Discrimination dénoncée chez Molino
Le restaurant a licencié une grande partie de ses employés à Fribourg pour engager à leur place du personnel italien

Une manifestation a eu lieu samedi pour dénoncer la politique discriminatoire du restaurant italien Molino à Fribourg. Ce dernier a licencié ces derniers mois plusieurs salariés pour les remplacer par du personnel italien. Le groupe Molino, qui possède 16 établissements en Suisse, avait porté plainte après une première manifestation qui s'était déroulée en février.

Sur quelque 15 à 17 employés du restaurant italien Molino à Fribourg, 11 ont été licenciés depuis 2008, assurent plusieurs ex-salariés soutenus par Unia. La plupart ont été remplacés par du personnel italien ou italophone. La direction a clairement signifié à certains des salariés congédiés que le fait de ne pas être italien faisait partie des motifs de leur licenciement, au même titre que le manque de formation par exemple. Ciblant désormais une «clientèle un peu plus aisée», le groupe Molino, qui compte 16 restaurants en Suisse, a même défendu publiquement sa volonté d'engager en priorité des Italiens dans le cadre de cette affaire: «Quand je vais au restaurant chinois, j'apprécie d'être servi par des Chinois, même s'ils ne parlent pas français», a justifié Nicola Mongelli, directeur opérationnel de Molino AG, cité dans le quotidien La Liberté du 13 février 2010.

Molino porte plainte!
Face à cette politique, une petite délégation du personnel a organisé un rassemblement de protestation devant le restaurant de Fribourg le 12 février dernier. La direction a immédiatement porté plainte contre X pour diffamation. D'où une situation pour le moins paradoxale, dénoncent Unia et le Centre de contact Suisses-Immigrés (CCSI): «Alors que la police a déjà entendu plusieurs personnes dans le cadre de la plainte déposée par Molino, aucune enquête n'est menée sur la discrimination subie par les employés. Les victimes sont présentées comme des suspects», relevait jeudi dernier Philippe Blanc, du CCSI, lors d'une conférence de presse organisée par Unia Fribourg.

Ne pas laisser faire
Le syndicat a décidé de réagir fortement en coorganisant une manifestation sur la place de Nova-Friburgo samedi dernier, à l'appel du comité de soutien aux employés de Molino récemment créé, qui regroupe Unia, le CCSI, Attac et le Mouvement pour le socialisme. Une manifestation qui a réuni plus de cent personnes. «Nous demandons à Molino de stopper cette politique, de présenter des excuses à ses ex-employés et de les indemniser en conséquence. Comme le prévoit la loi, personne ne doit être licencié en raison de sa nationalité», a déclaré Lutfey Kaya, secrétaire syndicale à Unia Fribourg.

Droit lacunaire
Mais les moyens légaux existant s'avèrent insuffisants pour agir de manière efficace, estime Philippe Blanc. «Ce cas soulève une nouvelle fois la faiblesse de la protection contre les licenciements en Suisse, en particulier dans les cas liés à la discrimination.» Si des procédures devant les Prud'hommes sont possibles, leur issue s'avère pour le moins incertaine. Unia soutient actuellement un employé dans cette démarche à Fribourg (lire son témoignage ci-dessous). Si la démarche échoue, la question d'un recours cantonal, puis fédéral, se posera inévitablement, car le cas pourra faire jurisprudence et donc avoir une influence importante sur d'autres abus similaires à l'avenir, dans tout le pays.

Dégâts limités à Fribourg?
Molino s'estime pour sa part diffamée: «Nous démentons formellement ces allégations que nous considérons comme calomnieuses. Nous contestons que onze personnes ont été licenciées et nous souhaitons que l'on nous soumette les cas mentionnés pour les analyser», déclare Philippe Eberhard, porte-parole de Molino. D'autres raisons expliqueraient les licenciements, notamment liées au niveau de qualification des salariés: «Le restaurant de Fribourg a connu une période difficile et devait se ressaisir. Cela passait par une amélioration du service à tous les niveaux.» Le porte-parole défend en revanche une politique d'engagement ciblée de personnel de «culture italienne» ou «italophone»: «L'entreprise se fonde sur un concept italien et tente de rappeler l'Italie.» Il souligne que sur les quelque 350 collaborateurs que compte le groupe en Suisse, seule environ la moitié est italophone. Il donne aussi des assurances quant aux 15 autres restaurants Molino du pays: «Nous n'avons aucune volonté de nous séparer de nos collaborateurs parce qu'ils ne sont pas italophones. Ce serait inacceptable et scandaleux!»


Christophe Koessler

 


Témoignage

Onze ans chez Molino: la porte!
Venu témoigner à la conférence de presse organisée par Unia, un ancien employé s'estime victime de discrimination. Rémunéré seulement 3300 francs alors qu'il peut se prévaloir de plus de onze ans d'ancienneté et d'une récente patente de cafetier restaurateur, l'homme d'origine éthiopienne a été licencié pour trois motifs officiels: manque de formation, réduction des effectifs et fin de saison. De purs prétextes selon lui: «En 2007, j'ai passé ma patente, donc je ne vois pas ce que l'on peut me reprocher au niveau de mes qualifications. Il n'y a pas non plus eu de réduction d'effectif à Molino Fribourg, puisque j'ai moi-même formé l'employé italien qui me remplace. Quant à la fin de saison, je suis employé depuis plus de dix ans, de quoi parle-t-on?» En revanche, selon lui, les discussions à l'interne ne laissaient planer aucun doute sur les raisons des congés donnés progressivement à partir de 2008: «Engager des Italiens.» Le cas de cet ex-employé, soutenu par Unia, sera jugé prochainement par le Tribunal des prud'hommes fribourgeois. Affaire à suivre.


CK


 

Edition n° 17 du 28 avril 2010

 
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