La crise, prétexte aux licenciements
281 licenciements annoncés chez Agie Charmilles en Suisse, dont 168 à Genève. Unia s'y oppose

Si les licenciements deviennent effectifs, plus de 40% des emplois du groupe GF Agie Charmilles auront disparu en moins de six mois. Unia assure que ces nouveaux congés ne sont pas nécessaires et proposera des solutions alternatives. Selon le syndicat, la coupe sombre décidée par la direction n'est pas le résultat de la crise, mais d'une réorganisation structurelle contestable.

La douloureuse nouvelle était attendue. Fin juillet, Unia faisait part de ses craintes de voir le site de production de Georg Fischer Agie Charmilles à Genève être délocalisé à Losone au Tessin. Une machine cruciale pour la fabrication y avait été discrètement déplacée pendant l'été. Mais la direction avait formellement démenti. La semaine passée, elle a finalement dévoilé son jeu: non seulement elle entend démanteler le site de Genève, en licenciant au passage 168 travailleurs (presque la moitié de l'effectif), pour transférer ses activités au Tessin, mais elle restructurera aussi ses autres sites en Suisse. Entraînant par là même 113 licenciements répartis entre Losone, Nidau et Luterbach, soit au total 281 emplois sur les quelque 1200 que compte le groupe Georg Fischer en Suisse (GF).

Sauver le site genevois
Mais les employés et le syndicat Unia ne l'entendent pas de cette oreille. Ils ont demandé un délai de consultation de 30 jours afin de trouver des mesures alternatives aux licenciements. A Genève, la commission du personnel a déjà obtenu ce délai. Et compte bien sauver cette entreprise centenaire de la débâcle. Pour le syndicat, la coupe décidée par la direction ne peut se justifier en raison de la crise. Si la baisse des commandes est bien réelle - plus de la moitié du personnel se trouvant en conséquence au chômage partiel - rien n'empêche GF Agie Charmilles d'attendre que l'orage passe pour préserver sa capacité de production et son savoir-faire lors d'une reprise des commandes, attendue en 2010. «Le chômage partiel pourrait être prolongé jusqu'à juin de l'année prochaine», explique Alain Perrat, responsable de l'industrie à Unia Genève. Même son de cloche du côté du comité directeur national d'Unia: «Le Groupe GF profite de la crise pour procéder à des modifications structurelles, ce n'est pas admissible», déclare Fabienne Blanc-Kühn, responsable du secteur industrie.

Stratégie cachée?
A Genève, la réaction du syndicat est d'autant plus forte que l'on peut craindre une disparition pure et simple de Agie Charmilles dans le canton. Si, pour l'instant, il est prévu d'y maintenir les activités de recherche et de développement (R&D), le marketing international et le service après vente, rien n'indique qu'elles y demeureront: «Séparer la production du R&D n'est pas viable. Un ingénieur qui fait de la recherche sur des machines doit pouvoir être sur place pour suivre l'évolution, et il faut au moins cinq heures pour rejoindre le Tessin. De plus, Losone a son propre centre de R&D», explique Alain Perrat. Fabienne Blanc-Kühn confirme encore: «Cette stratégie n'est pas claire. Je me demande ce que l'on nous cache encore...»

Doublons pas inéluctables
Quand on connaît l'histoire du groupe GF, les doutes se renforcent. En 1998, Georg Fischer a racheté le groupe Agie, propriétaire de l'entreprise de Losone au Tessin. «Cette reprise a mis l'entreprise Agie Charmilles de Genève en concurrence au sein du même groupe avec celle de Losone, qui fabriquent toutes deux des machines à électroérosion. Cela a créé des doublons. Une restructuration était inévitable à terme», raconte Alain Perrat. Pourtant les deux sites sont viables, assure le syndicat. «Je pense qu'il faudrait concentrer la fabrication de machines à électroérosion "à fil" à Genève, l'une des variantes de ces engins, et celles dites de "forme" à Losone.» C'est l'une des options que la commission du personnel aura à examiner. Une assemblée générale du personnel devrait avoir lieu très prochainement.
Pour l'instant, le syndicat et le personnel demandent à l'entreprise de ne transférer aucune machine pendant le délai de consultation, de recourir à nouveau au chômage partiel pendant cette période et d'envisager l'option d'une retraite anticipée pour les travailleurs les plus âgés qui le souhaiteraient.

Christophe Koessler


 

Edition n° 37/38 du 16 septembre 2009

 
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