Pacte pour une Suisse productive orientée vers les technologies vertes
Pour contrer la crise, Unia propose la création d'un fonds destiné à soutenir l'innovation écologique sur fond d'équité sociale

Unia propose un nouveau modèle de crédit destiné à favoriser la reconversion écologique et sociale de l'économie en Suisse. L'idée consiste à créer un fonds permettant de financer une activité industrielle novatrice et durable, génératrice d'emplois et socialement équitable. L'alimentation du fonds devrait être assurée par les avoirs du 2e pilier, à un taux fixe de 4%. Cette formule est un barrage réaliste contre la spéculation financière, génératrice de la crise actuelle.

Que faire face à la crise, au chômage, à la désindustrialisation galopante du pays et aux ravages de la spéculation financière? Unia se bat sur tous les fronts: pour les places de travail, les salaires, les plans de relance, contre les délocalisations et le démantèlement social. Mais voilà qu'en plus, le syndicat entend aujourd'hui occuper un autre terrain, celui du crédit industriel d'ordinaire réservé aux milieux financiers. Unia propose, dans un ambitieux «pacte pour une Suisse productive», la création d'un fonds pour la production destiné à soutenir, à travers le crédit et le leasing équitables, une activité économique novatrice orientée vers les technologies vertes, écologiquement et socialement propres, avec la contribution non spéculative des avoirs du 2e pilier.

200'000 emplois en perspective
Si le syndicat se mêle de ce domaine dont il est généralement peu coutumier, c'est que les grandes banques y défaillent. Elles «soumettent l'octroi de leurs crédits à des conditions plus sévères». Elles «continuent à presser les entreprises» et parfois même «exigent qu'elles procèdent à des licenciements», déplore Renzo Ambrosetti, coprésident d'Unia. «La Suisse des grandes banques et des hedge funds n'est pas la Suisse dont veulent les syndicats. Nous voulons remettre d'aplomb l'économie. Le travail doit être replacé au cœur de la société», plaide Corrado Pardini, membre du comité directeur d'Unia. Pour redynamiser la politique industrielle du pays et assurer des emplois durables, le syndicat mise sur une économie orientée vers la reconversion écologique et sociale, avec en point de mire la réorganisation des objectifs en matière d'énergie, de transport, de production et de consommation. «Ce potentiel se chiffre en millions d'emplois en Europe et représente 200000 emplois pour la Suisse au cours des dix prochaines années.» A l'appui de ces prévisions, Corrado Pardini note que «le marché des industries environnementales représente aujourd'hui en Allemagne 8% du PIB», autrement dit deux millions d'emplois!
Renzo Ambrosetti se déclare convaincu que les technologies vertes seront l'industrie phare de la prochaine décennie. «La Suisse possède toutes ces technologies; mais ce que notre pays a mis au point à Lausanne, Zurich ou Neuchâtel, ce sont d'autres places industrielles qui le produisent à grande échelle. Il est temps de donner des impulsions pour que change cette situation. Le Fonds pour la production que nous préconisons aujourd'hui permettra d'aider très rapidement les entreprises suisses, qui possèdent de nombreux atouts, à rebondir, »

Pierre Noverraz



Mode d'emploi

Le fonds, reposant sur une gestion paritaire (employeurs, travailleurs, Confédération), est alimenté par les avoirs du 2e pilier et pourrait rouler sur une somme de 30 milliards. Les caisses de pension recevront pour leurs placements une rémunération fixe de 4%, avec la garantie de la Banque Nationale. Une manière élégante de soustraire ces capitaux aux appétits dévastateurs des spéculateurs. Le capital de départ du fonds sera assuré par la Confédération, par le biais de ses bénéfices liés à l'opération de sauvetage de l'UBS.
Le fonds s'articule autour de deux volets: le crédit et le leasing. Les entreprises désireuses d'investir dans des innovations ou de nouvelles orientations dans le domaine des technologies vertes peuvent obtenir des prêts à des taux avantageux, pour peu qu'elles respectent les normes sociales et écologiques et qu'elles se soient pliées à une analyse de rentabilité. Le fonds collabore avec un centre de compétences écologique qui évalue les crédits sous l'angle de la durabilité. L'actuelle commission pour la technologie et l'innovation pourrait parfaitement jouer ce rôle. Le leasing ensuite. Il permet aux entreprises de bénéficier rapidement, sans se ruiner, des équipements les plus récents dans le domaine des technologies vertes. Cette forme de crédit dans l'industrie est en forte croissance et son potentiel est très important.
Le fonds que propose Unia recèle trois vertus majeures. Primo, il permet aux entreprises d'obtenir des crédits échappant aux exigences de rendement démesurées que pose l'industrie financière. Secundo, il jette une passerelle entre innovation écologique et exigences sociales. Tertio, il donne des impulsions pour une reconversion écosociale inscrite dans la durée.

PN


 

Edition n° 43 du 28 octobre 2009

 
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