Derrière les problèmes d'argent, la détresse sociale
Entretien avec Virginie Rochat, permanente de l'Association pour la défense des chômeurs à la Chaux-de-Fonds

L'Association pour la défense des chômeurs à La Chaux-de-Fonds (ADC) est particulièrement active sur le front de la 4e révision de la Loi sur le chômage (Laci). Pas question de couper dans les prestations, de pénaliser les jeunes et les plus âgés, comme le voudrait la majorité du Conseil national. Face à cette tentative de démantèlement qui survient en pleine crise, l'association a déposé l'année dernière une motion populaire demandant au canton de Neuchâtel de s'opposer clairement à toute réduction des prestations et à toute péjoration des mesures cantonales d'intégration professionnelle. Cette requête a été acceptée et l'ADC fourbit déjà ses armes en vue du lancement d'un référendum contre cette révision. «Nous ne serons pas seuls, les grandes organisations politiques et syndicales ont d'ores et déjà annoncé qu'elles se lanceraient dans la bataille», se félicite Virginie Rochat, permanente de l'association. Pour mémoire l'ADC s'était déjà illustrée à l'échelle nationale pour avoir lancé et gagné en septembre 1997 un référendum contre la baisse des indemnités de chômage.

Le poids des préjugés
Outre la défense collective des chômeurs, l'ADC a pour but le soutien individuel aux demandeurs d'emploi. Ses locaux abritent une salle avec ordinateurs, un coin de jeu pour les enfants, un bar à thé, café et sirop et un lieu d'entretien. «Nous y recevons 10 à 15 nouveaux chômeurs par semaine. Nous les aidons à faire des recherches d'emploi, à rédiger leur CV et des lettres de postulation ou encore à formuler des oppositions contre les pénalités dont ils peuvent être victimes. Nous donnons aussi des petits coups de mains.» Exemple? «Le prêt de la photocopieuse, quand quelqu'un est au bout de sa cartouche mais n'a plus les moyens de s'en payer une autre.» Mais au-delà de l'appui matériel, le plus important est le soutien psychologique. «Les gens nous parlent d'abord de leur situation matérielle. Puis petit à petit, on découvre que derrière les problèmes d'argent se cachent des difficultés et des détresses sociales. Malgré la crise, le préjugé navrant du chômeur profiteur et paresseux n'a malheureusement pas disparu. A cela s'ajoutent l'isolement, l'anxiété, le sentiment d'impuissance, d'inutilité et même de culpabilité.
Ces sentiments-là, Virginie Rochat les a elle-même vérifiés. Après avoir obtenu sa licence en ethnologie à l'Université, elle se retrouva quatre mois au chômage, en 2006. «Au début, on te demande si tu as retrouvé du travail. Ensuite on le fait avec de plus en plus d'insistance puis certaines personnes commencent à t'éviter, tes relations sociales s'amenuisent, tu perds ton statut. J'étais jeune, diplômée et sans enfant. Alors imaginez ce que vivent les familles ouvrières touchées par les licenciements. Il n'y a plus de travail, plus de perspective, le revenu baisse, les tensions familiales augmentent, le couple vacille, les problèmes s'amoncellent. Ce cumul de difficultés se traduit très souvent par des maux psychosomatiques importants. Récemment, le Courrier Neuchâtelois a publié un article expliquant que les pharmaciens n'ont jamais vendu autant d'anxiolytiques, d'antidépresseurs et de somnifères.»

L'entreprise financiarisée
Syndiquée Unia, seule salariée de l'ADC ou elle œuvre à 50% (elle travaille aussi à 25% aux Magasins du Monde), Virginie Rochat est également au bénéfice d'une formation en coaching. «C'est un domaine très positif si on l'emploie à bon escient mais qui peut devenir pervers et dangereux quand on l'utilise à des fins mercantiles pour faire pression sur les employés.» Elle se déclare étonnée pour ne pas dire consternée par ce que les gens subissent dans les entreprises. «Beaucoup de licenciements sont prononcés sans aucune explication ni logique, sinon celle d'une froide comptabilité. Et les services des ressources humaines sont progressivement vidés de leur substance pour se transformer en annexes comptables. Cela crée un climat d'incertitude et de crainte. A chaque vague de licenciements, on se dit à qui le tour? Dans ces conditions invivables auxquelles s'ajoutent des pressions et des exigences de productivité démesurées, certains perdent la motivation. Privées de vision industrielle, des entreprises horlogères de pointe se sont ainsi retrouvées sans chef de production, sans service marketing et sans responsable de qualité. C'est tout simplement effarant. Je connais des horlogers de haut niveau qui n'hésitaient pas à faire des plans jusqu'à trois heures du matin dans l'intérêt de l'entreprise qui sont aujourd'hui écœurés par cette désorganisation du travail, ce mépris de la qualité et du savoir-faire.» Ils ne sont plus écoutés et ont perdu le sens de leur travail. Seuls comptent les mirages financiers à court terme. Ces mirages qui ont précisément amené une crise majeure qui a creusé le fossé du chômage sur lequel se penche l'ADC.

Pierre Noverraz

ADC La Chaux-de-Fonds, rue du 1er Mars 15, tél. 032 913 96 33.
Site: www.adc-ne.ch/

 


 

Edition n° 6 du 10 février 2010

 
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