Manor et les patrons se défilent
La délégation patronale à la commission paritaire prouve à nouveau sa volonté de ne pas appliquer la CCT de la vente

La séance de la commission paritaire qui devait auditionner Manor sur le licenciement de Marisa Pralong a tourné court. D’autres instances seront saisies par Unia qui exige toujours l’annulation du licenciement et appelle le personnel de la vente à manifester massivement le 1er Mai.

Marisa Pralong est déléguée à la commission paritaire de la Convention collective de travail (CCT) cadre du commerce de détail genevois. Malgré le fait que cette CCT interdise explicitement le licenciement des représentants ou délégués syndicaux, elle a été congédiée brutalement par Manor en février dernier. Lors de la séance de la commission paritaire qui s’est tenue le 21 avril, où Manor devait être auditionné sur son licenciement, elle avait cédé son siège à Jamshid Pouranpir d’Unia. Joël Varone, autre délégué d’Unia, et deux collègues du Syndicat interprofessionnel des travailleurs étaient aussi présents. Or la direction de Manor n’a pas daigné se déplacer. Elle s’est fait représenter par un jeune avocat.
Cela faisait plus de deux mois que les syndicats demandaient cette audition, qui aurait dû, selon la CCT, se tenir dans les 30 jours après la première demande faite le 19 février. Depuis, tout a été tenté, côté patronal, pour gagner du temps. C’est que le délai de congé de Marisa arrive à terme le 30 avril. Et la séance de la commission paritaire du 21 avril tourne court elle aussi. En l’absence de Manor, une lettre à son intention est discutée. La partie patronale refuse toute mention de l’article 17 de la CCT qui protège les militants syndicaux. «La délégation patronale estimait que c’était trop politique. Il était impossible de s’entendre. Nous avons constaté l’échec de cette séance et nous sommes partis», note Jamshid Pouranpir, écœuré. «Cela démontre une fois de plus les connivences entre la délégation patronale et les gros commerçants, et surtout que cette commission ne fonctionne pas», ajoute-t-il, relevant qu’il n’y a aucune volonté de faire appliquer la CCT. «Nous allons faire recours auprès d’autres instances, en particulier à la Chambre des relations collectives du travail, qui officie comme Tribunal arbitral en cas de désaccord, et à l’Organisation internationale du travail (OIT).»

Le Conseil d’Etat laisse faire
Quant au Conseil d’Etat, qui pourrait se positionner clairement, la CCT ayant force de loi dans le canton, il se défile aussi et renvoie les parties à la justice, estimant qu’il s’agit là d’un simple conflit de travail. Dans sa réponse à l’interpellation urgente déposée par la députée socialiste Véronique Pürro, il reconnaît que les CCT (alimentaire et non alimentaire) de la vente genevoise «protègent la liberté syndicale et instituent une commission paritaire pour veiller à leur application». Le Conseil d’Etat indique aussi qu’il «considère qu’il ne lui appartient pas – à ce stade – d’intervenir dans le fonctionnement de ces organes paritaires placés sous la responsabilité des partenaires sociaux de la branche». Cette réponse a été publiée sur Internet le 1er avril. Le Conseil d’Etat se ravisera-t-il après les derniers événements survenus au sein de la commission paritaire?

Le 1er Mai, avec Unia
Des événements qui n’inaugurent rien de bon pour les conditions de travail dans la vente. Un projet de loi demandant l’ouverture quotidienne des magasins jusqu’à 20h, le samedi jusqu’à 19h et quatre dimanche par année, a été déposé récemment au Grand Conseil et pourrait bientôt être voté. «Un des arguments des patrons pour faire passer ce projet de loi est qu’il n’y aura pas de répercussions sur le personnel vu qu’à Genève il y a une des CCT les plus avancées de Suisse! Or dans le cas de Marisa, comme dans d’autres affaires, on constate qu’ils n’ont aucune intention d’appliquer cette CCT», s’indigne Joël Varone qui appelle toutes les vendeuses et vendeurs du canton à rejoindre les rangs d’Unia lors du cortège du 1er Mai, ce vendredi.
Car en se débarrassant de Marisa, en violant les droits syndicaux, en faisant pression sur les autres syndiqués, la direction de Manor et les patrons qui la soutiennent s’en prennent directement à la volonté de résistance du personnel contre la flexibilisation de leurs horaires de travail. N’oublions pas que le motif du licenciement de Marisa est qu’elle s’était exprimée dans la Tribune de Genève en décembre 2008 pour dénoncer les conditions de travail dans la vente, en relation avec les nocturnes...

Sylviane Herranz

 

Edition n° 17 du 29 avril 2009

 
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