Le coton bio
Une planche de salut pour les petits cultivateurs

Des Neuchâteloises lancent une ligne de vêtements en coton bio pour aider les cultivatrices africaines à s'affranchir des multinationales


Dans le cadre de la Marche mondiale des femmes, des Neuchâteloises ont créé une collection de vêtements en coton bio estampillée «Label femmes». Cette action s'inscrit dans le sillage du combat contre les ravages sociaux et environnementaux que provoque l'agrobusiness dans la culture cotonnière des pays pauvres.

Robes, tabliers, pantalons, vestes, casaques: les participantes à la Journée des femmes, à Neuchâtel au début de ce mois, ont eu la surprise de découvrir une collection originale de vêtements conçus à partir de coton bio en provenance d'Afrique occidentale. Cette gamme, baptisée «Label femmes», a été créée par le groupe neuchâtelois de la Marche mondiale des femmes, dans le but de financer la participation de femmes de condition modeste à la marche féminine de solidarité internationale qui réunira 600 personnes le 17 octobre prochain au Kivu, une région du Congo ravagée par une guerre dont les femmes sont les principales victimes.

Atelier chaux-de-fonnier
La matière première utilisée a été produite dans des petites exploitations familiales du Mali et du Burkina Faso travaillant sous label bio dans le cadre d'un programme d'Helvetas. Le coton, filé et tissé en Afrique, a ensuite pris le chemin de la Suisse, plus précisément de Tricouti à La Chaux-de-Fonds, un atelier de couture pour les chômeuses et chômeurs inscrits dans le cadre cantonal de l'insertion sociale et socioprofessionnelle. «Les couturières ont travaillé selon les modèles que nous leur avons fournis», précise Yvonne Bach, l'une des figures de proue de l'opération. «Je suis allée au préalable leur expliquer le sens de notre démarche et elles ont en général bien apprécié.»
C'est vrai que toutes proportions gardées, il y a certaines similitudes entre les chômeuses d'ici et les femmes des zones cotonnières. «Les femmes ont progressivement été écartées des champs de coton et donc privées d'emploi parce que le travail est devenu de plus en plus dur et dangereux, explique Eugénie Dériaz, porte-parole d'Helvetas. Cette industrie est largement dominée par les multinationales de l'agroalimentaire qui utilisent massivement des produits phytosanitaires dangereux pour l'environnement et la population (16% de tous les insecticides du monde sont utilisés dans les champs de coton). Les sols sont surexploités, l'eau est gaspillée, la biodiversité s'appauvrit.» Quant aux personnes qui travaillent quotidiennement avec ces produits, elles connaissent très souvent des problèmes de santé qui peuvent dans certains cas s'avérer très graves. Un certain nombre de femmes qui travaillaient dans les champs de coton ont mis au monde des enfants affectés par des maladies. Raison pour laquelle elles ont déserté ce travail.
A cela s'ajoute l'endettement croissant des cultivateurs. Ceux-ci exploitent pour la plupart des petites surfaces villageoises qui permettaient tout juste de faire tourner la famille. Ils sont aujourd'hui étranglés par un endettement chronique. En effet, des grands groupes agroalimentaires internationaux, pour l'essentiel américains, «n'hésitent pas à utiliser des méthodes agressives pour vendre aux paysans des semences de coton génétiquement modifiées. Ils leur promettent des récoltes plus abondantes et des économies sur les pesticides. Mais contrairement aux semences qu'ils produisent eux-mêmes, ils doivent acheter chaque année ces semences génétiquement modifiées, qui coûtent jusqu'à 30 fois plus cher que les graines ordinaires», déplore Raphael Dischel, dans le magazine d'Helvetas Partenaires de mai 2009. A cette spirale de la dépendance s'ajoute encore des prix en chute libre en raison de la spéculation financière mondiale et des subventions agricoles accordées aux paysans des pays riches (voir ci-dessous).

Une mode juste
En Afrique où six millions de familles dépendent directement du coton, cette situation est dramatique. Pour y faire face, une piste consiste à promouvoir la culture du coton selon des méthodes biologiques. Les sols sont exempts de produits chimiques ruineux et destructeurs. Ils sont enrichis avec du compost et du fumier tandis que les parasites sont combattus avec des produits phytosanitaires naturels, ce qui libère les paysannes et les paysans de leur asservissement financier. La filière de ce coton bio s'organise autour du commerce équitable. Cela permet aux familles paysannes de compter sur un revenu minimal et d'échapper aux fluctuations des prix du marché mondial. Helvetas soutient de tels projets notamment en Asie centrale et en Afrique occidentale. «Parmi les bénéficiaires, il y a en moyenne 40% de femmes alors que dans les exploitations classiques, on ne trouve que très peu de femmes en âge d'avoir des enfants en raison du risque d'empoisonnement par les pesticides», note le journal d'Helvetas.
Avec leurs vêtements en coton bio, les militantes de la Marche mondiale des femmes s'inscrivent dans ce mouvement. «Notre priorité est de sensibiliser la population à ce problème», souligne l'une de ses porte-parole, la députée neuchâteloise Marianne Ebel. Une action ponctuelle. «Mais nous pourrions envisager aussi d'organiser une filière autour du Label femmes.» Preuve que la mode et la créativité peuvent être au diapason de l'équité.


Pierre Noverraz


 

Edition n° 12 du 24 mars 2010

 
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