Inquiétude sourde à AgieCharmilles
Le travail va manquer au sein de la division Recherche et Développement

Le site genevois du fabricant de machines est en danger, estime sa commission du personnel. Après la délocalisation de la production au Tessin et en Chine en fin d'année dernière et la suppression de 142 emplois, l'avenir de la division Recherche et Développement n'est de loin pas assuré.


Le scénario tant redouté semble se produire à AgieCharmilles à Genève-Meyrin. Après avoir vu toute sa production délocalisée à Losone (Tessin) et en Chine en octobre dernier - occasionnant 142 licenciements - le site industriel de Genève prend aujourd'hui des allures de ville fantôme. La commission du personnel de la firme et Unia craignent fort que la division Recherche et Développement (R&D), restée à Genève, ne périclite définitivement. Entraînant dans sa chute d'autres unités du site maintenues sur place (comme le marketing), et donc la fermeture du site de Meyrin et la disparition des quelque 200 emplois restants. Ce qui alimente cette inquiétude? La septantaine d'employés de la R&D se trouve à nouveau, depuis le début de l'année, au chômage technique (entre 60 et 70% en général). Et s'ils reprennent tous le travail à plein régime fin mars, ce ne sera que pour terminer les projets déjà en cours, en voie de finalisation, ainsi que pour finir de transférer les connaissances sur le site de Losone, assure la commission du personnel. Pour l'instant aucune nouvelle recherche n'a réellement été lancée, et rien n'indique que les projets en gestation aboutiront, notamment sur des procédés laser ou «multibroches», permettant de développer les machines à électroérosion du groupe Georg Fischer AgieCharmilles. Le fait que le chômage partiel cesse à la fin de ce mois n'a pas de quoi rassurer. La firme avait déjà procédé de la sorte pour avoir le droit de prononcer le licenciement collectif d'octobre 2009! On ne peut en effet pas licencier des employés au chômage partiel...

Confiance au plus bas
«Un membre de la direction locale nous a assuré qu'il n'y aurait aucun licenciement si les projets à venir étaient menés à bien», indique Pierre Niederhauser, président de la commission du personnel. Ce dernier se fait d'autant plus de souci que le site de Losone a conservé son propre service de R&D. Un regroupement des deux entités au Tessin pourrait être jugé plus intéressant pour la firme. «Une fois que les équipes auront transféré tout le savoir-faire des machines à Losone. Que vont faire nos gars ici?»
Les représentants du personnel ont l'impression de se faire mener en bateau, comme l'année dernière lorsqu'une très grosse machine, indispensable pour le montage de la production à Genève, avait été déplacée à Losone, et que la direction affirmait la main sur le cœur qu'aucune délocalisation n'était prévue. «Nous voulons que le groupe joue la transparence et nous informe des projets en cours. Aujourd'hui, l'équipe est clairement surdimensionnée par rapport au travail prévu.» La situation d'incertitude généralisée provient du fait que le personnel ne reçoit pas d'informations précises et fiables de la direction. Les assurances orales d'ordre général n'ont pas de quoi le rassurer, vu les expériences récentes en la matière. AgieCharmilles voudrait-elle ainsi éviter les départs volontaires du personnel qualifié en refusant d'admettre que de futurs licenciements s'avèrent sans nul doute inévitables? A ce stade, toutes les conjectures sont permises...


Christophe Koessler

 


 

Edition n° 12 du 24 mars 2010

 
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