Le bâtiment à nouveau en ébullition
Des dizaines de rassemblements ont eu lieu sur les chantiers. notamment pour une hausse des salaires de 120 francs

Plus de 30 assemblées ont eu lieu sur des chantiers de toute la Suisse la semaine dernière pour réclamer une augmentation de 120 francs par mois pour les travailleurs du gros œuvre, du second œuvre et de l'artisanat. Les ouvriers demandent aussi à la Société suisse des entrepreneurs la reprise immédiate des négociations salariales interrompues par le patronat le 5 octobre.

Le bras de fer a repris dans le bâtiment. Depuis que la Société suisse des entrepreneurs (SSE) a décidé le lundi 5 octobre d'interrompre les négociations salariales en cours, les chantiers sont en ébullition. Les travailleurs dénoncent la «manœuvre» de la SSE qui a pris pour prétexte les premières actions d'information du syndicat sur des chantiers zurichois pour mettre un terme aux discussions. Unia a vivement réagi: «C'est un droit élémentaire pour le syndicat d'informer les travailleurs, et de constituer des rassemblements pendant la pause. Si les échanges entre employés durent plus longtemps que le temps imparti, cela ne signifie pas que la paix du travail est remise en cause. Ces moyens d'action font partie de la tradition des syndicats», explique Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia Genève et membre du comité de négociation national.

Assemblées partout en Suisse
Le syndicat a donc décidé de maintenir les assemblées prévues sur les chantiers du 5 au 11 octobre. Et la mobilisation a été au rendez-vous. Environ 3000 travailleurs, dont 800 en Suisse romande, ont participé aux quelque 30 actions qui ont été organisées.
Partout, les mêmes revendications: une augmentation salariale de 120 francs par mois justifiée par la hausse du coût de la vie et la bonne marche des affaires, que ce soit dans le gros œuvre, le second œuvre ou l'artisanat, trois branches unies cette année dans la lutte pour une hausse salariale égale pour tous.
Sur les hauts de Lausanne, les travailleurs d'une dizaine de chantiers se sont rassemblés vendredi dernier à l'appel d'Unia pour discuter de la situation autour de grillades. «Un grand succès», selon Pietro Carobbio, responsable de la construction à Unia Vaud.
Dans le Jura, 80 maçons ont participé à une réunion d'information (lire ci-dessous). En Valais, plusieurs assemblées ont eu lieu, notamment à Conthey et Morgins, de même qu'à Fribourg où 140 travailleurs des trois branches de la construction ont discuté à Bulle et à Treyvaud. «Plusieurs travailleurs ont souligné qu'une augmentation de 120 francs n'était pas suffisante, ne serait-ce que pour couvrir l'augmentation des primes de l'assurance maladie pour une famille de cinq personnes», témoigne Armand Jaquier, secrétaire régional d'Unia Fribourg. Le syndicaliste souligne aussi qu'il n'est pas toujours facile pour les ouvriers d'expliquer à leurs proches que le secteur de la construction se porte bien, alors que le reste de l'économie traverse une crise importante...

Le bâtiment va bien
Et pourtant, «le bâtiment croule sous le travail», confirme Pietro Carobbio. «Au deuxième trimestre 2009, l'activité y a progressé de 7,8% en Suisse par rapport à la même période de l'année précédente.» A Fribourg, le second œuvre semble encore plus débordé: «Les travailleurs bossent comme des fous, on y fait encore plus d'heures supplémentaires que dans le gros œuvre», indique Armand Jaquier.
Si les commandes à venir ont légèrement baissé dans la construction, Unia assure que l'on peut s'attendre à une reprise grâce aux programmes d'investissement des collectivités publiques, qui commencent à peine à déployer leurs effets. De plus, souligne le syndicat, la demande de nouveaux logements est très élevée, le taux de vacance des appartements à Lausanne par exemple n'étant que de 0,1%.

120 francs pour payer les primes
Une augmentation des salaires de 120 francs est donc non seulement tout à fait réalisable pour les entreprises, mais représente surtout un besoin impérieux pour les ouvriers face au renchérissement. Et ils le méritent largement souligne le syndicat: «L'emploi a très peu progressé, ce qui implique un surcroît de travail et de stress pour les travailleurs en place», explique Unia.
Le syndicat espère aujourd'hui que la SSE «saura garder le sens des proportions» et reviendra à la table des négociations la semaine prochaine. La SSE devait faire connaître sa décision à ce sujet lundi passé, au moment où nous mettions sous presse. De nouvelles assemblées de travailleurs devraient avoir lieu dans la seconde partie du mois d'octobre pour préparer la Conférence professionnelle de la construction du 7 novembre, où les délégués du personnel examineront l'état d'avancement des négociations salariales. Un rendez-vous pendant lequel sera également discuté l'agenda décisif de l'année prochaine: la négociation sur le renouvellement de la Convention nationale en 2011...

