Victoire sans appel !
Le non au vol des rentes l'a emporté à une écrasante majorité. Un signe important pour l'avenir des assurances sociales

72,7% des votants, soit 1'645'643 personnes, ont glissé un non dans l'urne dimanche dernier! Une victoire sans appel pour Unia qui avait lancé la bataille, en décembre 2008, contre la baisse du taux de conversion dans le 2e pilier. Rejoint par les consommateurs et les partis de gauche, le syndicat a été le fer de lance d'un combat dans lequel se sont investis de nombreux militants et militantes, qui n'osaient espérer une si écrasante victoire. Reportage en terres valaisannes où le non l'a emporté à 80,9%. Un record après le Jura qui affiche 84,8% de refus et Neuchâtel avec 81,6%!

12 h, dimanche 7 mars. Jour de votation. La radio annonce le premier résultat du vote sur la baisse du taux de conversion du 2e pilier: à Genève, sur 90% des votants, 79% ont dit non... A 13 h, dans le stamm de votation du Comité valaisan contre la baisse des rentes, les premières projections nationales tombent, cette fois à la Télévision suisse romande: 74% de non... Et les prévisions pour le Valais sont de 80%! Un résultat pas même rêvé! Sur place, Jeanny Morard, secrétaire régional d'Unia, Anne-Christine Bagnoud, secrétaire générale de l'Union syndicale Valaisanne, et Jean-Pierre Zufferey, employé d'Alcan et membre du Parti socialiste, attendent leurs collègues et les membres des partis de gauche et des syndicats engagés dans la campagne. Peu à peu, la salle du pub Le St-James, à Sion, situé juste en dessous du secrétariat d'Unia, se remplit. «On a gagné, on a gagné!» Deux travailleurs de Monthey arrivent. Heureux. Avec une projection de plus de 70% dans plusieurs cantons déjà, la victoire ne peut plus leur échapper! «J'ai regardé les résultats sur le télétexte, quand j'ai vu qu'ils annonçaient 80% en Valais, j'ai cru que je m'étais trompé, je suis revenu en arrière, mais ça n'avait pas changé!» confie l'un d'eux.
Dans la salle, on trinque déjà à la victoire, dans le calme et la dignité, un peu engourdis par cette victoire à l'ampleur inattendue. Et l'on suit attentivement chaque apparition à la télévision d'un gagnant ou d'un perdant. Les commentaires vont bon train et chacun affiche une immense satisfaction (voir les témoignages ci-dessous). Pendant ce temps, un autre écran, affichant les résultats du télétexte, se colore inexorablement de rouge: la couleur des cantons où le non l'emporte. Peu après 16 h s'affichent les derniers résultats, ceux de Zurich... Rouge aussi. Pas un seul canton n'a accepté la baisse des rentes! Et le résultat final donne 72,7% de non: un succès sans appel pour Unia, et une cinglante défaite pour le Conseil fédéral, la droite parlementaire, les assureurs et les milieux économiques.
«C'est une grande victoire pour Unia! Le syndicat démontre ainsi qu'il a une capacité d'influence sur le domaine social», se réjouit Jeanny Morard, secrétaire régional d'Unia Valais. «Sans Unia, il n'y aurait pas eu de référendum. C'est le syndicat qui a dicté le rythme de la campagne. Et il a mis les moyens. Avec ce vote historique, Unia gagne aussi en crédibilité en Valais» ajoute-t-il, faisant allusion notamment à la quasi absence des syndicats chrétiens dans la campagne. Quant à l'UDC,qui a pris en Valais le parti du non, le syndicaliste estime, comme beaucoup dans la salle, qu'elle a permis d'élargir le cercle des opposants, mais que sans elle, la victoire aurait aussi été au rendez-vous. Jeanny Morard a encore remercié tous les artisans de cette victoire qui ont battu le pavé, déjà au printemps 2009 pour assurer le succès de la récolte de signatures sur le référendum, puis lors de la campagne de votation.

Sylviane Herranz



«Ce résultat nous encourage à continuer à nous battre!»
Témoignages de militants ayant mené la campagne contre le vol des rentes en Valais

Christian Cretton, vice-président de la caisse de pension de Syngenta, Unia
«Je suis hyper content! Il faut féliciter les gens qui se sont mobilisés pour arriver à ce résultat fantastique. C'est une victoire à partager aussi avec les organisations de consommateurs. Ce résultat montre que nos dirigeants ne peuvent plus jouer sur la peur de l'avenir, et que la population commence à ne plus les croire sur parole, sans avoir de chiffres clairs. Ces dirigeants sont aussi déconnectés de la réalité, ils décident en écoutant des experts, sans avoir les connaissances indispensables pour de telles décisions. Ils subissent le lobbying des assureurs. La population montre qu'elle n'est plus d'accord de payer la facture de la défense des intérêts privés des compagnies d'assurances. Le 80% valaisan exprime le ras-le-bol et la défiance envers les autorités. Ce score n'est pas dû au ralliement de l'UDC, mais à la présence d'Unia et des militants dans la rue, et à la position de Bon-à-Savoir qui a un grand crédit.»

