avons en bonne partie obtenu gain de cause.

Comment avez-vous vécu ce mois de lutte pour votre réintégration?
Je sépare bien les différents domaines de ma vie. En tant que catholique pratiquante, j'ai mes moments de recueillement qui m'aident beaucoup. J'ai bien vécu cette période. Je suis extrêmement bien soutenue par le syndicat et j'ai reçu de nombreux messages de solidarité des employés de Manor. Je commence ma journée de travail militant à 8 heures du matin. Je vais tous les jours au piquet de protestation devant Manor de 12 à 14h. C'est important que je sois là pour que mes collègues me voient forte, active et combative. Je veux donner envie aux gens de se mobiliser pour améliorer leur quotidien, leur montrer que c'est possible. J'ai envie d'être contagieuse! La direction voit aussi qu'avec une telle énergie, je suis apte à travailler...

L'enjeu de votre lutte dépasse bien sûr largement votre cas individuel...
L'objectif pour moi est de retrouver ma place de travail. Mais l'enjeu de cette lutte est important pour tous. Il s'agit de consolider la protection des délégués syndicaux dans toutes les branches. Le syndicat joue gros dans cette affaire. Les patrons et les partis politiques aussi. Il en va de la crédibilité du partenariat social et des conventions collectives. La cause est aussi cruciale pour la liberté d'expression et la démocratie: en 2009, il serait grave que les travailleurs ne puissent pas s'exprimer et que les patrons fassent comme ils veulent!

Certains disent que vous êtes utilisée par le syndicat, qu'en pensez-vous?
J'ai toujours dit qu'un militant sans syndicat, c'est comme un travailleur sans outil. De même, un syndicat sans militants, c'est un outil sans travailleurs. Pour tenir tête à Manor en tant qu'employée, j'avais besoin du syndicat. Que le syndicat s'appuie aussi sur moi pour défendre la cause des vendeuses, c'est une très bonne chose!

Allez-vous continuer à exiger votre réintégration?
Oui, je ne lâcherai pas avant. Je suis prête à payer de ma personne s'il le faut. Je veux continuer à payer mes factures avec la valeur de mon travail, pas avec les indemnisations que Manor devrait me verser si elle ne me reprend pas.

Propos recueillis par Christophe Koessler




Soutenez Marisa!

La pétition en faveur de Marisa a récolté plus de 5000 signatures à ce jour. Elle peut être paraphée à l'adresse Internet: http://www.geneve.unia.ch.
Une carte postale adressée à la direction du groupe Manor à Bâle et demandant la réintégration de Marisa est disponible dès aujourd'hui sur les piquets et dans tous les secrétariats Unia du pays.

Voir aussi le blog: http://manorabuse.blogspot.com


 

Edition n° 12 du 25 mars 2009

 
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