Haro sur le travail précaire chez Coop Pronto
Franchisés, les shops Coop Pronto ne sont pas soumis à la CCT Coop. Ce qui prête flanc à des dérives dénoncées par Unia

Licenciements à répétition, contrats incertains, conditions de travail précaires: Unia a publiquement dénoncé la semaine dernière la situation qui prévaut chez Coop Pronto à la gare de Neuchâtel. Les syndicalistes constatent que ces dérives sont largement imputables au fait que ces shops, franchisés, ne sont pas soumis à la convention collective de travail du groupe Coop.

La place de la gare de Neuchâtel a connu une animation un peu particulière, lundi 5 octobre dernier. Un petit groupe de syndicalistes, tracts en main et mégaphone au poing, a débarqué dans le magasin Coop Pronto à midi, puis est resté devant l'établissement un peu plus d'une heure pour informer la clientèle et les passants sur les conditions de travail précaires que subit le personnel, principalement en raison de l'absence de convention collective de travail. Il faut savoir en effet que les 208 shops Coop Pronto que compte la Suisse ne sont pas soumis à la CCT du groupe Coop. Implantés dans les stations d'essence et les gares, ces magasins bénéficiant d'horaires d'ouverture élargis et générant un chiffre d'affaires de 548 millions de francs (en 2008) sont propriété de la filiale Coop Mineraloel SA. Les points de vente sont loués à des gérants franchisés qui ont l'obligation de travailler avec l'assortiment Coop et sa ligne marketing. «Les produits, les tenues des vendeuses, la publicité, tout est Coop, sauf la convention collective», constate David Taillard, secrétaire Unia Région Neuchâtel.

Contrats précaires
Inadmissible, ce vide conventionnel peut prêter le flanc à des situations intolérables. Preuve, à Neuchâtel, un certain nombre d'employées du shop Coop Pronto de la gare ont alerté le syndicat pour dénoncer ce qu'elles y subissaient. «Cinq licenciements ont été prononcés pour fin octobre, sous couvert de restructuration interne et de changement de gérant», déplore Claudia de Matos, secrétaire syndicale Unia. Une situation récurrente. Depuis l'ouverture du magasin, en octobre 2006, la valse des licenciements et des réengagements ne cesse de s'emballer à chaque changement de gérant, avec à la clé des contrats à chaque fois différents, qui gomment les acquis et les avantages liés à l'ancienneté et précarisent l'emploi. Exemple, les contrats actuels sont établis avec des taux d'activité variables, par exemple de 40 à 60% ou de 60 à 80%. Avec de telles fluctuations, «il devient très difficile d'organiser sa vie familiale et de prévoir ses revenus en fin de mois. Certaines employées ont même dû recourir aux services sociaux pour obtenir un complément de revenu.» Correspondant au minimum de la CCT Coop, les salaires, 20 fr. 30 de l'heure, ne sont pas adaptés aux efforts de flexibilité demandés au personnel pour un magasin ouvert de cinq heures le matin à minuit. Seule la tranche entre 5h et 6h et celle entre 23h et 24h est majorée de 25%.
A cela s'ajoute une ambiance de travail déplorable. «La plupart des personnes qui travaillent dans ce magasin ne se sentent plus respectées par la hiérarchie depuis plusieurs mois et elles subissent d'énormes pressions.» Cet état de fait est confirmé par une vendeuse licenciée sans explication. «Il n'y a pas de dialogue. On se sent méprisées, parfois avec des remarques désobligeantes. Nous devons faire notre travail, comme il faut, c'est normal. Mais il faut aussi qu'on nous respecte.»
Pour le syndicat, le vide conventionnel est le terreau majeur de ces dérives. En conséquence, Unia revendique le fait que tous les employés de Coop Pronto, à Neuchâtel et ailleurs en Suisse, soient soumis aux conditions de travail du groupe Coop. A bon entendeur...

Pierre Noverraz

 



 


 

Edition n° 41/42 du 14 octobre 2009

 
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