Les papys font du grand cinéma
The Ghost Writer de Roman Polanski

Dans sa luxueuse maison de «vacances» de Gstaad, Polanski a visionné en février 2010 The Ghost Writer avec l'écrivain Robert Harris, dont un roman à succès est à la base du travail du cinéaste. Réaction de Harris: «La structure du film est supérieure à celle de mon roman!» Un film qui raconte l'histoire d'un ancien premier ministre anglais, Adam Lang, se réfugiant aux USA, à New York. Impossible pour Polanski de retourner aux USA à cause d'une affaire vieille de plus de trente ans. Pour le tournage, le cinéaste proposa donc de trouver une maison, censée être située sur une île de la côte Est des USA. Le décor, probablement belge, représente un lieu clos à proximité de la mer, dans un environnement pluvieux. La solitude et l'eau comptant parmi les thèmes chers au cinéaste! Libre à chacun de découvrir dans le film des événements liés à «l'affaire». Il n'y en a pas, le film était presque terminé quand Polanski a été si aimablement reçu à Zurich. On y trouve, par contre, des coïncidences, parfois avec cette affaire, avec des préoccupations de Polanski, des attitudes de Tony Blair auquel Adam Lang (Pierce Brosnan) fait penser.
Dans la documentation associée au film, Ewan McGregor, l'écrivain censé réécrire les «mémoires» du premier ministre, n'a ni nom, ni prénom. Il est l'«écrivain fantôme», en français le «nègre» (assez déplaisante expression colonialiste!). Celui-ci débarque sur une île où l'on trouve une sorte de bunker de béton et de verre dans lequel Lang et son entourage ont trouvé refuge, en bord de mer sablonneux et sous le vent. Son prédécesseur a disparu assez mystérieusement, sans que l'on se pose de questions sur sa voiture abandonnée dans un ferry et son corps noyé. Les mémoires de Lang sortiront de la plume plutôt brillante du second écrivain fantôme. En fait, le «nègre» est le véritable héros du film, curiosité éveillée pour comprendre le comportement politique de Lang et décortiquer ses mensonges, ce qui ne va pas sans risques.
Mais le personnage principal, c'est Lang, l'homme politique qui s'est empêtré dans un comportement bizarre pendant la guerre d'Irak où il a joué la carte américaine. Un duo de femmes va aussi prendre de l'importance, sa secrétaire protectrice, qui fut peut-être sa maîtresse (Kim Cattrall, la Samantha de Sex and the City) et sa femme lucide, proche du divorce (Olivia Williams, mystérieuse et cynique à souhait).
L'écrivain risque de disparaître, comme son prédécesseur. Les feuilles d'un manuscrit s'envolent. De sa fenêtre, il voit chaque jour un jardinier remplir une brouette de feuilles mortes qui obéissent aux vents et rappellent l'armoire que le jeune Polanski faisait transporter par deux hommes dans un de ses premiers films. L'angoisse coexiste fort bien avec l'humour absurde.

 Freddy Landry


 

Edition n° 10 du 10 mars 2010

 
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