Sapal: résistance des travailleurs payante
Aidés par Unia, les travailleurs de Sapal limitent les dégâts d'une nouvelle restructuration et signent une convention

Les mesures de restructuration de Sapal, entreprise d'emballage à Ecublens (Vaud), annoncées au début du mois de mars dernier devaient se solder par le licenciement de 45 personnes. Au final, après deux mois de travaux intensifs, une délégation formée d'Unia, des membres de la commission d'entreprise et de travailleurs, a permis de limiter les dégâts. Et de conclure un accord plébiscité par le personnel. Cet arrangement se traduit par une forte réduction des postes supprimés et le maintien d'activités dans le canton, menacées de délocalisation en Chine. Eclairages.

Douche froide pour le personnel de Sapal le 8 mars dernier. A cette date, la direction de l'entreprise annonce qu'elle envisage d'abandonner l'emballage de certains produits et de faire fabriquer le prototype d'une nouvelle machine en Chine. Ces mesures induites par des éléments structurels et la crise vont entraîner le licenciement de 45 personnes sur les 135 que compte la société, apprentis compris. Une situation que refusent les travailleurs, forts d'une longue tradition de lutte. Sitôt la période de consultation ouverte, Unia est mandaté pour intervenir. Formés de représentants du syndicat, de membres de la commission d'entreprise et de 30 collaborateurs de Sapal, tous secteurs confondus, des groupes de travail se forment. «Ouvriers, chefs de projet, vendeurs... Nous avons cherché tous ensemble des arguments propres à combattre cette restructuration», précise Yves Defferrard, secrétaire syndical en charge du dossier et responsable de l'industrie à Unia Vaud. La dynamique équipe se partage la tâche et planche sur les questions d'infrastructure, de production, du maintien du centre de formation et de l'avenir de Sapal.

Délocalisation en Chine bloquée
Première exigence: suspendre les licenciements tant que le futur de l'entreprise ne se dessine pas plus clairement. Le groupe demande aussi à rencontrer un dirigeant de Bosch, propriétaire allemand de Sapal. Requête qui sera finalement honorée, comme celle concernant le renoncement provisoire à la suppression de postes durant un mois et la prolongation du délai de consultation. L'équipe poursuit alors ses investigations qu'elle présente au fur et à mesure à l'ensemble des collaborateurs. Au terme de deux mois de travail intensif, elle propose à la direction une convention validée par 96% du personnel. Bosch accepte cet arrangement qui atténue fortement les effets de la restructuration. «Ses points principaux? Nous avons obtenu le maintien de l'emballage de produits sur la sellette. Une partie des activités relatives à la fabrication de la nouvelle machine d'emballage du chocolat, alors prévue en Chine, demeurera par ailleurs à Ecublens, plus précisément deux tiers des travaux inhérents à sa réalisation. Nous avons ainsi réussi à bloquer la délocalisation programmée et à préserver notre savoir-faire» relève, satisfait, Mike Nista, président de la commission d'entreprise. Le suivi de la convention, valable, jusqu'à fin 2011 et 2012 selon ses différents points, est par ailleurs assuré. Un facteur jugé très important par Mike Nista. «Des représentants d'Unia, de la commission d'entreprise et de la direction veilleront à l'évolution de sa teneur.» Autre objet de satisfaction: le centre de formation, en péril, qui sera aussi maintenu et, mieux encore, promu.

12 postes perdus au lieu de 45
En outre, le nombre de personnes menacées de licenciement a aussi pu être réduit de 45 à 12, dont parmi ceux-ci des départs en préretraite et des transferts au sein du groupe et vers d'autres entreprises. «Bien sûr, nous voulions qu'aucun licenciement ne soit prononcé mais cet espoir a été déçu. Nous devions aussi nous montrer réalistes. Sapal a durement été frappé par la crise - notamment au deuxième trimestre 2008 où les commandes ont chuté - et a dû recourir au chômage technique.» Si le président déplore vivement la perte de postes, il qualifie néanmoins l'accord trouvé d'excellent. «Nous avons réussi à faire changer d'avis Bosch. Le résultat est bien au-delà de nos espérances.» Une issue impensable sans une mobilisation «exemplaire» des travailleurs qui, au cours de ces dernières années, ont plusieurs fois dû se battre pour sauver l'entreprise et préserver leur emploi. Mike Nista comptabilise pour sa part une décennie de présidence à la commission d'entreprise, sans faiblir. «Je ne suis jamais fatigué de lutter pour les collègues.» Optimiste en raison d'une reprise constatée déjà à la fin 2009 à Sapal, le dynamique représentant des travailleurs n'en demeure pas moins vigilant. «Il nous faut rester attentifs. Raison pour laquelle nous avons prévu une commission de surveillance. Les promesses doivent être tenues. Dans tous les cas, depuis le temps qu'on lutte, on n'est pas près de baisser les bras. Si nécessaire, on continuera. Parole...»


Sonya Mermoud

 


 

Edition n° 18/19 du 5 mai 2010

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page