Emerveillement partagé
Porteurs d'espoirs et valorisant les beaux sentiments, les contes ont séduit Nasma Al'Amir qui les relate avec talent

A chaque fois, la magie opère: dès que Nasma Al'Amir se met à conter, son audience ne bouge plus d'une oreille. Qu'elle s'adresse à des enfants, des adultes ou des personnes âgées, tous sont suspendus à ses paroles. Est-ce le timbre serein et enveloppant de sa voix qui envoûte ainsi son public? Sa faculté d'émerveillement? Ou encore cette attitude chaleureuse, ouverte et d'une grande générosité qui la caractérise? Si tous ces éléments jouent assurément un rôle, c'est probablement sa manière d'appréhender son métier qui lui permet de captiver de la sorte son auditoire. «J'essaie de lui transmettre mon amour des contes. Je les ai reçus avec le cœur, je les redonne avec le cœur», affirme Nasma Al'Amir qui veille à ne pas fixer de cadre trop rigide aux histoires, pour éviter de brider l'imaginaire de ses auditeurs. «La démarche de celui qui écoute est active: il est scénographe, metteur en scène, visagiste, décorateur... Il doit pouvoir s'approprier le récit» précise cette femme de cinquante ans, également attentive à ne pas rajouter de mots ou de gestes parasites susceptibles «de freiner le voyage ou de casser le rêve». Hors jeu les «et bien, alors, ensuite...» et les mouvements superflus.

Porteurs d'espoir
De père irakien et de mère suisse, Nasma Al'Amir puise largement son répertoire dans les contes des Mille et Une Nuits. Elle aime néanmoins aussi raconter des histoires aux origines les plus diverses. «J'en lis tous les jours. Je suis une chercheuse. Je privilégie les récits qui, sans être moralisateurs, transmettent un enseignement de vie», indique-t-elle, tout en soulignant la variété et la richesse de ce type de littérature. Et de citer, à titre d'exemples, le merveilleux des contes soufis - «qui comportent sept paliers de compréhension» - ou encore l'audace et l'exubérance des contes russes. «On apprend ainsi à connaître l'autre, sa culture. Mais partout, on retrouve des symboles universels. Cendrillon existe en plus de cinquante versions...» Si les histoires qu'elle dit ne doivent pas nécessairement finir bien, Nasma Al'amir avoue un penchant pour celles qui exaltent les beaux sentiments et véhiculent des messages où le positif l'emporte. «De quoi me liquéfier de bonheur et m'arracher des larmes... Ce que j'apprécie dans les contes, c'est qu'ils sont porteurs d'espoir et de justice. Le petit, le moins bien loti, va trouver le trésor convoité par les puissants» s'enthousiasme-t-elle, de la lumière dans les yeux.

Comme un film
Les textes qui génèrent de la crainte ne sont pas non plus boudés. «Les enfants adorent se faire des frissons, mais de cette manière ils apprennent à gérer leur peur. Dans l'imaginaire. C'est très important.» Mais comment fait-elle pour se remémorer tous ces contes, elle qui s'occupe aussi de former des adultes à cet art? «Je commence par les lire deux fois. Ensuite, j'allume une bougie, je me couche et je les apprends mentalement. En images. Comme un film. Je les raconte après avec mes mots», explique Nasma Al'Amir qui se produit régulièrement dans des classes, des EMS, des théâtres, à l'occasion de soirées privées... Dans ce dernier cas, la conteuse se charge parfois aussi d'écrire des récits sur mesure si elle n'en trouve pas qui correspondent aux attentes de ses hôtes. Un exercice aisé pour cette artiste accomplie, la bonne fée s'étant penchée sur son berceau l'ayant dotée de moult talents.

Trop le trac...
Après avoir entamé des études en égyptologie à l'Université de Genève, Nasma Al'Amrir bifurque dans le domaine culturel et organise concerts et spectacles. Dans les années 85-86, elle s'essaie à la chanson et réalise deux disques qui seront couronnés de succès. Elle renonce pourtant à poursuivre dans cette voie pour se tourner vers l'art contemporain. «Ce n'était pas mon truc. Et puis, j'avais trop le trac sur scène.» Nasma Al'Amir se lance alors dans la réalisation de polaroïds sur le thème «de la poétique du jeté». Démarche qui séduira, là encore, nombre de personnes qui pourront découvrir ses œuvres dans plusieurs expositions. La récupération continue à passionner la photographe qui crée ensuite un programme d'occupation pour chômeurs, baptisé «art et déchets». «Nous faisions les débarras et nous donnions une seconde vie aux objets.» Parallèlement, elle écrit des chroniques pour la radio Couleur 3 et des poèmes. Rimes ou proses qui seront elles aussi frappées du sceau de la réussite avec la publication d'un recueil de poésie aux éditions La Vague à l'âme. Aujourd'hui, Nasma Al'Amir anime encore le dimanche matin une chronique sur Espace2, Parfum d'Orient. Et, dans le cadre de son travail de conteuse, envisage d'élargir son répertoire à des récits susceptibles d'être dits lors d'enterrements. Des contes qui parleraient de la vie après la mort. Histoire d'amener un peu de réconfort...

Sonya Mermoud

Davantage d'informations sur: www.unelucioledansloreille.ch

 


 

Edition n° 48 du 2 décembre 2009

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page