Dix ans pour réduire la pauvreté de moitié
Dans une déclaration, Caritas s'engage à lutter contre la pauvreté en Suisse et veut que ce thème devienne central

Selon les estimations de Caritas, la pauvreté frappe une personne sur dix en Suisse. Cette situation mobilise l'œuvre d'entraide qui réclame que les dix prochaines années contribuent à réduire de moitié la pauvreté dans notre pays. Une position détaillée dans une déclaration de Caritas, soutenue par une quarantaine d'associations sociales. Présentation et racines de la problématique.

L'opulence de la Suisse masque souvent une réalité encore largement taboue: dans nos frontières, 700000 à 900000 personnes sont confrontées à la pauvreté. Cette situation préoccupe Caritas qui estime qu'elle ne relève toutefois pas de la fatalité. Le 29 décembre dernier à Berne, l'œuvre d'entraide a exigé que la décade à venir soit consacrée à une réduction de moitié de la pauvreté. Parallèlement, elle a présenté les actions qu'elle allait, de son côté, mettre en œuvre. Ces prises de positions et explications de la problématique ont été détaillées dans une déclaration, soutenue par une quarantaine d'associations caritatives ainsi que par les évêques suisses. «Notre but final? Nous souhaitons que les personnes n'arrivent pas à l'aide sociale, qu'elles parviennent seules à s'en sortir en bénéficiant d'une égalité des chances», précise Stefan Gribi, chef du département de l'information de Caritas. Un objectif qui ne pourra toutefois être atteint sans une véritable implication des autorités. «On attend du monde politique qu'il s'occupe de la problématique. Un certain esprit de libéralisme tend aujourd'hui à relativiser cette question.»

Pauvreté souvent héréditaire
Le risque de tomber dans la pauvreté diffère selon les ménages. Selon Caritas, il dépend essentiellement de quatre facteurs: le niveau de formation, le nombre d'enfants, le lieu de domicile et surtout l'origine sociale. «Ainsi, les travailleurs peu qualifiés, les familles qui comptent trois enfants ou plus et celles monoparentales sont davantage exposées à la pauvreté.» Le lieu de domicile - ou plus précisément les conditions fiscales et sociales qui y règnent - et l'origine sociale peuvent aussi constituer des facteurs aggravants. Un dernier élément prépondérant selon Caritas qui estime que les enfants de milieux pauvres et peu instruits risquent beaucoup plus de se retrouver eux-mêmes parmi les pauvres à l'âge adulte que les enfants des milieux aisés. «La société suisse est une société de strates peu perméables. L'adage selon lequel "lorsqu'on naît pauvre, on le reste" se vérifie particulièrement dans notre pays», note l'œuvre d'entraide dans sa déclaration. «La raison? On ne bénéficie alors souvent pas des mêmes chances de formation, des contacts ou ressources sociales» explique Stefan Gribi.

A l'origine du fléau
Mais pourquoi la Suisse compte-t-elle des pauvres? «La transformation des structures économiques s'opérant dans le contexte du processus de mondialisation et de concurrence entre les lieux d'implantation est certainement la cause première de la pauvreté qui sévit actuellement» répond Caritas. Autrement dit, les entreprises se concentrent sur des activités économiques qui génèrent beaucoup de capital et requièrent de vastes connaissances. Elles engagent dès lors essentiellement des personnes très qualifiées. Les travaux exigeant moins de compétences sont effectués par des machines ou délocalisés dans des pays où les salaires sont plus bas. Dans le secteur des services, nombre de tâches qui incombaient autrefois au personnel sont aujourd'hui réalisées par les clients eux-mêmes... L'œuvre d'entraide met aussi l'accent sur la diversification des formes de vie familiale. «Cette évolution est une deuxième cause essentielle de la pauvreté (...) Les dépenses consacrées à la santé et à l'éducation augmentent plus vite que les salaires et les transferts sociaux, réduisant de plus en plus le revenu librement disponible des familles...»

1000 postes supplémentaires
Dans ce contexte, l'œuvre d'entraide demande à la classe politique et aux milieux économiques de redoubler leurs efforts pour réduire, au cours de cette décennie, la pauvreté de moitié. «La Confédération doit élaborer une loi-cadre fédérale réglant de manière contraignante le minimum social d'existence et d'intégration.» Caritas estime que le Gouvernement et les cantons doivent par ailleurs encourager la création d'entreprises sociales. «En accord avec l'assurance chômage, l'assurance invalidité et l'aide sociale, les personnes moins qualifiées doivent pouvoir améliorer leur employabilité sur le long terme.» L'œuvre d'entraide entend montrer l'exemple annonçant, d'ici à 2020, la création de 1000 places dans des entreprises sociales. «Nous en comptons actuellement 4 qui emploient 100 personnes» chiffre Stefan Sigri précisant que l'organisation caritative prévoit aussi de développer ses épiceries offrant des produits de consommation à des prix baissés. «Nous en avons aujourd'hui 19, dont 8 en Suisse romande. Notre but: 30 d'ici les dix ans à venir. Leur fréquentation n'a cessé de croître. Dans les années 2007-2008, le chiffre d'affaires a augmenté de 50%.» Une hausse qui pourrait perdurer. Caritas estime qu'avec la crise et la recrudescence du chômage, les personnes ayant recours à l'aide sociale pourrait, dans les trois ans, doubler.

Sonya Mermoud


 

Edition n° 1/2 du 13 janvier 2010

 
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