Cinéma
Deux fois deux

Deux grands cinéastes, Kiyoshi Kurosawa et Hirokazu Kore eda, s'installent dans deux familles japonaises mal en point. Les deux placent la caméra à hauteur d'homme, le premier en discrète plongée, le second en identique attitude mais en contre-plongée. Une façon légèrement différente de lier les êtres au réalisateur et à  son regard dans un accord de sensibilité.

Le chômage: Tokyo Sonata - Kiyoshi Kurosawa

Brusque licenciement d'un père cadre moyen : ce film écrit avant la crise mondiale qui sévit actuellement apparaît comme prémonitoire. Ce père n'ose rien dire à sa famille, selon une tradition paraît-il bien ancrée au Japon ( au Japon seulement ?). Rigoureusement vêtu, cravaté, son portable avec lui, il quitte chaque matin son domicile. Et c'est dans cette tenue qu'il finira par se rendre à une soupe populaire avec d'autres cadres ayant subi le même sort que lui. Le fils aîné rêve de s'engager volontairement à l'armée pour combattre en Irak. Contre la volonté de ses parents, le cadet prend en cachette des leçons de piano. L'épouse se laisse « séduire » et enlever par un étrange voleur. La famille finit par savoir ce qui arrive au père !

Kurosawa s'est fait un nom dans le cinéma fantastique ou d'horreur. Le voici humaniste et social. Brusque changement ? Même pas : il n'est pas besoin de sang qui gicle pour troubler et inquiéter avec une force étrange. Une telle famille en lambeaux devrait conduire vers un amer constat d'échec. Kurosawa refuse de  s'en sortir par une conclusion positive pour ses personnages. Il choisit un tout autre chemin original. Il quitte ces personnages pour écouter l'enfant qui interprète au piano une sublime pièce de Schubert. Un vrai moment de bonheur : comme si le réalisateur exprimait ainsi son amitié aux personnages malmenés.



Le deuil: Still walking - Hirokazu Kore-eda

Une fois par année, un médecin à la retraite qui ne parle plus guère et sa femme excellente cuisinière, réunissent leurs enfants mariés et petits enfants pour une cérémonie qui semble d'abord mystérieuse. Le second fils du couple, Ryota, accompagné de sa nouvelle épouse, une jeune veuve, et de son fils, ne manifeste guère d'enthousiasme pour cette rencontre. Sa sœur, rayonnante mère de deux enfants, qui reviendrait volontiers s'installer chez ses parents, est affublée d'un bien pâle époux. Autre invité : un jeune homme insignifiant qui se répand en remerciements. Peu à peu, on comprend qu'il s'agit du souvenir d'une tragédie qui vit mourir quinze ans auparavant le fils aîné alors qu'il tentait de sauver un enfant de la noyade.

Kore-eda est à la fois scénariste, dialoguiste, metteur en scène et monteur de ce très beau film contemplatif et rigoureux. Des plans fixes en intérieur, avec des détails de gestes en cuisine, en extérieur des ruelles désertes, un large escalier en espaliers dans la verdure, un pont aux lignes élégantes, une mer aux vagues par très rassurantes offrent des réponses en sourdine aux questions que se pose le spectateur invité par l'auteur à le suivre dans sa démarche au rythme musical dans sa beauté simple.



Deux  blockbusters américains


La nuit au musée 2 - Sharon Levy

« La nuit au musée 1 » ? Ce fut une bonne petite surprise ! Le 2 sans supplément d'originalité séduit aussi par son humour et ses trucages. Ces dinosaures qui bougent, cette statue du penseur de Rodin qui se met en mouvement, ce vieil avion qui fait des loopings inconsidérés, ces Einstein qui doivent s'y prendre à une dizaine pour résoudre un problème, c'est du correct divertissement qui ne fatigue pas les méninges.



Anges et démons - Ron Howard

Du CERN franco-genevois où l'anti-matière volée peut servir de puissant explosif pour détruire le Vatican en punissant des descendants de dignitaires de l'Eglise qui malmenèrent des scientifiques par le passé, quelques grands prêtres en tenues de gala, il y a le petit pas qui conduit Da vinci code au second (ou deuxième ?), cet Anges et démons tiré des livres de  Dan Brown ayant séduit de par le monde entier plus de cinquante millions de lecteurs. Mais cette fois, on protège le Vatican et l'Eglise, histoire de rattraper le premier qui fut mal accueilli par les nouveaux protégés alors mis en cause.


Freddy Landry


 

Edition n° 23 du 10 juin 2009

 
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