Welcome - Philippe Lioret

Simon (Vincent Lindon) aimerait reconquérir sa femme Marion (Audrey Dana), engagée dans l'aide aux migrants bloqués à Calais. Bilal (Firat Ayverdi), d'origine kurde, veut rejoindre le plus rapidement à Londres son amie Mina qui doit obéir à ses parents et épouser un compatriote de leur choix. A ces histoires d'amour finissante ou impossible va s'ajouter un profond lien d'amitié qui réunit Simon et Bilal un peu comme père et fils.

Ceci pourrait donner un élégant film sentimental bien joué par de bons acteurs, dont un amateur choisi pour sa présence, Firat Ayverdi. Il en va souvent ainsi des vrais grands films ancrés dans la réalité sociale et l'Histoire : les destins individuels finissent par raconter la vie des sociétés, par soulever des problèmes importants, comme celui des réfugiés qui rêvent de l'Occident où ils  sont surveillés, rejetés ou expulsés parfois brutalement.

Un peu comme « La Forteresse »
« La forteresse » de Fernard Melgar, qui observe ce qui se passe dans un centre d'accueil de Vallorbe, a connu  en Suisse romande un assez bon succès public qui témoigne de la curiosité et de l'attention pour ce problème de société. Le renvoi  probable fait beaucoup parler de lui. Ce jeune irakien risque alors d'être renvoyé dans son pays d'origine où sa vie pourrait être en danger. La notoriété acquise par le cinéma n'aura pas suffi pour lui faire accorder accueil en Suisse. Malgré l'émotion sincère de Mme Widmer-Schlumpf lors de sa découverte du film l'été dernier à Locarno.
« Welcome », qui traite un peu le même problème dans un autre contexte, semble avoir du succès en France mais pas du tout une fois franchie la barrière du Jura. Bizarre : l'émotion profonde devant l'injustice serait-t-elle nourrie de culpabilité nationale ?
 
Errer près de Calais
Simon, ancien athlète d'élite, est devenu maître de natation dans un centre sportif de Calais. Il ne s'intéresse guère aux engagements de Marion qui milite en faveur des réfugiés bloqués à Calais, en attente souvent vaine d'un moyen de passage clandestin de France, pour eux une étape, vers l'Angleterre. C'est aussi pour reconquérir sa femme qu'il va protéger le jeune Bilal. Celui-ci veut à n'importe quel prix rejoindre son amie Mina, qui l'attend à Londres. Les contacts établis par téléphone sont dérisoires. Une tentative de passage au milieu des marchandises chargées sur un camion, tête dans un sac en plastique pour éviter que les appareils des douanes localisent la présence humaine, a échoué. Comme des centaines d'autres, Bilal erre à Calais et dans les environs, le centre d'accueil de Sangatte qui recevait certains de ceux qui rêvaient d'arriver en Angleterre ayant fermé ses portes il y a quelques années déjà. Ces errants dorment à la belle étoile, ne mangent pas toujours à leur faim, sont traqués par la police française qui les libère souvent un peu n'importe où dans la nature. Mais le port de Calais les attire comme un aimant. Entre eux, parfois, ils s'entraident. Ils ne mangent pas tous les jours. Quelques français, en groupe ou individuellement,  se portent à leur secours, les accueillent chez eux, les nourrissent, les transportent en voiture, rechargent la batterie de leur précieux portables. Au risque d'être mis en garde à vue puis déférés à un tribunal ! Oui,  pour avoir parfois nourri un affamé !

Traverser la Manche à la nage !
Bilal est parvenu à devenir client du maître nageur. Il s'entraîne avec une telle intensité que Simon s'est rapproché de lui en finissant par comprendre le rêve fou du jeune kurde: traverser la Manche, à la nage, en solitaire. Une première tentative échoue. Bilal insiste. Sa seconde tentative se terminera dramatiquement. En aidant Bilal, Simon a réappris la générosité.

Des nomades abandonnés
Un sujet de divertissement, une double histoire d'amour, un  précieux lien d'amitié, avec leurs dimensions individuelles, s'est ainsi transformé en un témoignage sur une violence humaine faite par une société à des hommes qui cherchent une vie meilleure en Europe (ici la Grande-Bretagne). Dans une déclaration sèche, le réalisateur Philippe Lioret a dit se sentir comme ces français pourchassés pendant la guerre, en 1943, pour avoir caché un juif dans une cave. Le ministre Besson ( ex-socialiste passé à l'UMP) s'en est pris avec violence au cinéaste qui aurait, selon lui, « franchit la ligne rouge ». Pour lui, la France officielle mène une politique « normale » contre ces nomades abandonnés dans la nature aux environs de Calais.

Un film d'amour et d'amitié est devenu un grand film politique dénonciateur d'une injustice faite à des démunis par une société confortable C'est là une sombre page de l'Histoire de l'émigration clandestine. Un film peut-il changer, même partiellement, les choses ? On le voudrait !

Freddy Landry

 

 

Edition n° 12 du 25 mars 2009

 
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