Une seconde vie au bois
Raymond Mettraux consacre sa retraite au tournage sur bois

Plats, pieds de lampes, poivriers, bougeoirs... La technique du tournage sur bois permet de créer toute une gamme d'objets utilitaires ou décoratifs, aux formes arrondies ou cylindriques, en relief et en creux. Ce métier qui tend à disparaître passionne Raymond Mettraux. A côté de sa maison, à Chapelle (Fribourg), le retraité a installé un atelier de tournage où il passe le plus clair de son temps. Visite.

Quand il ne bricole pas dans son atelier, il se balade en forêt, à l'affût de matière première. Tourneur sur bois formé sur le tas, Raymond Mettraux se consacre chaque jour à ce hobby. Une passion née il y a une douzaine d'années. «J'ai eu un problème de santé. Je ne supportais pas de rester les bras croisés», explique Raymond Mettraux, ancien soudeur, chauffeur, mécanicien, machiniste... «Homme à tout faire», comme il résume lui-même, non sans préciser qu'il a toujours eu plaisir à travailler et à bricoler. «J'ai alors choisi le tournage car je n'avais plus envie d'avoir les mains sales, toujours dans le cambouis. Et puis, le bois, c'est beau», se justifie cet homme tout en montrant un plat de sa création. «C'est de l'orme. Touchez comme c'est doux. Une sensation extraordinaire. Je n'ai pas assez de mots pour l'expliquer...»

La pourriture, une bénédiction
Noyer, cerisier, merisier... L'artisan fait feu de tout bois. «La différence entre le traitement des uns et des autres? La dureté. Mais on s'adapte. Les résineux sont les plus difficiles à travailler, surtout pour les finitions.» Le plus souvent, Raymond Mettraux tourne du bois sec et, sans machine ad hoc, laisse agir la nature. Il se fournit essentiellement auprès de paysans de la région. «Certains me donnent des branches d'arbres fruitiers quand ils ne les utilisent pas pour le chauffage. D'autres les échangent contre un objet de ma création. Il est rare de trouver du bois en forêt adapté au tournage et bien conservé. Mais on a de temps en temps la chance de mettre la main sur des morceaux utilisables et servant alors à la réalisation de pièces spéciales» enchaîne le retraité avant de montrer un poivrier de son cru, issu d'une de ses heureuses trouvailles. Un ustensile en hêtre fusé, marbré de nervures sombres. «Pas de l'encre de Chine... Les dessins sont l'œuvre de la pourriture due à un champignon.» Un défaut qualifié de «bénédiction» par Raymond Mettraux et prisé de la clientèle. «Les pommes décoratives que j'ai confectionnées avec du bois sain, par exemple, ont bien moins de succès que celles biscornues et tachées.» Question d'authenticité et d'unicité...

«Bestioles rares»
Si l'artisan crée des bagues et bracelets, il préfère réaliser de gros objets. Dans sa maison, une pièce regorge de ses œuvres qui seront vendues sur les marchés estivaux: plats, vases avec arêtes - une technique difficile qui nécessite un tournage «angulé» - planches à viande, pendules, poivriers, bougeoirs... ou encore une sphère géante, pesant plus de 10 kilos, et réunissant une quinzaine de bois différents. «Un objet qui a nécessité d'innombrables heures de travail, avec des parties creuses et pleines. De quoi en perdre la boule», plaisante Raymond Mettraux qui avoue avoir de la peine à se séparer de certaines pièces. Des «bestioles rares» comme il les nomme, rigolard. Parmi celles-ci, un étrange plat en platane dont la forme naturelle, torturée, a été respectée. Respecter aussi le principe de n'utiliser généralement que du bois déjà abattu qui, dans les mains de Raymond Mettraux, bénéficie d'une seconde vie...

Sonya Mermoud

 

 

 

Dans l'atelier de l'artisan...

Si Raymond Mettraux ne connaît pas les termes techniques qualifiant les différentes opérations de son travail, il les maîtrise parfaitement. Les mots n'ont dès lors plus guère d'importance du moment où la passion et le savoir-faire sont au rendez-vous. Et ses tonitruants éclats de rire suppléent joyeusement les lacunes du vocabulaire.
Première étape, la réserve de bois... Un «corridor» bondé qui abrite aussi une scie à ruban électrique. Raymond Mettraux découpe les coins d'un cube. Satisfait de sa «roue», il gagne l'atelier attenant à l'entrepôt. Une agréable odeur de sciure flotte dans l'air. Dans le poêle, le feu crépite, régulièrement alimenté de nouveaux déchets. L'hiver, bien campé, dessine un joli tableau neigeux derrière les baies vitrées du local. D'autant plus joli que la température, à l'intérieur, est douce. Sur les étagères, plusieurs dizaines d'outils. Raymond Mettraux précise toutefois que seulement deux d'entre eux sont indispensables: la bédane et la gouge, aux fonctions tranchantes. Et bien sûr, le tour sur lequel il fixe son cylindre de bois de chêne, qu'il va transformer en plat à fruits. «Un type de bois rarement utilisé dans le métier, car rude, cru» précise l'artisan tout en procédant au dégrossissage de la pièce.
Chapeau vissé sur la tête, lunettes et gant de protection, l'homme passe d'un outil à l'autre, affûte ses lames, adapte la vitesse de tournage - un système électronique apprécié pour sa commodité - procède au ponçage, use de la soufflette pour ôter les poussières de bois, inspecte un point noir, minuscule trou laissé par un insecte... Et, petit à petit, donne corps à l'objet. «Et voilà le travail» lance satisfait Raymond Mettraux, vérifiant une dernière fois de la main le lisse du plat.
Plusieurs couches d'huile de ménage - ou du vernis - termineront l'ouvrage qui sera vendu sur un stand. Histoire d'améliorer la nourriture des lapins que Raymond Mettraux n'a pas, mais qui, rigolard, ne résiste jamais à faire des blagues...

Davantage d'infos:
www.au-petit-tourneur.ch ou tél. 021 907 70 60.


 

Edition n° 11 du 17 mars 2010

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page