On ne peut pas sortir de la crise sans sortir de la logique qui l'a provoquée
Le coprésident d'Unia Andreas Rieger livre dans une brochure ses réflexions sur la crise, et les solutions pour en sortir

La crise actuelle résulte du naufrage de l'économie de casino dominée par la maximisation des profits. Le coprésident d'Unia, Andreas Rieger, livre dans une brochure ses réflexions sur la «crise du système d'appropriation néolibéral» et sur les moyens d'en sortir par une refonte des équilibres en faveur du travail, de la démocratie sociale et économique.

D'une ampleur planétaire, la crise que nous vivons aujourd'hui est le résultat des deux à trois décennies de capitalisme débridé, dominé par la maximisation des profits et la spéculation à outrance. Ce pillage de la société s'est vu justifier par une idéologie ultralibérale prétendant que la richesse de quelques-uns allait profiter à tous. Une doctrine dans laquelle la valeur du travail, la cohésion sociale, les solidarités, la primauté du service public et le développement durable ont été jetés par-dessus bord comme autant de vieilleries dont il fallait se débarrasser au plus vite pour entrer dans le paradis moderne et clinquant du trading, du banking, du top management. Le coprésident d'Unia, Andreas Rieger, analyse ce processus, ses tenants et aboutissants, dans une brochure de 12 pages publiée par le syndicat.

Erosion des revenus du travail
Sa première question: comment les détenteurs du capital ont-ils pu, des années durant, obtenir des rendements de 20% dans une économie dont la croissance n'atteignait que 2 à 4%? «La réponse est simple: grâce à une redistribution des richesses du bas vers le haut. Seule une véritable expropriation des travailleurs et des pays pauvres a permis cet enrichissement», constate Andreas Rieger, lequel souligne que depuis les années 80, on a assisté à une véritable érosion des revenus du travail au profit de la rémunération du capital. Mais il faut ajouter à cela trois autres formes d'expropriation. La première «a touché le salaire indirect par le biais du démantèlement des assurances sociales». Comment? «Par l'augmentation de l'âge de la retraite, la dégradation des prestations des assurances sociales et de l'aide sociale.» Dans la foulée «les assureurs privés ont reçu plus de marge de manœuvre pour faire de certains pans du secteur des assurances sociales une activité rentable. Bilan: la pauvreté a massivement augmenté.»

Expropriation et pillage
La deuxième forme d'expropriation, c'est les privatisations du service public. «La poste, les télécommunications, l'électricité, l'approvisionnement en eau ainsi que, dans la plupart des pays, le secteur hospitalier, faisaient partie du domaine public jusque dans les années 70. Leur privatisation partielle a ouvert des marchés chiffrés en milliards et permis aux capitalistes de réaliser des profits maximaux grâce aux nouveaux oligopoles sur des marchés que l'on ne peut, aujourd'hui pas plus qu'hier, qualifier de "libres".» La troisième forme se présente sous le pillage des richesses des pays pauvres: «L'exploitation néocoloniale des pays endettés du tiers monde a fait un retour en force sous l'étendard du libre-échange en s'appuyant sur l'extorsion pratiquée par le FMI au moyen de ses programmes de réforme. Les pays pauvres ont dû ouvrir leur agriculture et leur production de matières premières au capital international, ce qui a souvent entraîné des conséquences désastreuses.»
Le coprésident d'Unia souligne également que la crise n'est pas le fait des seuls spéculateurs cupides qui ont joué avec la fortune d'autrui. Certes, les escroqueries de Madoff ou les abus d'Ospel ont pesé lourd. Mais «si la critique morale des profiteurs est bien fondée, elle omet quelque peu le système à l'origine de cette dynamique». Hier encensés, «les profiteurs aujourd'hui incriminés n'étaient pas les seuls acteurs de ce système. Une grande partie de possédants, y compris les investisseurs institutionnels, comme les caisses de pension, ainsi qu'une cohorte d'idéologues (journalistes, professeurs, politiciens, etc.) y ont participé et contribué à la suprématie du système néolibéral.»

Contrôle serré
Quelles solutions à la crise? Andreas Rieger explore des pistes à court, moyen et long terme. Le court terme d'abord. Nous en avons déjà largement parlé dans ces colonnes. Il s'agit des réponses immédiates proposées par le syndicat, notamment des investissements dans les infrastructures publiques, assorties de priorités écologiques, un développement massif de la formation continue professionnelle, un renforcement du pouvoir d'achat, la fin des cadeaux fiscaux aux plus riches et la défense des acquis, comme l'AVS et le 2e pilier. A moyen terme, le coprésident d'Unia souhaite un contrôle serré du secteur financier. «Nous avons besoin d'une nouvelle architecture financière tant nationale que mondiale, dotée de réglementations efficaces sur la transparence, la responsabilité, le capital propre, du contrôle et de l'imposition de la circulation des capitaux, ainsi que des mesures supplémentaires pour lutter contre les nuisibles sanctuaires de l'évasion fiscale et de la fuite des capitaux. A cela doit s'ajouter une amélioration des salaires, des conditions de travail, des droits syndicaux ainsi qu'un coup d'arrêt des privatisations et une réforme fiscale "mettant à contribution les gros profiteurs".»

Pour un service public élargi
S'agissant du long terme, le coprésident d'Unia plaide pour une restriction importante du «terrain de chasse» du profit. «Le marché est le système le plus efficace qui soit lorsqu'il s'agit de vis, lacets ou moteurs, et il n'est pas question de le supprimer. Cependant, d'autres voies conviennent mieux à la satisfaction de nombreux besoins humains et à la garantie des services de base.» Raison pour laquelle le service public doit être élargi, notamment dans le secteur des communications, des assurances, de la formation, des transports publics, de l'électricité, de l'eau, de la radio ou la TV. «Les services financiers doivent être conçus comme un service public fourni par des entreprises contrôlées par les pouvoirs publics et l'on favorisera d'autres besoins sociaux, comme les services sociaux de proximité, le logement, par la promotion des coopératives et la mise à disposition par les communes de parcelles constructibles. Les ressources naturelles devront être gérées dans une perspective de développement durable et les ressources de base comme l'eau et le sol reviendraient à la collectivité publique. Côté entreprises, il s'agira de diminuer et de rééquilibrer le temps de travail et de promouvoir le droit de participation des salariés. «Il doit se substituer dans la plupart des entreprises au principe de commandement. En politique, la participation démocratique a clairement démontré sa supériorité sur le régime dictatorial. Le citoyen de plein droit ayant voix au chapitre en politique est un salarié privé de droits en entreprise. Le retard à rattraper est important.»
Andreas Rieger espère que ces réflexions nourrissent le débat. «Après des décennies de néolibéralisme, la nécessité d'une réorientation urgente de la société, de l'économie et de la pensée est aujourd'hui plus criante que jamais.»

Pierre Noverraz

La brochure est disponible dans les secrétariats Unia ou peut être commandée à Unia, Weltpoststrasse 20, Case postale 272, 3000 Berne 15.

 

Edition n° 30/31 du 29 juillet 2009

 
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