Genève s'engage pour la qualification des travailleurs
Les employés non qualifiés pourront obtenir plus facilement un CFC à Genève. Une fondation tripartite y contribuera

«On peut avoir des gens très compétents, et pas qualifiés!», rappelle Grégoire Evéquoz, directeur de l'Office de formation professionnelle de Genève. Mais voilà, le marché du travail sanctionne lourdement les salariés qui n'ont pas de diplôme: moins bien payés lorsqu'ils travaillent, ils ont aussi bien plus de difficultés à retrouver un emploi quand ils se trouvent au chômage. Pour remédier à ce problème, une fondation tripartite genevoise s'est lancée dans le processus de «validation des acquis» des employés non qualifiés en 1999. En clair, elle aide des personnes en cours d'emploi à obtenir un Certificat fédéral de capacité (CFC) ou une attestation fédérale grâce à la reconnaissance de son expérience professionnelle. Rappelons que Genève avait fait office de pionnier en la matière en lançant un projet pilote bien avant les autres cantons et avant l'insertion de la validation des acquis dans la loi fédérale.
Aujourd'hui, pour améliorer les possibilités d'entreprendre une telle validation des acquis, la Fondation cantonale en faveur de la formation professionnelle et continue (FFPC) lance un nouveau dispositif. Elle propose aux entreprises de payer la moitié du temps de travail de leurs employés consacré à l'acquisition d'un CFC ou d'une attestation. Ceci à condition que ce parcours de formation se réalise entièrement durant le temps de travail des salariés. Les employeurs devront payer l'autre moitié. En moyenne, pour obtenir un CFC, il faut à un employé 275 heures pour l'établissement d'un bilan, le suivi de cours, et le passage d'examens. Mais la situation varie énormément selon le parcours professionnel de chacun et les branches concernées.

Etudier et travailler: possible...
Jusqu'à présent, la FFPC, un organe tripartite financé par cotisation patronale et par subvention étatique, ne prenait en charge que les frais de cours, mais pas les heures investies à se former. D'où la difficulté pour nombre de salariés de se lancer. Il fallait tenter de négocier avec son entreprise pour demander des congés de formation rémunérés ou bien prendre sur son temps libre en dehors du travail... «Les salariés dépendaient entièrement du bon vouloir des entreprises et des accords signés entre syndicats et certaines sociétés sur le sujet», précise Manuela Cattani, présidente de la FFPC, et permanente du Syndicat interprofessionnel de travailleurs (SIT).

... à certaines conditions
Deux conditions principales doivent être remplies par les salariés pour bénéficier du dispositif: être domicilié depuis au moins un an dans le canton de Genève et avoir travaillé au moins cinq ans. Il incombe à l'entreprise de faire la demande de prise en charge à la FFPC. Si un salarié souhaite suivre une formation, il doit s'adresser à son employeur.

La validation, ça marche!
Lorsqu'un salarié entame la procédure, il établit tout d'abord un bilan de compétences, qui est ensuite évalué par un groupe d'experts. Ce dernier décide quelles sont les expériences du travailleur qui peuvent être validées comme des acquis dans le programme de formation. Le candidat est ensuite orienté vers des cours complémentaires dans les domaines où il ne dispose pas de connaissances précises. «A la suite du bilan initial, 50% des employés reçoivent d'emblée environ la moitié des acquis, 40% en décrochent 70%, et 10% obtiennent directement le CFC sans exigences supplémentaires», indique Grégoire Evéquoz.
L'objectif du projet est de doubler le nombre de CFC obtenus en cours d'emploi d'ici trois ans, les faisant passer de 200 à 400 par année à Genève. Les responsables de la FFPC ont bon espoir d'y arriver: durant les 10 dernières années, 1324 CFC ont été attribués grâce au procédé de validation des acquis mis en place dans 30 métiers, ce qui représente un doublement de ce chiffre par rapport à la décennie précédente. Le résultat s'avère détonnant: aujourd'hui, davantage de CFC sont obtenus par la voie de la validation des acquis en cours d'emploi (75% du total) que par la voie traditionnelle de l'apprentissage! Cqfd.

Christophe Koessler

 


 

Edition n° 41/42 du 14 octobre 2009

 
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