Le syndicalisme communicatif
Délégué syndical chez MPS à Bienne, G. Manzi a reçu le prix Unia de la solidarité au travail

Lors de la Fête du travail à Bienne, Girolamo Manzi s'est vu décerner par Unia le Prix «Travail et solidarité». A voir le parcours de cet ouvrier de 63 ans, délégué syndical dans l'entreprise de micromécanique MPS à Bienne, on comprend à quel point cette distinction est amplement méritée.
Girolamo Manzi a commencé sa vie professionnelle dans un chantier naval de Bari, en Italie méridionale. «J'y ai obtenu le diplôme de soudeur. Ma spécialité, c'était la soudure en profondeur, à des températures d'environ 700 degrés.» Le jeune ouvrier arrive en Suisse le 12 mai 1969. «Je me souviens du contrôle sanitaire à la douane de Chiasso. Ils nous mettaient à poil et nous examinaient partout. Mais j'étais content d'avoir trouvé un emploi.» Il travaille dans une fonderie de Bienne et se voit contraint de l'abandonner au bout d'une année et demie. «J'ai attrapé une maladie au poumon, notamment de l'asthme. Sur ordre du médecin, j'ai dû quitter ce travail que j'aimais. Mais c'est vrai qu'avec ce boulot, les gaz que ça dégage et le masque en amiante pour se protéger, on ne devient pas vieux.» Girolamo se recycle dans l'horlogerie, chez Bulova. «C'était un travail de patience, un truc pas vraiment pour moi.» Du coup, il renoue avec la soudure, mais sur verre cette fois, un domaine moins dangereux, chez Thermopan à Dotzigen, où il devient chef d'équipe.

Grève mémorable
Le cœur du jeune Manzi bat manifestement à gauche. Mais son sens de l'engagement syndical se forge tout particulièrement chez Burger & Jacobi, une ancienne fabrique de pianos biennoise qui a défrayé la chronique en1974 en raison d'une grève mémorable qui a paralysé l'entreprise pendant cinq semaines. «J'étais vice-président de la commission de cette entreprise à l'époque de ces événements. Je travaillais là depuis deux ans, pour monter des mécaniques de piano. L'un des deux patrons ne respectait pas la convention collective. Il refusait de nous payer le 13e mois. On s'est battu jusqu'au bout et nous avons fini par gagner.» Une école de la solidarité. «On a appris à se serrer les coudes, à se battre, à défendre notre cause et récolter des fonds dans tout le pays. Je ne suis pas pour la confrontation systématique, mais quand on se heurte à un mur, quand le patron ne nous respecte pas, quand le dialogue est coupé, la grève est la seule arme qu'il nous reste. Mais attention, il faut faire bloc. Si tu pars en grève avec seulement 30% de convaincus, c'est perdu d'avance. Chez Burger & Jacobi, nous étions 87 sur 89 à nous être prononcés en faveur de cette grève. Et notre détermination a payé.»
Combat gagné mais emploi perdu. Girolamo Manzi se voit congédié à la suite de cette grève. «J'étais jeune, je gueulais plus fort que les autres et on a sûrement voulu me le faire payer.» Ce licenciement équivaut à la perte de son permis de travail. «Il fallait que je retrouve immédiatement un emploi pour le conserver.» Chose faite avec un engagement comme casserolier à l'hôtel Elite à Bienne, un boulot peu intéressant» qui lui assure la transition vers une entreprise de micromécanique dans laquelle il travaille depuis 34 ans, mais qui a changé trois fois de propriétaire et de raison sociale, RMB au début, Myonic ensuite et MPS aujourd'hui. Il fait partie dans les trois cas de la commission d'entreprise dans laquelle il joua un rôle majeur dans le combat syndical contre les tentatives de délocalisation et de démantèlement par l'ancien employeur ainsi que dans l'élaboration d'un plan social.

Exemplaire...
Aujourd'hui chez MPS, Girolamo Manzi est rectifieur, sur des pièces dont la précision d'usinage est au micron. «Pour comparaison, j'ai mesuré un de mes cheveux, il faisait 47 microns. Et j'ai des collègues ici qui travaillent au dixième de micron...» Le syndicaliste affiche sa satisfaction face à la nouvelle direction de MPS. «La directrice mène une véritable politique industrielle orientée vers les produits de pointe. Elle est ouverte au dialogue et au partenariat social. Quand un problème survient, on en discute et on réussit à le résoudre. Je ne sais pas si cela va durer éternellement, mais pour le moment, cette situation est exemplaire. Pour faire du bon boulot, tu dois être considéré avec respect, avoir un juste salaire et de bonnes conditions de travail, sinon tu n'as aucun plaisir, aucune motivation. Beaucoup d'employeurs n'ont pas encore compris cela, pourtant c'est très simple.»
Le lauréat du prix syndical biennois est également salué pour sa capacité à recruter des adhérents au syndicat. «Je ne force jamais personne, j'essaie de convaincre par l'argumentation. Je dis toujours ce que je pense, avec franchise et c'est peut-être cela qui inspire confiance.»
Dans deux ans, il sera à la retraite. Des plans? «Je m'y prépare. Pas question de tuer le temps. J'envisage de m'engager bénévolement dans des mouvements.» Qui s'en étonnera?

Pierre Noverraz

 


 

Edition n° 22 du 2 juin 2010

 
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