Pas de trève sur les chantiers
Unia sillonne toute l'année les chantiers de gros oeuvre. Reportage à Lausanne avec deux jeunes syndicalistes motivés

Rien de tel que d'être présent sur le terrain pour construire un mouvement syndical. Unia Lausanne prend du temps pour tisser des liens avec les maçons, qui ont souvent été l'un des moteurs du changement social en Suisse.

Ce n'est pas les vacances pour tout le monde à Unia Lausanne. Ce matin 23 juillet, à la première heure, la visite des chantiers s'ébranle doucement sur les hauts de la capitale vaudoise. But de l'opération? Tisser des liens de confiance avec les maçons, les informer de leurs droits et repérer d'éventuels problèmes. «C'est de cette manière que le syndicat construit sa force et reste à même de mener des batailles décisives», explique Maurizio Colella, secrétaire syndical à Unia Lausanne. Et l'appel à la mobilisation est aussi au rendez-vous. Il s'agit de convaincre les travailleurs de se joindre à la manifestation nationale contre la crise le 19 septembre à Berne et de sonder les possibilités d'une journée d'action sur le thème des salaires en octobre...

Accueillis à bras ouverts
Ce matin, six gros chantiers sont au programme. L'accueil s'avère chaleureux parmi les pelles mécaniques et les grues. Sourires, poignées de main et regards complices sont échangés entre ouvriers et syndicalistes. «Le travail de mobilisation que nous avons mené pour récupérer la Convention collective a payé!», constate Maurizio. Les échanges entre Unia et les travailleurs se sont grandement améliorés depuis deux ans dans le secteur. Les fréquentes visites menées depuis lors ont aussi permis de nouer des relations privilégiées.
Entré dans une baraque de chantier, Sébastien Genton, lui aussi secrétaire syndical à Unia Lausanne, distribue des tracts sur les salaires minimaux en vigueur cette année et informe les ouvriers sur les graves problèmes rencontrés chez certains sous-traitants (salaires de 13 francs de l'heure, travail au noir, etc.). Il sensibilise ensuite les maçons au sujet des attaques actuelles du Conseil fédéral contre les rentes du 2e pilier, l'AVS et l'assurance chômage. Le discours est simple et précis, l'écoute attentive.

Grillade rebelle
Dans une autre baraque, l'idée d'organiser une pause prolongée à midi en octobre, le temps de quelques grillades, fait recette: «Et pourquoi pas plutôt demain?», plaisante un ouvrier. Plusieurs maçons assurent que, de toute façon, ils travaillent trop: «Il nous faut la journée de 8 heures pour le même salaire!» Ils se disent prêts à descendre une nouvelle fois dans la rue.
Puis les visites s'enchaînent. «Je dois dire que c'est un bon jour. Il arrive quelques fois qu'on se fasse tirer les oreilles. Soit parce que l'on n'a rien pu faire sur un dossier individuel, soit parce que certains ouvriers ont des critiques en général à propos du syndicat», témoigne Maurizio. En une matinée cependant, nous rencontrerons cinq ouvriers qu'Unia a pu aider à récupérer plusieurs milliers de francs. D'où la complémentarité entre la défense individuelle des cas au bureau et au tribunal, et la présence sur le terrain.

Des souris et des hommes
Pause de midi. Les secrétaires syndicaux s'engagent sur un dernier gros chantier où s'activent plus de 150 ouvriers. Des ferrailleurs-coffreurs font les gros yeux quand ils prennent connaissance du montant des salaires minimaux. «Nombre d'entre eux sont moins bien payés, il faudra qu'on revienne.» Là encore, pas besoin de trop insister pour convaincre de se mobiliser. L'un des maçons s'exclame: «Bien sûr qu'on ira à la manif en septembre. On a l'air de souris qu'on écrase si on ne fait rien pour montrer notre force.»

Christophe Koessler

 

Edition n° 30/31 du 29 juillet 2009

 
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