Revoter pour une assurance maladie sociale
A 93 ans, Paul Rebetez, membre d'Unia, continue de se battre pour une assurance véritablement solidaire

«La concurrence entre caisses maladie est une idiotie.» Paul Rebetez n'a toujours pas digéré le rejet par le peuple suisse de la caisse unique, en 2007. Mais ce membre d'Unia de 93 ans, né et domicilié à Moutier, n'est pas du genre à se décourager ni à se lamenter sans agir. «Nous n'avons pas dit notre dernier mot.» Aiguillonné par une volonté de laver cet échec, il préconise que l'on revienne devant le peuple avec une solution «encore plus équitable, simple et équilibrée» dont il a lui-même dessiné les contours en se fondant sur son expérience et sur une documentation fouillée. Sa proposition? Lancer une initiative pour une assurance maladie financée par l'impôt fédéral direct. Les prestations seraient les mêmes qu'actuellement et les caisses seraient limitées au rôle de gérantes mandatées par la Confédération, ne conservant leur indépendance que pour les assurances complémentaires. Dans ce scénario, «l'impôt fédéral direct devrait être rebaptisé, par exemple du nom de Solidarité confédérale». Selon Paul Rebetez, les avantages de cette formule sont multiples: «elle serait plus juste puisque chacun paierait selon ses revenus, elle instaurerait une solidarité conforme à l'acte de fondation de la Confédération, elle ne nécessiterait pas la création de nouvelles structures. En plus, le pouvoir ne serait plus dans les mains des caisses mais dans celles des représentants du peuple.

Au bout de son utopie
Ces propositions et ces arguments-là, Paul Rebetez ne les conserve pas dans un tiroir, mais s'ingénie à les propager. Il les a développés dans des lettres adressées à plusieurs personnalités politiques et syndicales de ce pays, y compris aux plus hautes autorités. «Je ne me bats pas pour moi, à mon âge tout cela ne m'est plus d'aucune utilité. Mon but est simplement d'aller au bout d'une utopie qui a déjà fait un bon bout de chemin.» Il est vrai qu'en 1971, lorsqu'il signait dans la revue Médecine et Hygiène un article en faveur d'une caisse maladie obligatoire et sociale, il se heurtait au scepticisme ambiant. «On me prenait pour un illuminé et pourtant nous avons fait des pas dans cette direction.»

Entraide active
La prise de conscience sociale de Paul Rebetez date de son enfance, plus particulièrement de l'époque de la grande crise de 1929. «J'avais treize ans. C'était dans les tripes. Mon père était tourneur sur boîtes de montres, à Granges. A cette époque, on savait vite dans quel camp on se trouvait.» Dessinateur à Moutier, le nonagénaire fut l'une des figures de proue jurassiennes du Mouvement populaire des familles. Dans les années 50 et 60, cette organisation était à son apogée. Elle pratiquait une entraide active auprès des familles de condition modeste, notamment par des achats groupés. «Notre cave était toujours pleine de bouteilles d'huile, de pommes de terre et de vivres de première nécessité. Nous avions une charrette avec une machine à laver que l'on prêtait aux familles pour leur rendre service. On allait aussi aider les gens malades, en leur faisant le ménage ou le jardin. Des beaux moments d'amitié et de solidarité qui laissent des traces pour toujours. Ces actions avaient aussi pour but de donner aux familles populaires la possibilité de s'exprimer, de s'émanciper. C'était la promotion de la culture ouvrière. Aujourd'hui, la société est devenue trop individualiste, trop portée sur l'argent et la réussite à tout prix. La violence de certains jeunes n'a rien d'étonnant. Ils vivent dans un monde où on leur dit sans cesse qu'il faut se battre, être le meilleur, être le plus fort. Où est l'idéal là-dedans?»

Bricolages...
Le Jurassien porte également un regard tranchant sur la crise. «Les milieux qui l'ont provoquée sont les mêmes qui nous disent aujourd'hui qu'il faut économiser dans toutes les prestations sociales. Ils bricolent des replâtrages alors qu'ils ont trouvé des milliards pour l'UBS. Unia a parfaitement raison de dire que ce n'est pas à nous de payer leur crise.»
Paul Rebetez a gardé intact son humanisme, son sens de la solidarité et sa capacité d'indignation devant les injustices. Sans doute de quoi alimenter son dynamisme. A 93 ans, il cuisine, il jardine et il manie la faux. Quand il n'a pas les visites de ses quatre filles et de leurs nombreux descendants.

Pierre Noverraz

 

Edition n° 30/31 du 29 juillet 2009

 
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