Travailler moins pour se répartir les tâches
Les femmes d'Unia veulent une diminution générale du temps de travail, seul moyen d'aller vers une véritable égalité

Assez de commémorations, des faits! Les femmes d'Unia, réunies pour leur 5e Conférence, ont discuté de leurs priorités: baisse générale du temps de travail pour permettre une meilleure répartition des tâches rémunérées et non rémunérées, et préparation d'une vaste mobilisation le 14 juin 2011 pour qu'enfin les revendications des femmes soient réalisées.

Sans une baisse générale du temps de travail, il ne sera jamais possible de répartir équitablement le travail rémunéré et le travail non rémunéré entre les hommes et les femmes. Telle est la conviction de la centaine de participantes à la 5e Conférence des femmes d'Unia qui s'est déroulée les 11 et 12 juin derniers dans la petite cité fribourgeoise de Morat. Les déléguées, venues de toute la Suisse, ont d'abord écouté un exposé de la sociologue berlinoise Gisela Notz, invitant à penser à de nouvelles formes d'organisation du travail pour que les tâches salariées et les tâches éducatives, d'entretien et de soins aux proches, assumées jusque-là essentiellement par les femmes, soient aussi prises en charge par les hommes. Elle a rappelé qu'en Suisse, comme en Allemagne, les soins aux personnes âgées donnés par l'entourage familial ont tendance à augmenter en raison du démantèlement social touchant le domaine de la santé.

«Il y a urgence»
La sociologue préconise une diminution générale du temps de travail et regrette que cette revendication ait été abandonnée par les syndicats en Allemagne. En Suisse, les femmes d'Unia vont au contraire se battre au sein du syndicat pour que cette question soit remise à l'ordre du jour. «Il y a une unanimité entre nous sur la nécessité d'une baisse générale du temps de travail. Il n'y a pas d'alternative, nous devons trouver des solutions dans ce sens sinon ce sera toujours aux femmes d'assumer le travail non rémunéré», commente Corinne Schärer, secrétaire à l'égalité d'Unia, à l'issue de la conférence. «Si l'on veut supprimer les discriminations dont sont victimes les femmes, que ce soit en matière d'emploi, de responsabilités professionnelles, de salaire ou dans la vie familiale, nous n'avons pas d'autre choix. Il y a urgence. Les inégalités sont à nouveau en train de croître», explique-t-elle. «Et ce n'est pas parce qu'en 2002 l'initiative de l'Union syndicale suisse (USS) sur la réduction du temps de travail n'a pas été acceptée en votation que cela ne peut pas bouger une dizaine d'années plus tard», ajoute la syndicaliste.
Les femmes d'Unia vont lancer et alimenter la discussion sur cette revendication centrale pour les femmes dans les instances d'Unia. Une revendication qui sera également discutée au congrès de l'USS en novembre.

Nouvelle grève des femmes?
En lien avec cette urgence d'agir face aux discriminations, les femmes d'Unia ont discuté d'une seconde priorité: la préparation d'une vaste mobilisation pour le 14 juin 2011. Ce jour-là marquera les 30 ans de l'acceptation par le peuple suisse de l'article constitutionnel sur l'égalité hommes-femmes, le 14 juin 1981, et les 20 ans de la grève des femmes du 14 juin 1991 exigeant une traduction dans la loi de cette égalité, loi qui ne verra le jour que 5 ans plus tard.
«Nous ne voulons pas que ce 14 juin 2011 soit une nouvelle commémoration. Ce sera une véritable journée de grèves et de mobilisations, pour que nos revendications soient enfin prises en compte», relève Corinne Schärer, évoquant notamment l'égalité salariale, les femmes gagnant toujours 20% de moins que les hommes, la répartition du travail rémunéré et non rémunéré, et la lutte contre le harcèlement sexuel.
Si les modalités des actions de cette journée sont encore à définir, la syndicaliste indique que, selon les possibilités, les formes de la mobilisation iront de la grève à la pause prolongée dans les entreprises en passant par des actions publiques et la grève des tâches ménagères. «L'objectif est de montrer que quand les femmes ne travaillent pas, rien ne bouge dans le pays. Nous voulons aussi que cette journée soit à l'exemple de la manifestation des femmes du 13 mars de cette année: joyeuse, créative et colorée.»

Non à la 11e révision de l'AVS
Les déléguées à la Conférence des femmes d'Unia ont également adopté deux résolutions, l'une demandant au Conseil National de s'opposer à la diminution du programme d'aides à la création de structures d'accueil pour les enfants (voir ci-dessous) et l'autre lui demandant de rejeter la 11e révision de l'AVS relevant l'âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans. Lors de la session d'été, le Conseil des Etats a fait une concession minime sur la retraite anticipée, mais cela ne suffit pas, estiment les femmes d'Unia. La 11e révision a été renvoyée au National qui se prononcera en septembre. Et s'il confirme le projet des Etats, les femmes d'Unia annoncent déjà qu'elles s'engageront pour un référendum contre cette révision. 


Sylviane Herranz



Crèches: le National refuse de diminuer l'aide fédérale
Coïncidence de dates? Le 14 juin dernier, le Conseil national a discuté de la proposition du Conseil fédéral de réduire le budget du programme d'aides financières à la création de places d'accueil pour les enfants et de supprimer le fonds destiné à l'accueil scolaire. Des mesures iniques qui représentent un grand pas en arrière en matière d'aide à la conciliation entre vie de famille et vie professionnelle pour les femmes. Depuis 2003, le programme de la Confédération a permis de soutenir la création de 25000 places de crèche, un chiffre qui se montera à 33000 début 2011. Or il manquerait encore plus de 50000 places d'accueil en Suisse.
Les femmes d'Unia et de l'USS étaient présentes le 14 juin devant les portes du Parlement pour protester contre ces coupures budgétaires et contre la révision de l'AVS. Et c'est avec bonheur qu'elles ont appris qu'à une voix près, soit 89 contre 88, le montant du crédit pour les aides à la création de places d'accueil a été maintenu à 120 millions pour les quatre années à venir et non fixé à 80 millions comme le souhaitait le Conseil fédéral. Le projet sera soumis au Conseil des Etats. Rien n'est donc encore (re)tranché... 


SH


 

Edition n° 25 du 23 juin 2010

 
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