Le dialogue porte ses fruits, même en cas de crise
Chez Del West, à Roche, le nombre de licenciements a été réduit et des personnes ont déjà retrouvé du travail

Trouver des alternatives aux licenciements, aider les personnes qui perdent leur emploi, le tout dans le dialogue et le respect entre syndicat, commission du personnel et direction, c'est possible, même en situation de crise. L'exemple de Del West à Roche dans le Chablais vaudois le prouve.  

«Pour nous, éviter un licenciement, c'est déjà une victoire!» lance Antonio di Tria, membre de la commission du personnel de l'entreprise Del West à Roche. Et ce n'est pas un mais six licenciements qui ont pu être évités sur les 31 prévus, grâce au dialogue entre le personnel, le syndicat et la direction.  
Tout a débuté à la fin janvier dans cette usine qui produit principalement des pièces de moteurs de Formule 1. Sous les coups combinés de la crise - Honda, l'un des clients de Del West, s'est retiré des courses - et d'un nouveau règlement qui limite le nombre de moteurs destinés aux bolides, la direction a annoncé à la commission du personnel la suppression de 31 emplois sur les 86 que compte l'entreprise. La commission avait trois jours pour donner son avis... «Nous n'étions pas en mesure de répondre à cette consultation. Nous avons fait appel à Unia, car une organisation qui défend les travailleurs est plus apte à réaliser ce travail que la commission ouvrière», souligne Antonio di Tria, opérateur sur une machine à commande numérique. Une assemblée du personnel a été convoquée peu après. Elle a donné mandat à Unia de représenter les travailleurs. «Nous avions pris contact avec la direction. Le fait que les ouvriers nous aient mandaté a permis que le délai de consultation et les licenciements soient repoussés d'un mois», salue Carlo Carrieri, secrétaire syndical qui a participé, avec Yves Defferrard, responsable de l'industrie à Unia Vaud, aux négociations.

Six emplois sauvés...
En février, trois groupes de travail - sur les infrastructures, les achats, la production - ont été mis sur pied, regroupant des ouvriers, des chefs, des secrétaires. «Environ 25 personnes y ont participé. L'objectif était de trouver des économies afin de sauver des emplois, indique Carlo Carrieri. Il y a eu un véritable engouement du personnel. Et surtout, nous avons pu travailler librement, les membres des groupes ont été libérés de leur travail pour se consacrer à la consultation et la direction nous a fourni tous les documents nécessaires. Cette consultation a abouti à un certain nombre d'idées et d'indications.» Sur la base de ce travail, six emplois ont pu être sauvés.
Mais ce n'est pas tout. Des mesures ont aussi été prises en faveur des 25 personnes qui seront quand même licenciées fin avril. Un accord a été passé entre la direction et le syndicat pour que tout soit entrepris pour leur retrouver une place de travail dans une autre entreprise de la région, et pour les soutenir dans la recherche d'un emploi.

... et cinq personnes replacées
Des compensations de la perte du pouvoir d'achat due au chômage ont également été prévues, jusqu'à fin août, pour les personnes qui n'auront pas retrouvé un emploi. Des négociations finales auront lieu fin avril. Si beaucoup de salariés sont replacés, ces compensations pourraient être prolongées jusqu'à fin septembre pour les autres. Carlo Carrieri s'est beaucoup investi pour retrouver des places de travail: «Ce n'est bien sûr pas facile, mais la plupart des licenciés sont des mécaniciens de précision, et on en recherche encore aujourd'hui. Je tiens aussi à remercier l'Association régionale pour le développement du district d'Aigle, l'Arda, qui a écrit à environ 90 entreprises, membres de l'association, pour savoir si elles avaient besoin de travailleurs.» Pour l'heure, ces démarches portent leurs fruits. A la mi-avril, le syndicaliste et Antonio di Tria dénombraient 5 personnes replacées. Et espéraient de nouvelles réponses avant la fin du mois.

Dignité et respect
Tous deux se disent heureux de l'excellente collaboration entre le syndicat, la commission du personnel et la direction. «Cette bonne collaboration m'a surpris, je n'avais jamais vu ça auparavant», relève Antonio di Tria, qui a travaillé dans plusieurs entreprises de la région. «Avant, le syndicat était perçu comme une bête noire. Maintenant, il y a plus de respect», ajoute-t-il. «Je crois que les entreprises ont compris que l'intervention du syndicat va dans l'intérêt de tous. J'espère que la bonne entente entre les partenaires sociaux chez Del West continuera», ajoute Carlo Carrieri.
«Nous sommes très contents de la manière dont s'est déroulée cette consultation. Et ce qui est très important pour nous, c'est que les gens vont partir dans la dignité. Nous espérons que les autres entreprises en prennent exemple. Cela montre que quand on veut, on peut dialoguer», conclut Antonio di Tria.

Sylviane Herranz

 

Edition n° 16 du 22 avril 2009

 
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