Implenia licencie ses maçons les plus âgés
A Genève, l'entreprise Implenia se débarasse de 44 employés âgés de plus de 57 ans. Serait-ce pour employer des temporaires ?

Après parfois plus de 40 ans de service chez Implenia à Genève, c'est avec amertume que nombre de maçons ont appris le 27 septembre qu'ils seront bientôt mis à la porte. A quelques encablures de la retraite... Leur entreprise n'a visiblement pas peur de ternir un peu plus son image en licenciant d'un coup la plupart de ses employés de 57 ans et plus. 44 au total, soit environ 10% du personnel d'Implenia dans le canton. 27 travailleurs qui ont déjà atteint 58 ans devraient être congédiés cette semaine, et 17 autres de 57 ans dès qu'ils fêteront leur prochain anniversaire, à deux ans de la retraite anticipée prévue par la Convention nationale de la construction. La firme invoque la crise pour justifier ces licenciements, alors même que le travail ne manque pas, et qu'elle vient d'annoncer 6,2 millions de francs de bénéfice pour 2008.

«Tous concernés»
Réunis en assemblée générale le 15 octobre, avec les syndicats Unia, Sit et Syna, une trentaine de maçons concernés ont décidé de réagir ensemble à ce licenciement collectif. Trop peu nombreux pour envisager une lutte frontale contre ces congés, les travailleurs ont choisi l'option d'entamer la négociation d'un plan social leur permettant d'arriver à la retraite sans encombre. Seuls quelques collègues plus jeunes avaient fait le déplacement pour soutenir leurs aînés. «Au final, nous sommes tous concernés, car nous sommes les prochains sur la liste», a lancé l'un d'eux. Unia craint en effet que ces congés fassent partie d'un plan de restructuration plus large mis en place par Implenia, à Genève comme ailleurs. A Fribourg, 8 congés ont été donnés récemment et 7 à Neuchâtel et dans le Jura où le groupe projette de supprimer encore 24 emplois. Des bruits courent sur de nombreux licenciements à venir...

Pas de perte capital-retraite!
Pour l'heure, les employés et les syndicats cherchent à limiter la casse. Ils demandent la mise au chômage partiel, plutôt que des licenciements et, à défaut, cherchent à obtenir un plan social modèle. «C'est la moindre des choses pour des travailleurs proches de la retraite, qui ont moins de chance de retrouver un emploi sur le marché», indique Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia Genève. La firme a déjà fait savoir qu'elle entendait appliquer le plan social négocié en 2005 lors d'un précédent licenciement collectif. A l'époque, elle proposait le versement des cotisations dues à la Fondation pour la retraite anticipée (Far) durant la période restante avant la retraite, ainsi que le paiement sur le compte de prévoyance de la perte salariale de 20% occasionnée lors du passage au chômage et une indemnité de 2500 francs. Aujourd'hui, étant donné que tous les travailleurs concernés auront plus de 58 ans, les syndicats estiment qu'Implenia doit aller plus loin et s'acquitter notamment des cotisations du deuxième pilier (LPP) jusqu'à la retraite, pour éviter aux employés une diminution de leur rente. Les ouvriers réclament aussi une indemnité de départ plus importante, tenant compte de leur ancienneté. La réponse de la direction d'Implenia à ces revendications était attendue en début de semaine.

Faire des profits sur le dos de l'Etat?
Le personnel concerné demande enfin qu'aucun temporaire ne soit engagé pendant la période concernée par le plan social, ceci en gage de garantie que le personnel fixe mis à la porte ne soit pas remplacé par des ouvriers précaires. Les syndicats s'interrogent en effet sur les véritables finalités de ce licenciement collectif. Le but ne serait-il pas de réaliser des économies sur les salaires? Les pouvoirs publics devraient aussi s'y intéresser puisque leurs caisses de chômage seront fortement sollicitées pendant deux ans...

Christophe Koessler


 

Edition n° 43 du 28 octobre 2009

 
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