Casseur de prix sous pression syndicale
Le hard discounter Lidl vient d'ouvrir plusieurs magasins en Suisse allemande. Unia revendique la conclusion d'une CCT

Si Lidl est connu pour casser les prix, l'enseigne allemande a aussi la triste réputation d'offrir à son personnel des conditions de travail misérables. De quoi susciter l'inquiétude d'Unia qui, sans attendre l'ouverture de ses premiers magasins dans nos frontières - 13 commerces inaugurés dans 7 cantons alémaniques - a contacté le hard discounter. But de la démarche: savoir quelle serait la pratique à l'égard des employés et inciter le groupe à conclure une Convention collective de travail (CCT). «On nous a répondu qu'une CCT n'était pas à l'ordre du jour pour le moment mais qu'une réponse formelle et définitive nous parviendrait dans six mois», relève Catherine Laubscher, coresponsable de la branche du commerce de détail d'Unia.

10 à 15% de moins
Lidl a toutefois informé le syndicat des conditions de travail dans ses filiales en Suisse. «En résumé nous pouvons dire qu'elles se situent de 10 à 15% en dessous de celles offertes par Migros et Coop.» Plus précisément, les différences portent sur l'horaire hebdomadaire, 42 heures chez Lidl contre 41 chez ses principaux concurrents; les vacances, moins de jours pour les 50 ans et moins de congés payés, et des salaires minimaux plus bas, qu'il s'agisse de personnes au bénéfice d'une formation ou non. «Qui peut vivre avec un salaire de 3500 francs brut par mois? Nous revendiquons pour les personnes non qualifiées un minimum de 3700 francs et davantage pour les autres.» Une exigence qui, selon Le Temps du 17 mars, aurait déjà été entendue. «Tant mieux. Il faut croire que la discussion a déjà porté ses fruits. Mais Lidl n'est pas pour autant au même niveau que les autres leaders du marché puisque son personnel travaille 42 heures.»

Actions possibles...
Outre ces questions, le syndicat se préoccupe aussi des pourcentages de travail des employés de Lidl. «Les vendeurs sont engagés à 80% mais on attend d'eux qu'ils fassent un 100% si nécessaire. Une disponibilité inacceptable qui les empêche par ailleurs d'avoir une autre activité. On fait ainsi peser une partie des risques sur les salariés.» Autre motif d'inquiétude, la taille des effectifs. «Lidl économise sur le nombre de collaborateurs, peut-être pas au lancement des magasins - alors une vingtaine de personnes par site - mais après.» Autant d'ombres au tableau que le syndicat espère dissiper avec la conclusion d'une CCT. «Il est inadmissible que les prix bon marché du groupe se fassent sur le dos des employés», relève encore Catherine Laubscher. Et de conclure: «Nous attendons maintenant la réponse de Lidl et, dans l'intervalle, restons vigilants. Les conditions de travail doivent au moins être égales à celles de ses concurrents. Nous n'entendons pas laisser ce nouveau distributeur tirer la pratique à la baisse.»
Dans le cas contraire, Unia n'hésitera pas à faire pression en menant des actions devant les enseignes de Lidl. Qui envisage d'ouvrir encore une douzaine d'autres commerces outre-Sarine d'ici à la fin de l'année. Et programme sa venue en Suisse romande dans un an et demi.

Sonya Mermoud

 

Edition n° 12 du 25 mars 2009

 
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