L'égalité salariale certifiée
Corum à La Chaux-de-Fonds devient la première entreprise horlogère à obtenir le label equal salary

L'entreprise Corum à La Chaux-de-Fonds a obtenu le mois dernier le label «equal salary». Cette certification, créée par Véronique Goy Veenhuys, garantit que l'entreprise applique sans aucune restriction l'égalité des salaires ainsi que des chances de promotion et de formation. Le syndicat salue cette initiative qui répond à l'une de ses revendications clés.

Ce 1er juillet est une date marquante dans la longue bataille contre les discriminations entre hommes et femmes. C'est en effet le 1er juillet 1996 qu'est entrée en vigueur la loi sur l'égalité, ancrant dans le droit le principe d'égalité inscrit dans la Constitution fédérale le 14 juin 1981. A La Chaux-de-Fonds, la fabrique de montres Corum a marqué à sa manière ces anniversaires en appliquant dans les faits ces principes dont on déplore qu'ils ne soient toujours pas respectés, loin s'en faut. En Suisse, aujourd'hui encore, l'écart de salaire entre les hommes et les femmes, à travail égal, est de 19% et la gent féminine reste largement sous-représentée dans les postes à responsabilité.

Exigences strictes
Faisant œuvre de pionnier, cette entreprise familiale est devenue le mois dernier la première industrie horlogère dans nos frontières à obtenir le label «equal salary». Cette certification atteste que l'entreprise applique sans restriction l'égalité dans les salaires ainsi que dans la promotion et la formation. Le label est géré par sa créatrice, Véronique Goy Veenhuys. Cette dernière a lancé l'idée en 2005, avec le soutien de la Confédération. Elle l'a développée en collaboration avec le professeur Yves Flückiger, directeur de l'Observatoire universitaire de l'emploi à Genève, lequel a mis au point une mesure d'évaluation salariale scientifique qui a valeur de référence, comme le confirme le fait que les juges du Tribunal fédéral s'y soient référés dans un arrêt rendu en 2003. Côté audit et contrôle, Véronique Goy Veenhuys travaille avec SGS, entreprise spécialisée dans ce domaine. «L'entreprise candidate doit fournir toutes ses données salariales et les informations nécessaires afin que nous nous assurions que tout est conforme aux exigences de notre label», précise-t-elle. La certification est renouvelable tous les trois ans. A ce jour, quatre sociétés l'ont obtenue, dont le CSEM à Neuchâtel et la ville de Fribourg; et d'autres procédures de labellisation sont en cours. «Avec 6 à 8 entreprises, nos objectifs de la phase pilote seront atteints.»

Approbation syndicale
L'intérêt de ce label pour l'entreprise? Le directeur des montres Corum, Antonio Calce, affirme que «c'est parce que nous souhaitons respecter la valeur de chacun de nos collaborateurs que nous avons décidé de mettre en pratique ce principe d'équité en appliquant toutes les mesures nécessaires». Autre argument: «Cette certification nous permet de donner à nos collaborateurs un message fort de notre soutien et de notre respect à leur égard dans une période économiquement difficile.»
Côté syndical, Eric Thévenaz, secrétaire régional Unia Neuchâtel, salue cette démarche. «Elle va dans le sens que nous réclamons depuis longtemps. Cette entreprise a prouvé qu'avec la volonté, on peut construire des grilles salariales qui évitent les discriminations. Nous souhaitons que d'autres sociétés s'inspirent de cet exemple.» Pour Yolaine Bôle, directrice des ressources humaines de Corum, et artisane majeure de cette labellisation, «la clé de l'égalité est effectivement dans une grille de salaire détaillée et claire qui précise bien les attributions». L'avantage du principe d'égalité n'est pas que d'ordre éthique. «Il contribue à réduire les conflits et améliore encore notre image de marque.» Véronique Goy Veenhuys ajoute que son label «est aussi un outil pour attirer ou retenir les talents et une référence d'équité pour les soumissions publiques».

Pierre Noverraz

 

Edition n° 26/27 du 1 juillet 2009

 
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