Maurane
L'âge du bonheur

Une voix d'or et du swing à revendre: la chanteuse Maurane est faite de l'étoffe des grands artistes. Elle qui fait si bien vibrer nos fibres...

Difficile de rester insensible au charme de Maurane. Envoûtante sur scène, elle l'est aussi dans l'existence. Et sa brillante carrière artistique ne lui a en rien donné la grosse tête. Au contraire. Si la chanteuse d'origine belge sait se plier au jeu des mondanités et s'en amuser, le strass et les paillettes n'altèrent pas son côté «authentique brut de pomme» comme elle le qualifie elle-même. Un naturel qui concourt à sa personnalité chaleureuse et rayonnante et la rend d'autant plus réceptive aux petites et grandes manifestations de la vie, inépuisable source d'inspiration.

Nougaro ressuscité
«J'emprunte au quotidien des idées pour mes textes, aux choses qui m'entourent, qui me bercent. Je ne suis pas de règles... J'entretiens une relation quasi physique avec les compositions que j'interprète, compositions qui doivent être autant de massages du cœur. Ça passe ou ça casse. Si je suis convaincue, je serai convaincante», précise Maurane, rencontrée le 4 mars dernier à Genève, la veille de son concert à Morges. Un spectacle entièrement voué aux chansons de Claude Nougaro, qu'elle a magistralement interprétées. Mais n'est-elle pas sa digne héritière? Le Toulousain aura en tout cas largement influencé son parcours, lui qui la conseilla et fut son ami. «C'est le chanteur que j'aurais voulu être, en moins tourmenté» relève Maurane qui, à travers cet hommage, a pris le parti de le faire vivre encore et de lui dire sa gratitude et son amour.

Scène libératrice
Rencontre magique pour le public, mais aussi pour l'artiste qui manque de mots pour témoigner des émotions extraordinaires ressenties sur scène. «Une forme de transcendance. On se trouve dans une autre dimension.» Beaucoup plus libérateur pour la chanteuse au tempérament volcanique que le décor de la vie dans lequel elle se montre davantage pudique et complexée, estimant avoir des kilos à perdre. «Sur scène, j'ose tout. Je m'assume complètement. C'est un espace de largesse dans tous les sens du terme.» Le cinéma auquel elle s'est aussi frottée - l'artiste a déjà joué dans quatre fictions dont Palais Royal, de et avec Valérie Lemercier - lui dicte en revanche encore de la retenue. «La caméra est certes très impersonnelle, mais on a le temps de penser. Je ne suis pas encore totalement à l'aise» relève la comédienne qui vient de terminer le tournage d'un film avec Jean Becker et Gérard Depardieu. «J'étais très timide. Ils m'ont aidé à sortir de moi. Troublant. Mais j'adore faire ça.»

Le liant de l'humour
Multipliant les expériences artistiques, la boulimique touche-à-tout bénéficie d'une extraordinaire énergie. Son secret? Pas de recette toute faite mais une passion vitalisant toutes ses entreprises, une capacité à s'émouvoir de la vie, des gens et le sommeil qu'elle affectionne particulièrement. «Mon pire cauchemar? Rêver que je ne dors pas.» Le cocktail santé serait toutefois incomplet sans évoquer ce qui lui donne son liant et sa légèreté: une bonne dose d'humour. Un trait de caractère qui colore aussi les scènes de Maurane et contribue à cette complicité entre l'artiste et son public. Celui de Suisse est apprécié. «C'est réconfortant de chanter dans vos frontières. Le public suisse, c'est la famille. Cela ne signifie pas qu'il est forcément indulgent mais il est vrai, authentique» relève l'artiste qui se produit régulièrement dans notre pays, depuis 24 ans.

Accords existentiels
Si Maurane souffle cette année ses cinquante bougies, cette perspective ne la déstabilise pas. «C'est l'âge du bonheur. On acquiert plus de sérénité, mais aussi d'audace et d'insouciance. On s'attache davantage à l'essentiel» affirme la Belge qui cultive l'optimisme et se laisse séduire par mille petits plaisirs. Une sympathique conversation, une mandarine goûteuse... Un art de vivre qui valorise l'instant présent et auquel l'engagement n'est pas étranger. Engagée, Maurane l'est dans différentes actions: en faveur des sans-papiers - «on fait tous partie du même monde» - du sida, ou encore les Cartons du cœur. «Donner un peu de son énergie et chanter, il y a pire pour défendre des causes...» L'avenir de la planète et les partis qui n'en ont cure inquiète aussi cette idéaliste qui déclare que la première politique, c'est la défense de la vie. Préférant regarder le monde avec des lunettes roses et «s'attacher au beau, s'ouvrir au bien», Maurane fraye parfois aussi avec «le côté obscur de la force» et le cafard. «Quand je l'ai, je plonge alors pour de bon.» Un blues aux accords existentiels graves, profonds, qui ne l'empêchent ni de croire en Dieu, ni en l'homme ni en la planète. Et nous en elle, et en son lumineux talent.


Sonya Mermoud


 

Edition n° 12 du 24 mars 2010

 
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