Andrea Antoniotti, retraité, ancien mécanicien chez Giovanola à Monthey, Unia
«Je suis doublement surpris en bien. Je m'attendais à ce qu'on gagne, mais pas de cette manière! J'espère que nos membres et militants prennent exemple sur ce résultat. Cela prouve que quand on est convaincu, présent sur le terrain, on peut gagner. Je suis aussi satisfait parce que c'est une claque pour le PDC et son président Darbellay. Ils disent qu'ils sont le parti de la famille, mais ils défendent les familles aisées, par celles des ouvriers. J'espère que cela fera du bien au syndicat, que cela nous permettra de progresser face à tous ceux qui nous dénigrent. On peut maintenant dire au gens: tu vois, le syndicat défend tes intérêts, et il est une vraie force, en Valais et au niveau national. En tant que membre, on se sent légitimé.» Andrea nous confie encore, en riant, qu'il va réclamer au caissier d'Unia une paire de semelles: «Pas les chaussures, juste les semelles, parce que j'ai distribué dans les boîtes aux lettres de Monthey 3000 calculateurs de vol des rentes! C'était mon jogging quotidien!»

Cosimo Mirabile, soudeur, ancien de Giovanola à Monthey, Unia
«C'est le moment de se réveiller! Il faut qu'ils arrêtent de prendre les ouvriers pour des vaches à lait pour payer les managers. Ce résultat nous encourage à continuer à nous battre. C'est une belle victoire, mais pour moi, il fallait 100% de non! Nous sommes tous touchés. L'UDC ? Elle nous a peut-être donné un coup de main, mais sans elle, on aurait quand même gagné à 60 ou 70%.»

Marie-Claire Gollut, membre Unia du tertiaire, déléguée femmes à Monthey
«Je me suis engagée dans cette campagne parce que les femmes étaient les premières victimes de cette baisse des rentes. Beaucoup de femmes ont des petits revenus, sont divorcées, et leurs 2e piliers sont très bas. Il était hors de question que l'on perde encore quelque chose. Pendant toute la campagne, les gens me disaient qu'ils iraient voter non, j'étais assez confiante, mais on a parfois des surprises. Aujourd'hui, avec 80% de non, je suis fière d'être Valaisanne, ce qui n'est pas toujours le cas lors de certaines votations... Ce résultat me motive à continuer à m'investir pour défendre les autres assurances sociales en danger. Des gens se sont battus pour nos acquis, nous devons nous battre pour les garder, pour ne pas reculer.»

Jean-Marc Bonvin, retraité d'Alcan, président de la section Unia du Valais central
«Ce résultat me fait très plaisir. Je me suis investi un maximum dans cette campagne, déjà pour la récolte de signatures, pour une raison principale: le non représente le respect de l'argent du travail. Quant aux arguments de la droite, ils étaient insignifiants. Ce résultat est un signal fort pour les politiques, pour qu'ils ne détériorent pas nos assurances sociales. Nous serons vigilants, nous resterons sur nos gardes!»

Germain Varone, ancien secrétaire SIB-Unia, retraité depuis 2004
«Ce résultat positif va à l'encontre des mensonges, de l'arrogance et des contre-vérités des assureurs, de leur lobby, du Conseil fédéral, et surtout de Didier Burkhalter. Il a été méprisant à l'encontre du monde du travail, que ce soit lors de l'émission Infrarouge ou lors du débat au Conseil des Etats quand il était encore sénateur. C'est une belle claque!»

Valentin Aymon, 17 ans, apprenti employé de commerce à Unia Sierre
«Je suis très heureux de ce résultat. Au début, je ne pensais pas que l'on pourrait gagner. Chez les jeunes autour de moi, personne n'en parlait. Mais au bureau, les gens qui s'engageaient à fond dans la campagne n'avaient aucun doute là-dessus!»

Jean-Pierre Zufferey, employé Alcan, membre du bureau exécutif du PS valaisan
«Je suis très satisfait de ce résultat. Les partis bourgeois veulent nous enlever tous nos acquis sociaux. Je dis bravo aux ouvriers, car ce sont eux qui sont allés voter, ils savaient que c'est leur propre argent qu'ils risquaient de perdre. Quand vous n'avez que 1500 francs par mois de rente et que l'on vous ôte 200 francs, c'est énorme. Et ce n'est pas ceux qui prônaient le oui qui en auraient fait les frais, ils ont de l'argent en suffisance! Ce vote redonne du courage aux ouvriers.»

Mathias Reynard, étudiant, rédacteur du Peuple valaisan, PS
«C'est une superbe victoire qui dépasse nos attentes. Elle marque la réussite de la campagne menée par l'Union syndicale valaisanne et ses syndicats, la gauche et les consommateurs. C'était une campagne efficace, qui montrait aux gens exactement ce qu'ils allaient perdre. C'est de très bon augure pour les syndicats et le PS, cela nous met dans une position de vainqueurs face à toutes les autres attaques à venir contre les assurances sociales.»

Propos recueillis par Sylviane Herranz

 


 

Edition n° 10 du 10 mars 2010

 
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