Les vendeuses méritent un 13ème salaire
En échange d'un 13ème salaire, les commerçants lausannois exigent une extension des horaires : les négociations échouent

Les négociations pour une amélioration de la Convention collective de travail de la vente à Lausanne sont rompues. Unia dénonce la volonté des employeurs de lier la question du 13e salaire à celle de l'extension des heures d'ouverture des magasins. Un allongement, le samedi notamment, refusé par le personnel.

«Nous méritons plus pour ce qu'on fait. Il n'y a pas que de la vente, nous devons écouter les clients, être psychologues. C'est aussi un métier pénible. J'ai pleuré parfois, au début, en rentrant chez moi après 9 heures d'affilée, debout, sans pouvoir m'asseoir. Car nous ne devons pas montrer qu'on est fatigué. Il faut sourire. Et en plus nous ne pouvons pas répondre à un client qui nous parle mal.» Parlant sous un pseudonyme et derrière un masque blanc, signes que les temps ne sont toujours pas à l'acceptation de l'engagement syndical dans la vente, Anne-Marie, jeune vendeuse lausannoise, témoignait le 29 juin dernier lors de la conférence de presse convoquée par Unia pour dénoncer le refus des commerçants lausannois de verser un 13e salaire au personnel du commerce de détail.
Anne-Marie représentait ses nombreuses collègues revendiquant une amélioration des conditions de travail. «La Convention collective de la vente lausannoise, en vigueur depuis 2006, a amélioré sensiblement ces conditions mais les salaires minimaux restent très bas», a souligné Muriel Chenaux, responsable du commerce de détail à Unia Vaud. Des salaires se montant à 3500 francs brut pour une employée non qualifiée, 3590 francs après 3 ans de pratique ou à l'engagement avec un CFC, et 3695 francs avec un CFC et 2 ans de pratique.

Unanimité contre l'extension
Pour préparer le renouvellement de la CCT lausannoise, Unia a effectué une enquête auprès du personnel: «Le résultat est sans appel, a relevé Muriel Chenaux, 98% des vendeuses ont répondu que l'introduction d'un 13e salaire était leur revendication principale.» D'autre part, 28,85% du personnel interrogé estime que le salaire reçu ne leur permet pas d'arriver à la fin du mois et 38,45% qu'il le leur permet «à peine».
Lors des premières séances de négociation entre Unia et les représentants des commerces lausannois, le syndicat a demandé en priorité l'introduction progressive du 13e salaire, sur 4 ans. Mais les patrons ont réclamé, en échange, l'ouverture des magasins le samedi jusqu'à 19h (18h aujourd'hui), la possibilité d'organiser «des soirées privées à l'intention de leur clientèle», a indiqué Muriel Chenaux, ainsi que, à terme, l'ouverture des magasins deux dimanches par année. Autant dire qu'un accord était difficile à trouver... «Le personnel de vente s'est prononcé à l'unanimité contre une extension des horaires le samedi à 19h» a ajouté la syndicaliste. Une opposition réaffirmée par Anne-Marie. «Nous n'avons déjà pas de vie privée, nous terminons déjà tard la semaine, et si on doit travailler le samedi jusqu'à 19h, c'est impossible.» Et d'ajouter que bien que la CCT donne droit à un samedi de congé par mois, il lui arrive de travailler 4 mois de suite sans un samedi de libre.

Gains à redistribuer
Les négociations s'étant soldées par un échec, Unia a condamné la volonté des employeurs de lier toute amélioration de la CCT à l'extension des horaires. Aldo Ferrari, secrétaire régional, a rappelé que le Grand conseil vaudois avait refusé l'automne passé l'ouverture des magasins le dimanche, et dénoncé la pingrerie des petits commerçants lausannois, soutenus par les grands. «La CCT a été conclue en échange de l'ouverture du samedi jusqu'à 18h contre 17h auparavant. Cela a amené énormément d'argent aux commerçants. De 2006 à 2010, le chiffre d'affaires du commerce de détail a augmenté d'environ 13% en Suisse. Cette branche se porte très bien. Le moment est venu de redistribuer aux vendeuses une part de ces gains», a-t-il souligné avant de rappeler l'exigence centrale du syndicat: celle d'obtenir une CCT cantonale de la vente. Et de rappeler que sans amélioration des conditions de travail dans la vente, il y aurait des combats référendaires systématiques contre les extensions des heures d'ouverture des commerces.

Sensibilisation de la clientèle
A Lausanne, afin de porter le débat du 13e salaire sur la place publique, une campagne de sensibilisation a été menée début juillet avec la distribution d'un tract à la clientèle. Unia a également offert, en guise de soutien, 500 exemplaires du livre Les tribulations d'une caissière au personnel de vente du centre-ville. Une action fort appréciée par les bénéficiaires, à la veille des vacances. 


Sylviane Herranz

 


 

Edition n° 28/29 du 14 juillet 2010

 
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