Atelier à coeur ouvert
Dominique Cosandey, artiste naturaliste, vous ouvre son atelier de lithographe

Haut-Intyamon résonne comme bout du monde. Et pourtant, c'est tout près de chez vous, juste derrière le Moléson, à quelques enjambées du bourg de Gruyères. Laissons Bulle et son développement commercial anarchique étouffer l'image de la belle et verte Gruyère pour entrer dans la vallée de l'Intyamon, où se niche l'atelier de l'artiste.


C'est en remontant la vallée de l'Intyamon que vous trouverez, sur la droite de la route en direction du col des Mosses, le hameau protégé des Sciernes d'Albeuve, caché par un monticule, surplombant la voie de chemin de fer Bulle - Château-d'Oex. L'antre de l'artiste se trouve quelque part en contrebas d'un chemin, invisible aux yeux des curieux, lieu propice à la réflexion, au travail et à la tranquillité nécessaire du créateur. «Mais plus pour très longtemps, avec les nouvelles constructions qui se rapprochent...» Il y a un peu d'amertume dans les paroles de Dominique Cosandey, ce baroudeur, cet aventurier des grands espaces de liberté. «Même les parties les plus austères du monde sont envahies de monde...» Pourtant, cet état de fait n'altère en rien son plaisir à prendre encore une fois de l'altitude, à monter dans son pied-à-terre à plus de 1500 mètres. Après une longue marche, habillé chaudement pour passer la nuit à l'affût, à la lueur de la lune ou des étoiles, il est prêt à observer le moindre mouvement animal, à l'orée de la forêt, dans le dévers du talus, sur la cime des arbres, entre les branchages, muni de sa paire de jumelles, de son carnet de croquis et de ses crayons.

A l'atelier
Et puis s'en vient le moment du retour à l'atelier pour y retrouver la grande presse lithographique, l'odeur de l'encre, les lourdes pierres... C'est ici que ses croquis seront systématiquement remis en travail, reportés sur la pierre à l'aide de crayons lithographiques. Mais au préalable il faudra préparer la pierre, lui donner le juste grain à l'aide de sable abrasif, afin qu'elle s'adapte à la technique que l'artiste utilisera (crayon, lavis, acide, etc.). La finesse du sable va de 80 à 180 grains par centimètre cube.
Une fois la pierre préparée ¬- sans entrer dans des détails trop techniques que Dominique Cosandey vous fera découvrir lors de votre visite - il la cale en machine d'où elle ne bougera plus jusqu'à la fin du tirage de toutes les couleurs. Pour dessiner, il s'installe à même la presse, assis sur une traverse de fonte de la structure du châssis, face à la pierre. «C'est ma façon de faire corps avec la machine.» Et puis il faudra toute la dextérité, l'agilité et l'expérience de l'artiste pour reporter, à l'envers, le motif dessiné durant la nuit sur le carnet de notes afin de le retrouver à l'endroit à la sortie de la presse lithographique signée E. Briard à Paris et qui pèse environ 5 tonnes. Ensuite, il s'agira d'installer les cylindres et rouleaux encreurs et préparer la couleur pour opérer le premier passage. Dominique Cosandey utilisera plutôt le noir ou le brun pour rappeler les tons chauds alors que pour l'hiver le bleu servira de base.

Gravure en couleurs accessible à tous
C'est le lithographe Jacques Perrenoud de Baulmes au pied du Jura vaudois qui lui a transmis ses recettes alchimiques ainsi que les trucs et astuces qui font aujourd'hui de Dominique Cosandey un excellent et apprécié lithographe. Ses tirages sont peu nombreux, variant entre cinq et trente selon les sujets. Ce qui confère à l'œuvre terminée une grande préciosité. Et comme tous les grands artistes il préfère augmenter le nombre de couleurs et réduire le tirage. Le côté créatif prend donc largement le dessus!
Et cerise sur le gâteau, notre artiste pratique son art avec la ferme intention de le rendre accessible à tous.


Claude Bernasconi



Un peu d'histoire
La lithographie est l'art de reproduire par impression des dessins tracés sur une pierre de calcaire. Cette technique a été inventée par Aloys Senefelder en 1796. Ses recherches le conduisent à deux observations capitales qui sont le fondement du procédé lithographique:
a) Un dessin exécuté sur une pierre sèche calcaire avec une substance grasse résiste à tout lavage à l'eau pure.
b) Si le lavage est effectué avec une solution aqueuse de gomme arabique additionnée d'un peu d'acide nitrique, les zones non encrées sont réfractaires à toute tentative d'encrage, alors que les zones définies par le tracé du dessin se révèlent «amoureuses» de l'encre d'imprimerie.
Par la suite, il découvre notamment, en 1817, qu'un dessin exécuté à l'endroit, à l'encre grasse, sur papier autographique spécialement fabriqué, peut être décalqué par pression sur une pierre lithographique (et donner naissance à une «image lithographique»). L'image obtenue peut ensuite être imprimée sur «papier à report» et de nouveau reportée sur une autre pierre lithographique. Il n'est plus nécessaire de dessiner à l'envers.
CB



Dominique Cosandey en bref
Né en Gruyère en 1953. Vit aux Sciernes-d'Albeuve/FR. Grand voyageur: la Corse, la Laponie, l'Islande, le Spitzberg.
A publié notamment: Primitif aux Editions de L'Aire, Vie Art et Cité, En suivant les oies sauvages, aux Editions gruériennes.
A réalisé de nombreuses expositions personnelles et collectives.



Paysages d'ici et d'ailleurs
Atelier «L'Epervière», Les Sciernes-d'Albeuve/FR
Vernissage le 15 mai. Exposition jusqu'au 30 mai.
Ouvert le jeudi, vendredi samedi et dimanche de 14h à 20h ou sur rdv au 026 928 14 31.

 


Textes I Claude Bernasconi
Photos I Thierry Pochet

 


 

Edition n° 18/19 du 5 mai 2010

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page