Prélude à la mobilisation
Les maçons d'Unia se réunissent samedi, pour débattre et affûter leurs armes pour la rentrée

Ce samedi 27 juin, 600 ouvriers de la construction se réuniront à Berne pour une Landsgemeinde inédite dans l'histoire du syndicat. Cette grande assemblée de militants leur permettra de discuter, de renforcer les liens, et de définir ensemble leurs revendications en prévision des négociations salariales de cet automne et du futur renouvellement de la Convention nationale. La crise sera également au rendez-vous. Interview.

Comme leurs collègues de l'industrie et des autres branches économiques, les ouvriers de la construction n'entendent pas se laisser faire et refusent de payer les conséquences d'une crise dont ils ne sont pas responsables. Alors que celle-ci s'aggrave, les attaques patronales se font de plus en plus virulentes et les conditions de travail, comme les acquis sociaux, se dégradent. C'est pour contrer ces attaques que les délégués des maçons, réunis en conférence professionnelle en avril dernier, ont décidé de convoquer une «Landsgemeinde des ouvriers de la construction» qui se tiendra ce samedi 27 juin au Gurten, colline qui surplombe la ville de Berne. Quelque 600 militants d'Unia, actifs sur les chantiers, sont attendus ce jour-là, accompagnés de leurs familles, pour une grande assemblée inédite dans l'histoire du syndicat. Des groupes de travail sur divers thèmes sont prévus, de même que de nombreuses animations. Avant la tenue de cette rencontre, le point sur ses enjeux avec Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia Genève et coordinateur du Comité romand de l'action dans la construction (Crac).

Quel est le but de cette Landsgemeinde?
Elle a un double but. D'abord celui de réunir les militants les plus actifs du secteur principal de la construction, afin qu'ils fassent connaissance, qu'ils échangent leurs expériences, et qu'ils solidifient les liens qui les unissent. Il ne s'agit pas d'une manifestation, mais d'un rassemblement de 600 militants, engagés dans les comités des maçons Unia des différentes régions de Suisse, ou choisis sur les chantiers ou lors d'assemblées locales. C'est un peu une conférence professionnelle élargie aux travailleurs qui s'investissent le plus dans la lutte syndicale. Le second but est de préparer la rentrée sur trois thèmes principaux.

Quels sont ces trois thèmes?
Il y a les négociations salariales de cet automne. Comment allons-nous nous disposer alors que les patrons annoncent déjà qu'en raison de la crise, ils ne pourront pas accorder d'augmentations de salaire? Or la construction se porte bien pour l'instant, et les marges pour une augmentation existent d'autant plus que ce secteur bénéficie actuellement des plans de relance des collectivités publiques.
Le second thème est bien sûr la crise: comment touche-t-elle le bâtiment, l'emploi est-il en danger? Quelle sera la situation l'année prochaine et quelles réponses pouvons-nous apporter? Faut-il par exemple réfléchir à une réduction du temps de travail? La question du 2e pilier sera aussi débattue, comme la préparation de la manifestation nationale du 19 septembre.
Le troisième thème est celui du renouvellement de la Convention nationale (CN). Un accord a été obtenu sur le Parifonds. La CN est donc valable jusqu'à fin 2011. Les négociations auront lieu cette année-là. Mais nous allons déjà discuter des propositions à faire dans ce cadre, afin que cette fois, nous ne soyons pas uniquement sur la défensive. Nous parlerons des problèmes rencontrés sur les chantiers et de la manière de leur apporter une réponse concrète dans la CN.

Ces problèmes sont-ils déjà connus?
Il s'agit surtout de la question des intempéries qui n'est toujours pas réglée, du travail sous la canicule en été ou dans le grand froid l'hiver, avec tous les problèmes de santé que cela comporte. Il y a aussi la sous-traitance en chaîne, où l'on n'arrive plus à contrôler les conditions de travail. Avoir une bonne convention, c'est très bien, mais si on ne peut pas la faire appliquer, cela pose problème... La question du travail temporaire sera aussi abordée, car ces travailleurs ne sont que partiellement soumis à la CN.

Concernant les négociations salariales, y a-t-il un risque que les patrons proposent, au nom de la crise, des réductions de salaires?
On pourrait bien être devant cette situation-là. Lorsque les affaires vont bien, ils ne sont jamais d'accord de couvrir le renchérissement, et maintenant ils vont nous dire qu'avec le risque de déflation, ils ne peuvent pas augmenter les salaires non plus, sinon ils seront obligés de licencier... Pour nous, il est d'autant plus important qu'en temps de crise, les salaires augmentent. Cela permet de renforcer le pouvoir d'achat et donc la consommation. C'est également très  important en regard de la hausse prévue des primes de l'assurance maladie l'année prochaine!

La crise a pour l'instant épargné le secteur de la construction, mais qu'en est-il pour ces prochains mois? Unia annonçait fin avril qu'elle risquait de frapper le bâtiment cet automne déjà...
Avec l'hiver rude que l'on a eu, qui a repoussé de deux mois les chantiers, et les plans d'investissements pour les travaux publics ou la rénovation des bâtiments débloqués dans les cantons ou au niveau fédéral, les effets de la crise ne devraient pas se faire sentir avant le printemps prochain. Les patrons nous disent que les carnets de commandes sont pleins jusqu'à la fin de l'année. Pour la suite, il est difficile de prévoir quand aura lieu le clash, mais clash il y aura car la crise est beaucoup plus profonde que ce que l'on dit.

Un plan de relance conséquent pourrait-il en atténuer les effets?
Pour l'instant, les minis plans de relance en Suisse profitent surtout au bâtiment, mais ils sont complètement insuffisants et ridicules comparés aux autres pays, d'autant plus que l'économie suisse repose essentiellement sur les exportations et le tertiaire.  

Qui dit Landsgemeinde dit débat et décisions. Des mesures d'action ou de lutte seront-elles décidées?
La Landsgemeinde se terminera par l'adoption d'une résolution qui sera élaborée durant la journée sur les thèmes que j'ai évoqués: les salaires, la crise et probablement la Convention nationale. Concernant les salaires, elle pourrait aussi décider de premières actions sur les chantiers cet automne. Et nous espérons que, comme ils l'ont souvent été jusque-là, les travailleurs de la construction seront à nouveau le moteur de la mobilisation pour la manifestation nationale et pour les négociations salariales dans les autres secteurs.

Propos recueillis par Sylviane Herranz



Une Landsgemeinde?

La Landsgemeinde est une forme de démocratie directe qui subsiste encore dans les cantons d'Appenzell Rhodes-Intérieures et de Glaris, ainsi que dans quelques entités communales de Suisse centrale. Tous les citoyens - et les citoyennes depuis qu'elles ont obtenu le droit de vote - se réunissent sur une place pour débattre et voter sur des sujets de politique locale et élire leurs autorités. Les votes ont lieu en principe à main levée.

L'ES

 

Edition n° 25 du 24 juin 2009

 
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