Référendum contre les horaires à rallonge
Pas question de se faire voler leur vie de famille! Les vendeuses genevoises ont voté contre tout élargissement des horaires.

Réuni en assemblée le 15 juin, le personnel de vente a décidé de lancer un référendum contre la nouvelle loi genevoise qui prévoit un élargissement des horaires à 20h tous les soirs, 19h le samedi et quatre dimanches par année. Il a refusé un compromis négocié, estimant insuffisantes les compensations accordées par le patronat. Les travailleurs de ce secteur devront se mobiliser pour gagner!

«Jusqu'où va-t-on aller? Si l'on accepte une ouverture à 19h30 aujourd'hui, les patrons exigeront de toute façon 20h ou 20h30 dans quelques années. Il est temps de dire stop.» L'avis était presque unanime le 15 juin dernier lors de l'assemblée de la vente du Syndicat interprofessionnel de travailleurs (Sit) et d'Unia. Les vendeuses ont aussi fait savoir ce soir-là qu'elles n'en pouvaient plus des pressions patronales constantes sur leurs conditions de travail, déjà précaires.
La décision à prendre lors de cette assemblée était pourtant délicate. Accepte-t-on un compromis avec le patronat pour élargir les horaires à 19h30 tous les soirs, à 19h le samedi et deux dimanches par année en échange de quelques améliorations de la Convention collective cadre de la vente à Genève? Ou se lance-t-on dans un référendum populaire contre un projet de loi déposé par la droite patronale qui prévoit l'ouverture tous les soirs jusqu'à 20 heures et 4 dimanches par année, au risque que les employeurs dénoncent la convention?

Vie familiale menacée
Plusieurs points clefs ont fait pencher la balance en faveur du lancement du référendum, décidé à plus de 90% des voix. Premièrement, parce que le principe même d'une ouverture jusqu'à 19h30 - qui signifie souvent rentrer chez soi à 20h ou 20h30 - met en péril la vie sociale et familiale du personnel de vente. Le compromis négocié laborieusement depuis janvier par les syndicats et le patronat pour éviter le projet de loi maximaliste avait donc d'entrée de jeu une épine dans le pied. «Pensons à nos conjoints et à nos enfants. Il faut gagner le référendum pour préserver notre équilibre familial et psychique», a tonné une vendeuse.

Accord déséquilibré
Autre fait d'importance: les améliorations de la CCT, obtenues en échange d'une extension des horaires, ont été jugées clairement insuffisantes. Seule avancée significative: la mise en place d'un contrôle de l'application de la CCT par un engagement de 3 inspecteurs. Les autres progrès, comme des jours fixes de congé pour le personnel à temps partiel et l'obtention de cinq samedis libres par an sont certes appréciables, mais ne compensent pas l'allongement des horaires. Quant à l'augmentation des salaires minimaux de 100 francs pour le personnel non qualifié à 150 francs pour les employés bénéficiant d'au moins 5 ans d'expérience, elle a été jugée minime. D'autant que les salaires usuels, eux, ont stagné depuis 2002, occasionnant une perte du pouvoir d'achat des employés. Or, les patrons ont refusé d'accepter une adaptation au renchérissement automatique lors de ces négociations pour éviter que la baisse des salaires réels continue. «Les employeurs nous donnent des miettes en pensant que l'on va s'en contenter», a tranché un vendeur.

Promesses non tenues
Plusieurs salariés ont aussi fait part de doutes quant à l'application du compromis à 19h30 avec les employeurs. Car, tandis que les nouveaux horaires auront force de loi, la CCT dépend du bon vouloir des patrons de ne pas la dénoncer à l'avenir... Et les promesses du passé n'ont pas toujours été tenues. En 2002, a relevé Jamshid Pouranpir, les employeurs de la vente avaient signé un protocole d'accord stipulant qu'ils ne réclameraient pas de nouvelles extensions des heures d'ouverture des magasins... Ils avaient aussi déclaré qu'ils engageraient des étudiants pour les nocturnes: «Quand je rappelle cela à mon patron, il me répond que la porte est grande ouverte», s'est indignée une vendeuse.

Dignité et organisation
La bataille frontale s'avère donc inévitable. Et gagner le référendum semble faisable aux yeux de la plupart des participants de l'assemblée. Même les citoyens du canton d'Argovie viennent de refuser le 13 juin de faire passer le nombre de dimanches ouverts de deux à quatre en votation populaire! Ceux de Fribourg ont aussi refusé l'extension de l'horaire du samedi de 16h à 17h. Deux votations gagnées grâce à la mobilisation du personnel qui a su convaincre la population de l'inutilité et de la nocivité d'une telle mesure. Il reste certes du chemin à faire à Genève à cet égard. Mais ce référendum pourrait justement représenter une opportunité de souder les rangs du personnel et de faire connaître ses conditions de travail à l'ensemble de la population. De quoi repartir, par la suite, avec un nouveau rapport de force pour la conclusion d'une CCT-cadre digne de ce nom...


Christophe Koessler


 

Edition n° 25 du 23 juin 2010

 
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