Femmes en force à Berne
Plus de 8000 personnes ont manifesté

Des milliers de femmes, avec quelque centaines d'hommes solidaires, ont dénoncé sur la place fédérale les discriminations, les violences et à la paupérisation dont sont victimes les femmes d'ici et d'ailleurs. Cette manifestation, mise sur pied par plus de 50 organisations, dont Unia, s'inscrivait dans le cadre de la Marche mondiale des femmes.

«Quand les femmes bougent, le monde bouge», «Solidarité avec les femmes du monde entier»: ces slogans ont retenti samedi dans les rues de la capitale. Plus de 8000 personnes, en grande majorité des femmes, les ont arpentées dans un cortège coloré et très créatif avant de se rassembler devant le Palais fédéral.

Egalité: loi fantôme
Mise en orbite par une cinquantaine d'organisations, cette manifestation s'inscrivait dans le cadre de la 3e Marche mondiale des femmes, mouvement féministe international engagé contre la violence, la paupérisation et les discriminations dont sont victimes les femmes sur toute la planète.
En Suisse côté économique, les femmes sont nettement sous-représentées dans les sphères dirigeantes alors qu'elles sont au contraire surreprésentées dans le travail précaire, le temps partiel et l'emploi sous-payés. Quatorze ans après l'inscription de l'égalité dans la Loi, les discriminations demeurent criantes, comme l'atteste l'écart salarial moyen de 19% entre hommes et femmes, un fossé qui a tendance à s'élargir. «C'est comme si ce droit n'existait pas ou comme s'il n'était pas obligatoire; on passe à côté sans le voir. C'est tout simplement révoltant; imaginez les réactions que cela provoquerait si l'on agissait de la même manière avec d'autres lois, comme celle sur la propriété», tonne une manifestante, Natacha Guerne, employée à Reconvilier, militante syndicale. «Cela fait quarante ans que j'attends une telle manifestation, car nous vivons des discriminations au quotidien et les choses bougent beaucoup trop lentement», ajoute une autre participante, Marta Nagy, retraitée genevoise relayée par Georgia Acser, employée chaux-de-fonnière : «Nous ne devons pas accepter d'être soumise et de subir des injustices. Ce n'est pas une fatalité. Nous pouvons et nous devons nous y opposer, montrer que la femme est au cœur de la société.»

«La femme est l'avenir de l'homme»
Dans une prise de position diffusée à la manifestation, Unia rappelle qu'il est «primordial» de réaliser enfin l'égalité. «Concrètement, il s'agit d'inscrire les salaires minimaux dans les conventions collectives de travail, d'instaurer l'égalité salariale et de supprimer les bonus. Un système salarial transparent s'avère également indispensable pour vérifier que les femmes et les hommes perçoivent un salaire égal pour un travail de valeur égale.»
Les femmes, dans ce pays, sont également, les premières victimes du démantèlement social. A la tribune, la présidente des Femmes d'Unia, Ursula Mattmann, s'est élevée contre la volonté des Chambres fédérales de relever à 65 ans l'âge de la retraite des femmes. «Le Parlement prend-il les femmes pour des idiotes ? Le peuple a déjà refusé cela il y a six ans» a-t-elle rappelé, qualifiant cette tentative «d'absolument injuste et antisociale».
Hasard du calendrier, le chanteur Jean Ferrat est mort le jour même de la manifestation. Parmi ses chansons phares, il y avait le texte de Louis Aragon, «La femme est l'avenir de l'homme».

Pierre Noverraz

 

 

Les revendications des femmes présentes sur la place fédérale. Elles... 


- demandent le respect des droits élémentaires des femmes à l'autonomie et la sécurité, comme protection contre la violence sexualisée!
- demandent un renforcement de la sécurité sociale et refusent tout relèvement de l'âge de la retraite des femmes!
- demandent un accueil extrafamilial des enfants suffisant, de qualité et à des prix abordables!
- protestent contre les inégalités de salaire à raison du sexe, demandent aux entreprises de contrôler les salaires qu'elles versent et d'éliminer toutes les discriminations        salariales constatées!
- demandent des structures et des programmes scolaires qui encouragent l'égalité entre les sexes et améliorent l'égalité des chances sur le marché de l'emploi!
- exigent une protection contre la violence par les armes, à l'étranger comme en Suisse!
- protestent contre l'exclusion des sans-papiers!
- demandent de pouvoir choisir elles-mêmes leurs partenaires hommes ou femmes!
- protestent contre la guerre et la militarisation!
- se solidarisent avec les femmes des régions en conflit et demandent qu'il soit mis fin aux viols systématiques des femmes pendant les guerres et les conflits!
- demandent un commerce mondial qui respecte les droits humains, ne mette pas en danger l'environnement et contribue à diminuer la pauvreté dans le monde!
- demandent un autre monde, car c'est possible!


 

Edition n° 11 du 17 mars 2010

 
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