Nous allons poursuivre la lutte
Après le succès de la manifestation, comment la mobilisation va-t-elle continuer ? Les réponses de Renzo Ambrosetti

La manifestation du 19 septembre a connu une immense participation, dépassant largement les attentes des syndicats. Plus de 30000 travailleurs, chômeurs et rentiers sont venus de toute la Suisse dire au Conseil fédéral qu'ils ne veulent pas faire les frais de la crise, que ce soit par la perte de leur emploi, la stagnation de leur salaire ou les diminutions des rentes et des prestations sociales. Cette démonstration de force prouve que la population «veut une autre politique que celle du Conseil fédéral et de la majorité parlementaire», souligne l'Union syndicale suisse dans un communiqué. Mais cela suffira-t-il à empêcher le patronat, les financiers et le Gouvernement à continuer à jouer avec nos vies et nos emplois? Quelles seront les suites de la mobilisation? Le point avec Renzo Ambrosetti, coprésident d'Unia.

La manifestation a été un véritable succès. Malgré cela, la semaine dernière, la droite du Parlement a réduit de quelque 120 millions, soit un quart, le 3e paquet de relance conjoncturel. Un paquet déjà squelettique en regard des 68 milliards investis pour sauver l'UBS et des 10 milliards exigés par Unia pour contrer la crise...
La politique de la droite est irresponsable. Il n'y a aucune volonté de regarder la réalité en face. On nous parle de reprise, mais chaque semaine des licenciements sont annoncés. Tous les mois, 5000 à 6000 personnes supplémentaires se retrouvent au chômage. Si on continue comme ça, on comptera 250000 chômeurs en fin d'année. Et la droite veut aussi réduire les prestations de l'assurance chômage. C'est criminel!

Comment la mobilisation du 19 septembre va-t-elle se poursuivre pour sauver les places de travail?
Partout où Unia est impliqué, nous allons soutenir les collègues des commissions d'entreprises car l'industrie est principalement touchée. Notre première revendication est l'introduction du chômage partiel. Nous demandons aussi des mesures de formation pour le personnel et le passage de 18 à 24 mois de la durée du chômage partiel. Il est important de se mobiliser dans les entreprises, car là où les travailleurs le font, des résultats sont obtenus. Chez Alu Menziken par exemple, le personnel a empêché la baisse des salaires. Chez Studer Revox à Regensdorf, les travailleurs ont débrayé le 22 septembre contre la délocalisation de la production en Angleterre. Il faudra aussi que l'on arrive à mobiliser chez Agie Charmilles, en particulier à Genève où le site est durement touché.
Unia va également se battre pour un 4e paquet de relance. La manifestation a montré que les gens sont derrière les syndicats pour la sauvegarde des places de travail et la défense les acquis sociaux. Sur cette question, si le gouvernement continue sa politique de démantèlement des assurances sociales, notamment de l'AVS et de la loi sur l'assurance chômage, nous devrons lancer des référendums. Nous nous engagerons aussi contre la baisse des rentes du 2e pilier lors de la votation qui devrait avoir lieu début 2010.

Durant la manifestation, des voix se sont élevées pour exiger l'interdiction des licenciements. Ne serait-ce pas un moyen d'obliger les employeurs à assumer les conséquences de la crise alors que beaucoup ont enregistré de juteux bénéfices ces dernières années et ont alimenté la spéculation qui est à l'origine de cette crise?
Depuis toujours, on constate que lorsque les entreprises font des bénéfices, elles les gardent, et que lorsque ça va mal, elles disent qu'elles n'ont pas un sou pour garantir les places de travail. On pourrait imaginer qu'elles paient le manque à gagner des travailleurs au chômage partiel. Quant à l'interdiction des licenciements, il faut y réfléchir. Il faut aussi savoir qu'il y a des entreprises en difficulté en raison de la baisse de leurs carnets de commandes et d'autres parce que les banques refusent de leur prêter de l'argent ou pratiquent des taux excessifs. Nous réfléchissons actuellement à des possibilités alternatives pour permettre aux entreprises innovantes dans la reconversion écologique d'obtenir des crédits.

Les négociations salariales s'annoncent difficiles. Des sociétés comme La Poste ou la SSR ont déclaré ne pas vouloir augmenter les salaires en 2010. Faudra-t-il accroître la pression sur les lieux de travail, par des débrayages par exemple?
Nous allons nous battre pour maintenir le pouvoir d'achat et il faudra faire pression. L'économie basée sur le marché intérieur est bonne. C'est en sauvegardant le pouvoir d'achat que ce marché sera préservé de la crise. De plus, le salaire n'est pas la composante principale des coûts de production. Une hausse se justifie pleinement, y compris dans l'industrie où la moitié des entreprises se portent bien. Dans la construction et l'artisanat, nous allons organiser des actions sur les chantiers début octobre afin de peser sur les négociations.


Propos recueillis par Sylviane Herranz


 

Edition n° 39 du 30 septembre 2009

 
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