Canicule : malaise dans le second oeuvre
Fortes chaleurs riment avec danger sur les chantiers. Les métiers du second oeuvre sont particulièrement exposés! reportage

Alors que des mesures sont souvent prises dans le gros œuvre pour amenuiser les dangers de la canicule, les couvreurs, charpentiers, étancheurs et peintres restent surexposés. Unia Genève exige que les employeurs leur distribuent de l'eau, leur octroient des pauses régulières à l'ombre, mettent à disposition des monte-charges, etc.

Déshydratations, crampes, syncopes, coups de chaleur, évanouissements, cancers de la peau.... On sous-estime souvent les effets des fortes chaleurs sur les chantiers, combinés de surcroît avec des taux d'ozone trop élevés, et les dangers qu'elles représentent pour les travailleurs. «Prenez soin de vous, vraiment, parce qu'un malaise en haut d'un toit n'a pas les mêmes conséquences que lorsqu'on joue au foot le dimanche», expliquait à des ouvriers Filipa Fazendeiro-Chinarro, responsable du secteur de la construction à Unia Genève le 9 juillet dernier. Ce jour-là, les syndicalistes genevois parcouraient le canton pour sensibiliser les travailleurs du second œuvre aux mesures à prendre en cas de canicule. Et faire d'une pierre deux coups: informer les ouvriers et mettre la pression sur les patrons pour qu'ils prennent des mesures afin de préserver la santé et la sécurité de leurs salariés, comme les y oblige le droit suisse.

Tout reste à faire
Car pour l'instant, la plupart des entreprises du second œuvre restent plutôt passives face à la montée du thermomètre: «Alors que dans le gros œuvre, les campagnes des syndicats ont permis des améliorations ces dernières années, l'artisanat reste oublié. Rares sont les charpentiers, couvreurs, étancheurs ou peintres qui reçoivent de l'eau et de la crème solaire, qui peuvent prendre des pauses fréquentes à l'ombre et adapter les rythmes de travail», indique José Sebastiao, secrétaire syndical. A cela s'ajoutent des problèmes propres à la branche: «Quand les ouvriers du second œuvre arrivent sur les chantiers, les monte-charges et les grues ont souvent déjà été retirés du site par les maçons, les obligeant à porter de lourdes charges. Et les toilettes disparaissent aussi avec le départ du gros œuvre.»

Visites salutaires
Ce matin-là, vers 11h, il fait déjà 31 degrés lorsque les petites camionnettes d'Unia prennent la route des chantiers de la périphérie genevoise. 34°C sont attendus dans l'après-midi. A Satigny, un ensemble de lotissements a pris forme. Sur le toit d'un des immeubles deux couvreurs s'activent, torses nus. José Sebastiao leur offre deux bouteilles d'eau et une paire de lunettes de soleil fournie par la Suva (la Caisse nationale en cas d'accident). Un geste apprécié. Mais les ouvriers ne se plaignent pas de la chaleur: «C'est sûr que c'est dur les premiers jours, mais après on s'habitue.» En revanche, leur entreprise ne fournit ni eau, ni crème. Leur propre bouteille d'eau était restée dans la voiture. Difficile dans ces conditions de prendre une petite pause pour boire un grand verre d'eau à l'ombre toutes les 15 à 20 minutes, comme recommandé par les spécialistes. Plus tard, lorsque les plaques de tôle cuivrées devront être posées sur le toit, pas question d'oublier les lunettes de soleil. La réverbération s'avère si forte qu'elle peut gravement brûler les yeux. De même que la peinture blanche pour les plâtriers-peintres en extérieur.

Soleil et chalumeau
En bas de l'immeuble, un ouvrier étancheur s'active: «Franchement c'est très pénible de travailler dans ces conditions, confie-t-il. Alors imaginez quand j'ai le chalumeau allumé pour coller des plaques de goudron!» Heureusement, un robinet d'eau reste accessible à proximité et il parvient à prendre des pauses suffisantes: «Mais parfois je n'ose pas quand le chef est là. Certains supportent la chaleur mieux que d'autres.» Les syndicalistes remarquent que l'ouvrier est seul sur place, ce qui est contraire à toutes les mesures de précaution conseillées en cas de danger.
Plus loin, le contremaître du chantier se montre favorable à l'action du syndicat: «Lorsque j'ai parlé au patron de la canicule l'autre jour, il m'a répondu que les ouvriers roulent en vélo en plein soleil le week-end...» Un peu court, en effet, comme réponse, lorsque l'on connaît les dangers professionnels de la canicule! Il reste donc du chemin à faire pour sensibiliser les employeurs du second œuvre, le plus souvent des petits entrepreneurs disséminés sur l'ensemble du canton...


Christophe Koessler



Canicule: que faire?
L'Office cantonal de l'inspection du travail (Ocirt) a rappelé récemment les mesures qui permettent de préserver la santé des ouvriers en cas de grosses chaleurs: adapter les horaires et le rythme de travail (par exemple décaler en début de matinée les travaux pénibles), mettre à disposition des boissons fraîches et octroyer des pauses dans un lieu ombragé. Unia revendique plus spécifiquement des «petites pauses régulières afin de se rafraîchir». Le syndicat demande aux entreprises de fournir casquettes, lunettes de soleil et crème solaire aux employés et que les engins de port de charges soient maintenus sur le chantier pour l'usage des ouvriers du second œuvre. Une douche devrait aussi être installée. Autre requête importante: que les grues et les machines à cabine fermée soient équipées de climatiseur. Les températures peuvent monter jusqu'à 50 degrés dans ces habitacles. En extérieur, le syndicat revendique l'arrêt du travail sur les chantiers quand la température atteint 32 degrés, lorsque l'humidité de l'air est importante et 35 degrés en cas de faible humidité (30%). Des seuils considérés comme dangereux par l'Ocirt. Mais il n'existe pas de limite légale indiquant quand le travail doit être arrêté... 


CK


 

Edition n° 30/31 du 28 juillet 2010

 
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