Harcèlement chez Mac Do confirmé
Le gérant de deux Mac Donald a été condamné pour harcèlement sexuel en Argovie. Le Tribunal fédéral a confirmé la sentence

Le chef de filiale faisait régner une atmosphère déplaisante et sexuellement chargée dans un fast food. Il cherchait constamment le contact physique avec ses employées, les serrait dans ses bras sans leur consentement et se livrait à des déclarations déplacées. Le Tribunal fédéral vient de confirmer sa condamnation pour harcèlement sexuel, mais le cadre a gardé le même poste chez Mac Do!

«Ce jugement est clair. Il n'y a pas de tolérance face au harcèlement sexuel sur le lieu de travail.» Pour Unia, la condamnation d'un gérant de deux Mac Donald, situés en Argovie, qui vient d'être confirmée par le Tribunal fédéral, marquera d'une pierre blanche le chemin vers l'égalité entre hommes et femmes. Il est en effet rare d'obtenir une décision de justice dans des cas de harcèlement sexuel. «Peu d'affaires de ce type débouchent sur un jugement, car les employeurs cherchent un accord financier, indemnisant la victime, pour échapper à un risque de condamnation», explique Corinne Schaerer, responsable de l'égalité pour Unia.

Le harceleur garde son poste
Les entreprises ont en effet grandement à y perdre en termes d'image lorsqu'un de leurs employés est accusé de harcèlement. Dans le cas du gérant des fast-foods Mac Donald de Suhr et d'Aarau, la direction a également voulu sortir de l'ornière en proposant une indemnité, contre le retrait de la plainte. Elle avait même offert 7000 francs à la victime, alors qu'au final le tribunal n'a condamné le gérant qu'à verser 1500 francs à la plaignante à titre de dédommagement. Mais l'employée s'est montrée davantage attachée à la justice qu'à l'argent: «Elle voulait surtout que ce monsieur ne travaille plus chez Mac Donald, pour éviter de nouvelles souffrances à d'autres employées», explique Corinne Schaerer. Un souhait qui ne s'est pour l'instant pas réalisé: malgré le jugement, l'homme a gardé son poste. «C'est inacceptable qu'il puisse continuer à diriger des femmes vu le comportement qu'il a eu, non seulement envers la plaignante, mais aussi à l'égard de ses collègues», estime la syndicaliste.

Atmosphère sexuellement chargée
Le jugement du Tribunal cantonal d'Argovie s'avère en effet préoccupant au sujet du comportement du chef de filiale: «Il cherchait souvent le contact physique avec ses employées et les regardait de manière désobligeante... Il se livrait à des déclarations inconvenantes, ainsi qu'à des invitations et embrassades déplacées... Il régnait une atmosphère sexuellement colorée et déplaisante dans le restaurant Mac Donald de Suhr.»
La décision du Tribunal fédéral (TF), tombée fin août, met un point final à cette affaire. Après avoir été une première fois condamné par le Tribunal des prud'hommes, puis par le Tribunal cantonal, le gérant des deux fast-foods s'était entêté en déposant un recours au TF. Si la sentence est légère, 1500 francs d'indemnités, la portée du verdict pourrait s'avérer importante à l'avenir. Une condamnation pour harcèlement sexuel peut sérieusement entraver une carrière en entreprise... Même à Mac Do?

Christophe Koessler

 

Que faire en cas de harcèlement?
Il y a de quoi se sentir désarmé en cas de harcèlement sexuel. D'autant qu'on n'a pas toujours conscience d'en être victime. Plus d'une femme sur trois en est pourtant l'objet durant sa vie professionnelle! Un petit guide publié par Unia arrive à point nommé pour clarifier le sujet: «Tout comportement à connotation sexuelle ressenti comme non désiré par la personne importunée est une forme de harcèlement sexuel», indique la brochure. «Ce qui compte, c'est que vous vous sentiez harcelé par cet agissement.» Au travail, ce comportement peut venir de supérieurs hiérarchiques, de collègues de travail ou même de clients.
Que faire alors si l'on est ainsi importuné? Unia conseille de consigner par écrit le harcèlement, avec si possible la date, le lieu, l'heure, les éventuels témoins, etc., et conserver les preuves (e-mails, sms, lettres par exemple). Il faut aussi faire clairement comprendre au harceleur que l'on n'accepte pas son comportement. Si rien n'y fait, il convient ensuite de s'adresser à un interlocuteur interne à l'entreprise en toute confidentialité - la plupart des grandes firmes nomment des personnes pour ce genre de problème. Le pas suivant? Contacter le syndicat ou un spécialiste du domaine, pour évaluer si une poursuite judiciaire serait adéquate. Unia recommande aussi de parler de cette situation avec des connaissances, voire des collègues. Réagir à temps et posément permet d'éviter les problèmes que de nombreuses personnes harcelées rencontrent: sentiment d'atteinte à l'intégrité personnelle, troubles du sommeil, anxiété, détérioration de la relation avec ses collègues, sentiments de honte et de culpabilité. De là, il n'y a parfois qu'un pas vers la dépression, le congé maladie, et... la perte de son emploi.

Guide, «Le harcèlement sexuel au travail», Unia, septembre 2009. Peut être commandé gratuitement à l'adresse: femmes@unia.ch ou au numéro 031 350 23 48.

 


 

Edition n° 37/38 du 16 septembre 2009

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page