Depuis cinq semaines dans les geôles turques
Murad Akincilar est toujours détenu en Turquie. La délégation qui s'est rendue sur place a pu rencontrer les autorités

Cinq semaines dans les geôles turques. C'est le temps passé en prison par le syndicaliste d'Unia Murad Akincilar depuis son arrestation, le 30 septembre dernier, à Istanbul. Une arrestation dont on ne connaît pas encore les motifs. C'est ce que confirme l'avocat d'Unia, Nils de Dardel, au retour de la délégation qui s'est rendue en Turquie les 25 et 26 octobre. Outre Nils de Dardel, la délégation était composée du conseiller national Carlo Sommaruga, de la députée genevoise Laurence Fehlmann Rielle, d'Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia Genève et de Hüsnu Yilmaz, juriste et interprète. «Notre but était double: d'une part nous informer des raisons de l'arrestation de Murad, des procédures en cours, de ses conditions de détention et de sa santé. D'autre part faire passer le message que Murad est un syndicaliste et un intellectuel reconnu qui a toujours respecté les droits démocratiques et dont nous sommes convaincus de l'innocence», note Alessandro Pelizzari.
Les délégués rapportent qu'ils ont été reçus par les plus hautes autorités de Turquie, cela grâce à l'engagement de l'ambassadeur de Suisse. Carlo Sommaruga et Alessandro Pelizzari ont pu adresser leur message aux représentants du ministère de la justice à Ankara. «Nous avons obtenu le droit d'être informés de l'avancement de la procédure», souligne le conseiller national qui a ressenti une forte volonté de la Turquie que les liens avec la Suisse ne se refroidissent pas.

Enquête en cours
Nils de Dardel, en tant que représentant de l'employeur de Murad, a pu obtenir des informations sur la procédure. Celle-ci relève du droit d'exception, en relation avec la lutte anti-terroriste. La confidentialité est de mise. «Une enquête est en cours et Murad ne sait toujours pas ce qu'on lui reproche. Ce qui ne lui permet pas d'assurer sa défense. Les motifs ne seront connus que lorsque l'acte d'accusation sera rédigé. Cela peut durer des mois, même une année», indique l'avocat. Même si les chances d'obtenir une libération durant l'enquête sont maigres, l'avocat turc de Murad va déposer une demande de libération conditionnelle. «Murad est un homme totalement pacifique, il est désespéré qu'on l'accuse de terrorisme», ajoute Nils de Dardel. Son état de santé est aussi inquiétant. Après ses opérations des deux yeux suite à des décollements de la rétine, Murad est en train de récupérer la vue d'un œil, quant au second, son état ne sera connu que dans un mois.
Avant de rentrer, la délégation a organisé une conférence de presse à Istanbul avec le Mouvement unitaire pour la démocratie, pour lequel Murad s'était engagé depuis la Suisse. Ce mouvement devrait donner naissance au plus grand parti de gauche de Turquie. «La conférence de presse nous a permis de replacer l'arrestation de Murad dans le contexte politique du pays où des dizaines d'intellectuels et de syndicalistes ont été incarcérés ces derniers mois», souligne Alessandro Pelizzari.

Murad reconnaissant
De son côté, le comité de soutien a organisé jeudi dernier une action devant la résidence du chargé de mission de la Turquie auprès de l'ONU où étaient célébrés les 86 ans de la proclamation de la République de Turquie. «Le chargé de mission est sorti pour nous saluer. Il était bien au courant de l'affaire et nous a informé que l'ambassade turque de Berne allait nous écrire. Il s'est engagé à lui transmettre notre demande de libération conditionnelle. Invité, le maire de Genève, Rémy Pagani, est aussi intervenu en faveur de Murad», explique Jamshid Pouranpir du comité de soutien. Il ajoute que Murad, informé par son épouse de la délégation, était très content et reconnaissant des démarches entreprises en sa faveur.

Sylviane Herranz

 

Pour la libération de Murad!
L'appel pour la libération de Murad Akincilar peut être signé sur:
www.unia.ch/appel-de-solidarite
Un CCP a été ouvert pour financer les démarches du comité:
CCP 10-717752-9, mention «soutien Murad».
Merci de votre soutien.

 

 


 

Edition n° 44 du 4 novembre 2009

 
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