Choquant: Marisa portait un badge rouge!
La 3e audience du procès relatif au licenciement de Marisa Pralong a vu défiler 8 témoins cités par Manor

Huit collaborateurs de Manor, vendeuses, cadre commercial et chefs de rayon, se sont succédé le 10 novembre à la barre pour décrire les actions de Marisa Pralong, ex-employée et également présidente d'Unia Genève, actions jugées inacceptables par son ancien employeur. Ces témoins font partie des 33 personnes citées par Manor devant la Chambre des relations collectives de travail (CRCT). But de l'opération: justifier le licenciement de Marisa Pralong, prononcé au début de l'année. Unia accuse en effet la direction du grand magasin de l'avoir congédiée pour des raisons syndicales, en violation de la convention collective du commerce de détail genevoise. Curieusement, devant la Cour, l'avocat de Manor a beaucoup interrogé les témoins sur les actions syndicales menées par l'ex-vendeuse. A commencer par une soirée de Noël organisée par l'amicale de l'entreprise, au cours de laquelle un «incident» se serait produit. Une vendeuse a témoigné: «Les gens n'étaient pas contents parce qu'elle essayait de leur parler de son association (le syndicat, ndlr) et elle portait un badge rouge.» Cet insigne portait l'inscription «Non aux nocturnes», apprendra-t-on plus tard au cours de l'audience. Questionné à ce propos, un chef administratif du grand magasin s'en est dit indigné: «J'étais choqué. J'ai trouvé cela déplacé dans une fête pour les enfants.»

Informer: un droit!
Autre épisode marquant pour une employée, cadre commerciale: une distribution de tracts par Marisa Pralong dans les «réserves» du grand magasin. «Une bonne partie du personnel a été touchée humainement et perturbée dans son travail. Ces employés ont demandé de s'entretenir avec moi ou avec le directeur des ressources humaines pour se soulager», témoigne-t-elle. Dernier épisode: Marisa Pralong aurait réuni plusieurs de ses collègues autour d'une caisse à l'ouverture du magasin. Un chef de rayon raconte: «Mme Pralong leur expliquait qu'elles avaient le droit de prendre congé certains samedis.» Joël Varone, responsable de la vente à Unia Genève, explique pourtant que ce type d'action n'a rien d'illégal, et s'étonne que la défense de Manor insiste sur ces événements: «Le droit d'information est garanti. Et la seule jurisprudence en la matière, dans le canton du Tessin, nous est favorable.»

«Trop directive»
Le chef de Marisa Pralong a aussi témoigné ce jour-là, en commençant par critiquer les revendications syndicales de son employée, qui aurait fait ainsi la preuve d'un «manque de loyauté» envers l'entreprise. Ce n'est que bien plus tard que ce supérieur hiérarchique a évoqué des problèmes relationnels, hors cadre syndical: «Deux vendeuses sont venues me voir pour me dire que Mme Pralong était trop directive, qu'elle avait tendance à dévaloriser leur travail.» Se disant fortement perturbé par l'attitude de Marisa Pralong, car ses décisions «étaient sans cesse remises en cause», le chef de rayon a affirmé qu'il avait dû pour cette raison se résigner à demander sa mutation à Lausanne, ville proche du lieu où il vivait, car il «ne voyait pas le bout du tunnel». Deux autres témoins ont évoqué des mésententes avec la syndicaliste. Une assistante de rayon parce qu'elle l'aurait court-circuitée dans les relations hiérarchiques et un adjoint au chef parce qu'elle n'aurait pas toujours rangé la marchandise selon les directives de l'entreprise.
L'avocat de Manor s'est par ailleurs intéressé aux ressentis des témoins qu'il a cités vis-à-vis des manifestations organisées par Unia au printemps dernier pour réclamer la réintégration de Marisa Pralong. Ces employés ont presque tous considéré ces actions comme du «harcèlement». Ce sujet a été abordé car Manor a décidé d'engager une procédure parallèle à l'encontre d'Unia au sein de la CRCT pour avoir violé la paix du travail au travers de ces actions...

Christophe Koessler


 

Edition n° 46/47 du 18 novembre 2009

 
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