La construction syndicale avance chez Coop
La première conférence nationale des employés de Coop syndiqués à Unia a été une réussite

Une soixantaine d'employées et d'employés de Coop ont participé à cette première rencontre nationale le 15 juin dernier. L'organisation syndicale, le travail à l'heure, le stress et l'inégalité salariale ont alimenté les discussions. Des revendications fortes en ressortent en vue du renouvellement de la Convention collective de travail de l'entreprise l'année prochaine.

Vendeuses et vendeurs de Coop, vous n'êtes pas seuls! Plus de 4000 salariés de la grande surface sont syndiqués chez Unia. Afin de fédérer cette force potentielle et dégager les principales revendications des travailleurs, le syndicat a mis sur pied une conférence nationale des membres d'Unia travaillant pour Coop le 15 juin dernier. Environ 60 personnes de toutes les régions, des vendeuses pour la plupart, ont participé à l'événement à Berne: «Cela a été un vrai succès. Les participantes sont reparties pleines d'énergie pour aller de l'avant», se réjouit Vania Alleva, nouvelle responsable du secteur tertiaire à Unia. Les rencontres et la mise en commun des expériences sont fondamentales dans la construction d'un mouvement syndical, rappelle-t-elle: «Beaucoup d'employés ont l'impression d'être seuls à s'engager pour de meilleures conditions de travail. Or, quand ils en parlent à leurs collègues, ils découvrent que plusieurs sont syndiqués comme eux.» L'important, pour Unia, était aussi de montrer que les salariés peuvent compter sur un syndicat fort, prêt à s'engager à leurs côtés pour améliorer leur quotidien.

Auxiliaires, travail précaire
Au fil des discussions, plusieurs problèmes importants ont été mis en avant de manière répétée. Tout d'abord, le travail à l'heure, qui a tendance à augmenter chez Coop. Avec un contrat qui varie de huit heures à vingt heures par semaine, certaines vendeuses ne perçoivent pas un revenu suffisant à la fin du mois. D'autre part, elles ne peuvent compter sur un même nombre d'heures d'une année à l'autre, ce qui peut les faire sombrer dans une grande précarité. Une employée a témoigné de sa situation. Effectuant plus de 20 heures hebdomadaires l'année passée, la vendeuse a vu son horaire réduit à huit heures en raison de la crise. Comme elle a gagné davantage en 2008, elle ne touche plus de subside d'assurance maladie en 2009, alors que sa situation s'est fortement détériorée... Et elle ne parvient plus à payer sa prime! Une grande partie des conséquences de la mauvaise conjoncture est donc transférée sur ces salariés auxiliaires. De plus, alors que la convention collective prévoit qu'un auxiliaire soit engagé avec un contrat fixe s'il accomplit l'équivalent d'un 50% sur l'année, cette obligation reste souvent lettre morte.

Inégalité, stress et maladies
Autre souci majeur: l'inégalité salariale entre hommes et femmes reste importante. Une vendeuse disposant de plusieurs années d'ancienneté a signalé qu'elle touche 3700 francs par mois alors qu'un de ses collègues masculins direct, qui vient d'être engagé, touche 1400 francs de plus à qualification égale pour un poste similaire!
Le stress au travail est également une préoccupation majeure pour le personnel de Coop. Si des rythmes trop soutenus en sont souvent la cause, d'autres facteurs ont été mis en avant. Le fait tout d'abord, qu'un employé qui tombe soudainement malade n'est souvent pas remplacé. Cela occasionne non seulement un travail supplémentaire pour les autres, mais entraîne aussi un sentiment de malaise très important pour les salariés souffrants car ils savent que leurs tâches seront reportées sur leurs collègues. Ainsi, au lieu de rester à la maison, dûment munies d'un certificat médical, nombre de personnes se rendent tout de même au travail alors qu'elles sont souvent sous l'effet de médicaments... Unia rappelle que le stress est à l'origine de nombreuses maladies de longue durée (burn-out, dépression, etc.) et que Coop aurait avantage à axer son action sur la prévention en matière de santé du personnel. D'autre part, le système de surveillance de la qualité du travail des employés appelé «Mystery shopping» - de faux clients viennent vérifier en secret que les vendeuses appliquent toutes les consignes à la lettre - est un facteur de stress considérable, qui met les travailleurs sous pression constante, ont souligné les participants.

Militance et loyauté
Nombre de militantes ont aussi souligné la difficulté de s'engager syndicalement, certaines directions remettant en cause leur loyauté envers l'entreprise, alors même qu'Unia et Coop mènent un partenariat social depuis de nombreuses années: «Cette question doit être éclaircie auprès de Coop et auprès de salariés. Le partenariat social a besoin de membres actifs et d'un syndicat fort, seuls à même de le faire fonctionner. Une prise de conscience est nécessaire à ce niveau, militance et loyauté ne sont pas incompatibles, bien au contraire!», explique Vania Alleva.
Sur la base du travail de la conférence, un certain nombre de revendications fortes émergent en vue du renouvellement de la CCT Coop qui aura lieu courant 2010: la suppression des contrats à l'heure, le respect du principe d'égalité salariale entre hommes et femmes et l'abolition pure et simple du «mystery shopping». Unia devra aussi répondre aux attentes des membres: être davantage présents dans les magasins et organiser des journées d'information et de formation sur le travail du syndicat et l'engagement militant... Du travail sur la planche, de part et d'autre!

Christophe Koessler

 

Edition n° 25 du 24 juin 2009

 
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