Qualipet flambe, les employés trinquent
Unia et huit employés licenciés d'un magasin pour animaux de Genève ont dononcé la politique antisociale de leur patron

«Nous nous sentons bafoués, abandonnés, jetés par notre entreprise Qualipet SA», a tonné au mégaphone un ex-employé de la société le 9 juin dernier devant le magasin de fournitures pour animaux du même nom à Meyrin (Genève). La colère était palpable chez les huit salariés récemment licenciés du magasin Qualipet de Carouge qui a brûlé le 18 avril dernier. Munis de T-shirts et de drapeaux Unia, les ex-collaborateurs ont patiemment expliqué leur situation aux clients de passage: «Nous avons été licenciés sans indemnités à la suite de l'incendie qui a ravagé le magasin. Non seulement nous n'avons aucune garantie d'être réengagés après les travaux de réfection, mais nous avons appris que Qualipet nous avait sous-payés pendant des années.» La surprise des employés le disputait à leur indignation: «On dirait que Qualipet traite mieux les animaux que les êtres humains», ironisait l'un d'eux.

Salaires de misère
Contacté par les employés après l'incendie, Unia a constaté que les salaires minimaux obligatoires prévus par la Convention collective (CCT) du commerce de détail genevois n'avaient pas été respectés. Comme plusieurs de ses collègues, Marie-Claude, dotée d'un CFC, ne touchait que 3200 francs par mois, alors que la CCT stipule qu'un employé qualifié ne peut être rémunéré en dessous de 3577 francs. De surcroît, la vendeuse, qui s'occupait des oiseaux et des rongeurs au magasin, a été congédiée en famille: son mari faisait également partie de la charrette de licenciements. D'où leur présence avec leur petite fille de 3 mois.
Certains des employés présents se sont étonnés que seules trois personnes non qualifiées aient été transférées au magasin de Meyrin, alors que tous les salariés munis de diplôme, potentiellement «mieux payés», ont été mis à la porte. «Pourtant, le magasin met en avant les compétences de son personnel dans ses publicités!», indique une vendeuse. Le syndicat souligne pour sa part que l'employeur doit encore s'acquitter du prorata des vacances et du 13e salaire, des heures supplémentaires, mais que rien n'a été entrepris dans ce sens, malgré un délai convenu avec la direction au 31 mai dernier.

«Vous pouvez postuler!»
Les ex-collaborateurs de feu le magasin Qualipet de Carouge s'indignent aussi de n'avoir obtenu aucune garantie quant à leur réengagement lors de la réouverture du commerce incendié, prévue dans quelques mois. «Lors de notre licenciement, un directeur nous a déclaré que nous pourrons postuler...», raconte un jeune employé. Après plusieurs années de loyaux services et de dévouement auprès des animaux, la pilule est amère pour les salariés. Qu'à cela ne tienne, un membre de la direction, Yves Morel ne comprend vraisemblablement pas leurs doléances. Il a appelé le syndicat lors du rassemblement de protestation pour «donner aux employés 5 minutes pour partir» et leur a «conseillé d'aller chercher du travail plutôt que de manifester», rapporte Jamshid Pouranpir, secrétaire syndical à Unia Genève.

Unia a fait savoir qu'il souhaite que la direction se mette sans délai autour d'une table avec les représentants des employés pour envisager un plan social, régler tous les arriérés de salaires (y compris la partie du salaire minimal non perçu) et les vacances, et prévoir une solution de réengagement pour les employés licenciés. Faute de quoi, les ex-collaborateurs de Qualipet ont promis qu'ils reviendraient...


Christophe Koessler

 


 

 

Edition n° 24 du 16 juin 2010

 
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