Grève victorieuse dans la vente
20 employés d'une station-service de Thoune obtiennent de nettes améliorations de leurs conditions de travail après une grève

Dénonçant des conditions de travail déplorables, 20 employées travaillant dans une station-service à Thoune ont fait grève les 30 avril et 1er mai. En dépit des risques de licenciements encourus, elles ont refusé de se laisser intimider. Déterminées, parlant d'une même voix et soutenues par Unia, elles ont fini par obtenir une augmentation des salaires et des effectifs.

Près de 700 heures supplémentaires accumulées, des salaires de misère, des horaires insensés... Continuer le travail dans ces conditions n'était plus possible pour les vingt travailleuses du magasin de la station-service Spar à Heimberg près de Thoune. Les 30 avril et 1er mai dernier, il ne leur restait que la grève pour faire entendre leurs revendications à la direction, qui faisait la sourde oreille, malgré diverses rencontres avec le personnel. Depuis que ce «shop» avait été repris en août dernier par l'enseigne Spar, rien n'allait plus. La direction avait diminué le nombre de postes, et les employées avaient été contraintes à cumuler les heures supplémentaires, sans compensation. Les salaires pratiqués étaient aussi particulièrement bas - même bien en dessous de ceux spécifiés dans le contrat type de la vente du canton de Berne. Quant aux horaires, le magasin étant ouvert de 5 heures à 1 heure du matin, les vendeuses étaient appelées à travailler de nuit plus souvent qu'à leur tour.

Esprit d'équipe et solidarité
«Après le premier jour de grève, le mouvement s'est poursuivi malgré les menaces écrites de licenciements», raconte Vania Alleva, responsable du secteur tertiaire pour Unia. Les employées se sont montrées particulièrement soudées et solidaires: «Cela a été très dur. Les pressions exercées par la direction ont été fortes. Celle-ci exigeait l'interruption de la grève pour entamer le dialogue. Grâce à leur esprit d'équipe, les employées ont tenu bon et ont demandé un accord écrit avant de mettre fin au débrayage.» Pendant ce temps, plusieurs actions de sensibilisation ont été menées par le syndicat devant d'autres magasins Spar, notamment à Zurich, Lucerne et Saint-Gall. Les discours du 1er Mai à Saint-Gall ont aussi permis d'informer un plus large public sur cette grève. La direction s'est donc finalement mise à la table des négociations. Mais ce n'est qu'après neuf heures d'âpres discussions que les parties sont parvenues à un accord, à une heure du matin.

Excellent accord
«Le résultat est excellent», estime Vania Alleva. Les employées ont obtenu le paiement des 700 heures supplémentaires effectuées avec 25% de majoration, l'engagement de nouveau personnel à temps partiel (représentant 200% de temps de travail), une réglementation pour empêcher l'accumulation excessive d'heures en plus, et des salaires minimaux de 3900 francs pour le personnel non qualifié et 4200 francs pour le personnel au bénéfice d'une formation. «Ce sont de bons salaires par rapport à ce qui se pratique dans le commerce de détail», se félicite la syndicaliste. L'histoire est exemplaire pour l'ensemble du personnel de la vente en Suisse, estime Unia.
A Berne, Unia vient par ailleurs de lancer une campagne pour l'obtention d'une convention collective de la vente cantonale... La situation est d'autant plus urgente face à l'arrivée des nouveaux discounters tels que Aldi et Lidl, qui, à l'image de Spar, imposent des conditions de travail d'un autre âge.

Christophe Koessler

 

Edition n° 19/20 du 13 mai 2009

 
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