Christophe Koessler




«Se réunir pour défendre nos salaires, c'est un droit, pas une provocation!»

Quatre-vingts travailleurs jurassiens de la construction ont participé le 6 octobre à Delémont à une réunion d'information sur les revendications salariales

Mardi 6 octobre dernier à midi, le chantier de rénovation de la Fondation Pérène, sur les hauts de Delémont, a servi de point de ralliement pour les travailleurs de la construction désireux de s'informer sur les revendications salariales. Environ 80 ouvriers ont répondu à l'appel d'Unia Transjurane pour partager en toute convivialité un repas préparé sur le gril. Pour la première fois, la rencontre a réuni les différents corps de métiers de la construction. «C'est vraiment une bonne idée de réunir tout le monde car nos intérêts sont finalement les mêmes: nous sommes tous solidaires», commente Diego Tomaselli, jeune peintre en bâtiment.

120 francs, ce n'est pas la lune
Au cœur du débat: la revendication d'une augmentation générale de 120 francs. «La situation est généralement bonne dans la construction et cette augmentation est tout à fait légitime et en tout cas pas exagérée du tout, surtout que cela ne compense même pas l'augmentation du coût de la vie» a déclaré Armenio Cabete, secrétaire syndical à Unia Transjurane. «C'est vrai que c'est entièrement justifié car beaucoup d'efforts ont été demandés aux travailleurs ces derniers temps sur les chantiers», note Jean-Luc Fleury, contremaître. «Et 120 francs, dans mon cas, avec ma femme et mes deux enfants, ce n'est même pas assez pour couvrir les augmentations de primes de la caisse maladie.» François Schaller, chauffeur, abonde dans ce sens. «On a travaillé dur. Tout le monde a fait des efforts sur les chantiers, et les collectivités publiques ont beaucoup fait pour qu'on ait du travail. C'est maintenant au tour de ceux qui ont fait de confortables bénéfices de nous payer comme il faut.»

Défendre le droit syndical
La position de la Société suisse des entrepreneurs (SSE) a également animé le débat autour des tables. La SSE avait en effet annoncé la veille qu'elle se retirait des négociations avec le syndicat sous prétexte que les pauses syndicales pour les augmentations salariales constituaient à ses yeux une provocation. «On ne va tout de même pas nous interdire de nous informer. Mon patron qui est un homme honnête, m'a lui-même dit que c'était un droit syndical et qu'on avait raison de l'exercer», affirme Diego Tomaselli. Jean-Luc Fleury abonde dans ce sens: «A ce que je sache, nous sommes encore dans un pays qui garantit la liberté d'expression et le droit de revendiquer.»

Pierre Noverraz



Licenciements inadmissibles chez Implenia

Le géant de la construction Implenia vient de procéder à 7 licenciements dans son «centre de profit» de la région Neuchâtel, Jura, Jura bernois. Et le groupe projette encore 24 suppressions de postes de travail dans la région, ce qui couperait 41% des effectifs actuels. «L'entreprise ne serait ainsi plus viable», déplore un ouvrier d'Implenia. Ces licenciements ont été fermement dénoncés par l'assemblée des 80 travailleurs à Delémont. «C'est un pur scandale: nous refusons ces licenciements prononcés de manière brutale et qui ne répondent qu'à un seul objectif: maximiser les profits des actionnaires» a tonné Pierluigi Fedele, secrétaire régional d'Unia Transjurane. L'incertitude, la colère et le dépit se lisaient sur les visages des salariés d'Implenia, nombreux à avoir participé à la rencontre. «J'ai été licencié sans explication, sans avertissement», déplore Olivier Keller, machiniste depuis 20 ans dans cette entreprise. «Ils auraient pu venir discuter, nous informer, chercher des solutions. Au lieu de cela, ils ont envoyé des lettres recommandées au domicile. La plupart ont appris leur licenciement par leur épouse qui a téléphoné au chantier. Je vous l'assure, c'est vraiment dur, très dur. Et on se demande sur quels critères ils ont fait leur choix. J'ai l'impression que c'est comme s'ils avaient mis des noms dans un chapeau et qu'ils les ont tirés au hasard. On se sent vraiment méprisés.» Jacky Zenger, chauffeur qui travaille depuis 38 ans dans l'entreprise (autrefois Stuag) a signé avec ses collègues, une lettre qu'il a envoyée au conseil d'administration d'Implenia pour protester contre ces licenciements.

PN


 

Edition n° 41/42 du 14 octobre 2009

 
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