Rapt, de Lucas Belvaux

Après des chômeurs de Liège qui organisent un casse pour pouvoir offrir à la femme d'un de leur copain le vélomoteur qui lui permettra d'accepter un poste de travail dans La raison du plus faible, Lucas Belvaux, acteur et réalisateur d'origine belge s'installe dans le XVIe arrondissement de Paris chez le patron d'une grande entreprise, Stanislas Graff. Celui-ci prépare un voyage en Chine où il doit accompagner le président de la République, passe rapidement dans une garçonnière pour faire l'amour avec une maîtresse, rentre chez lui pour prendre son repas en famille avant de se faire enlever dans sa propre voiture par des truands masqués qui vont l'enfermer sous une tente dressée dans une chambre sombre. Un doigt sectionné envoyé à sa famille prouvera qu'il est bien retenu en otage, assorti d'une demande de rançon de cinquante millions d'euros pour sa libération, montant dont ni les siens ni son entreprise ne disposent dans l'immédiat en liquide. Imprimé dès les premières séquences, le rythme va se poursuivre avec la même énergie durant deux heures. Graff reçoit sous peine de mort l'ordre de cacher ses yeux quand n'importe lequel de ses geôliers s'approche de lui. Ce geste devient un rituel de la peur. Le cinéaste en fait autant à sa manière: on n'apercevra qu'une moustache sous un masque! Les truands deviennent une abstraction!

Retournement de situation
La famille de Graff, son entourage professionnel, la presse, la police vont occuper le devant de la scène. Sa femme est prête à payer vingt millions, toute la fortune connue de son mari. Mais ses collaborateurs refusent d'affaiblir l'entreprise. Des pourparlers échouent. Les médias découvrent l'existence de la garçonnière, des maîtresses, de son goût du jeu, où il perd de fortes sommes. Les tirages des journaux augmentent et pas seulement ceux de la presse people. La police soupçonne même Graff d'avoir organisé son propre enlèvement. Pour son entourage autant que pour la société, Graff est rejeté comme un pestiféré, rejet plus dur que sa détention. Il résiste moins bien à la réprobation de la société qu'à son emprisonnement. Dans l'impasse, les geôliers hésitent entre tuer leur otage ou le libérer. Ils optent pour la seconde solution, Graff ayant pris l'engagement de leur payer lui-même sa rançon. Ses agresseurs sont oubliés. Ses nouveaux ennemis, l'opinion publique, la police, les cadres de son entreprise, sa famille le conduisent au divorce ou à l'exil. Belvaux, proche de Graff, en empathie avec lui, dans un style froid, refuse de juger les uns et les autres.

Inspiration réaliste
Yvan Attal donne force et énergie à un personnage qui est dans une situation bien pire au retour dans le monde qui est le sien que durant son rapt. Il est du reste un des grands acteurs français actuels, y compris lorsqu'il s'impose de perdre puis de reprendre du poids pour donner un juste reflet du chemin parcouru par son personnage. Une musique remarquable souligne sa solitude par des interventions de piano en solo.
Un Belge, le baron Empain, du groupe Schneider, enlevé en 1978, a vu le film de Belvaux dans lequel il s'est reconnu. Il a rendu hommage à Yvan Attal selon lui parfaitement crédible et juste dans sa manière de traduire ce qu'il a vécu. Le scénario reprend des faits réels. Mais ce n'est pas une biographie, dès lors que les anciens nouveaux francs sont devenus des euros. Face à une société dominée par l'argent, le goût du pouvoir et des apparences, un solitaire, issu de la société qui le condamne, résiste moins bien que devant ceux qui l'enlevèrent.

Freddy Landry

 

Edition n° 50 du 16 décembre 2009

 
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